Berceau du hip-hop, le Bronx veut capitaliser sur son héritage

Une fresque murale dans le Bronx... (AFP, Don Emmert)

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Une fresque murale dans le Bronx

AFP, Don Emmert

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Thomas Urbain
Agence France-Presse
New York

Rappeurs, graffeurs, danseurs, DJs, au début des années 70, ils ont fait naître le hip-hop dans le Bronx. Aujourd'hui, ce quartier en plein renouveau espère capitaliser sur cet héritage pour redorer son blason.

Tout a commencé là, dans cette petite salle commune du 1520 Sedgwick Avenue, au lino bicolore aujourd'hui fatigué, éclairée au néon, au rez-de-chaussée d'un bâtiment en briques anonyme, en bord d'autoroute.

Le 11 août 1973, Clive Campbell, surnommé Kool Herc, mixait des extraits de morceaux et devenait sans le savoir le premier DJ de l'histoire, et Coke La Rock le premier MC en débitant des phrases parlées sur la musique.

Sur les ruines de dizaines d'immeubles incendiés puis rasés dans le sud du Bronx, naissait le hip-hop, combinaison du rap, du deejaying, de la danse et du graffiti, porté par une génération bouillonnante.

Mais plus de quarante ans après, c'est loin de son berceau que l'industrie qu'est devenue le hip-hop brasse des milliards de dollars.

Responsables et artistes locaux se réapproprieraient bien cet héritage pour revaloriser un quartier qui passe toujours pour être le coupe-gorge de New York, loin du glamour de Manhattan et de la branchitude de Brooklyn.

La mairie du Bronx a bien commencé à rénover plusieurs lieux emblématiques, comme Cedar Playground (où eurent lieu les premières soirées hip-hop en plein air) et le Bronx River Community Center (où le DJ Afrika Bambaataa fit ses débuts).

Netflix est aussi venu filmer dans le quartier sa série sur la naissance du hip hop, The Get Down, lancée en août dernier.

Changer l'image du Bronx 

Mais d'autres projets piétinent, comme le musée du hip-hop, un serpent de mer qui ne cesse d'être relancé sans jamais aboutir.

À la tête du concept du Universal Hip Hop Museum depuis plusieurs années, l'entrepreneur et ancien producteur Rocky Bucano a décidé de s'allier à un promoteur pour se donner une assise. Il a derrière lui plusieurs noms de la première génération du hip-hop, dont Kurtis Blow.

Son projet prévoit maintenant d'intégrer le musée à un ensemble de plusieurs hectares, situé au bord de la Harlem River qui sépare le Bronx de Harlem, avec logements sociaux, commerces et espaces verts.

Rocky Bucano dit avoir reçu le soutien de plusieurs élus municipaux et de l'État de New York.

Si son dossier est retenu par la ville, l'entrepreneur à la stature massive prévoit de se tourner vers «les sociétés qui ont bénéficié de la commercialisation du hip-hop» pour qu'elles aident à le financer, et vers «certains des artistes eux-mêmes qui ont fait beaucoup d'argent avec le hip-hop».

«Sans manquer de respect au rock, voir des artistes hip-hop entrer au Hall of Fame du rock», le panthéon du genre situé à Cleveland, «est vraiment gênant», estime le maire du Bronx, Ruben Diaz Jr, qui verrait bien ce nouveau musée jouer ce rôle pour le rap.

Pour l'élu, l'enjeu du musée est clairement d'attirer des capitaux et des visiteurs dans le Bronx, qui reste, dans l'imaginaire collectif, un quartier miné par la drogue et les gangs. «Les gens viennent ici et s'attendent à voir des immeubles délabrés», reconnaît-il.

La réputation du Bronx est telle que Debra Harris, qui organise depuis 15 ans des visites guidées des lieux emblématiques du hip-hop, fait démarrer ses tours à Harlem pour ne pas faire peur aux touristes.

Elle en veut beaucoup à la municipalité de New York : «C'est tout pour Manhattan, et maintenant Brooklyn».

Fresque murale 

Pourtant, même s'il reste le quartier où la criminalité est la plus élevée avec l'est de Brooklyn, le Bronx a enregistré, comme les autres quartiers de New York, une forte chute de la criminalité, avec un nombre de meurtres divisé par six depuis 1990.

Et les promoteurs ont bien senti le vent tourner qui, à la faveur de prix de plus en plus inaccessibles à Manhattan ou à Broklyn, investissent massivement, depuis quelques années, dans l'extrême sud-est du Bronx.

Eux ont bien compris la valeur ajoutée qu'une touche hip-hop peut apporter à une rue ou à un bâtiment.

«Tous ces propriétaires nous contactent», constate, amusé, BG 183, alias Sotero Ortiz, l'un des membres fondateurs du collectif Tats Cru.

Chacun veut sa fresque murale, explique-t-il, tel ce bâtiment du quartier de Hunts Point qui abritait, il y a encore quelques mois, une usine et va devenir un immeuble de bureaux.

Les membres du Tats Cru y trouvent leur compte : après avoir démarré dans les rues et sur les trains, en toute illégalité, ils ont conquis les galeries et décorent certains des plus ambitieux projets immobiliers du quartier.

«Ils nous disaient que nous allions nous faire arrêter», se souvient BG 183, «et maintenant ils nous remettent des prix».




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