The Wall: l'opéra rock devenu opéra

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La première mondiale de l'opéra Another Brick In The Wall n'aura laissé indifférent ni les amateurs de la première heure, ni ceux de la sphère classique.

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(Montréal) CRITIQUE / The Wall, l'oeuvre imaginée par Roger Waters, a délaissé l'univers du rock pour faire son entrée dans celui de l'art lyrique, samedi, à l'Opéra de Montréal. Cette première mondiale, qui avait lieu en présence de l'ex-Pink Floyd, n'aura laissé indifférent ni les amateurs de la première heure, ni ceux de la sphère classique.

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Pink est incarné par un Étienne Dupuis parfaitement en voix.

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Ce n'est pas un hasard si l'opéra, rebaptisé Another Brick In The Wall, fait partie des grands événements visant à souligner les 375 ans de la métropole. C'est à Montréal, plus précisément au Stade olympique, le 6 juillet 1977, que Roger Waters avait craché au visage d'un spectateur turbulent. Le célèbre incident l'a mené à élaborer cette ambitieuse oeuvre, qui s'attarde à Pink, un rockeur dont la trajectoire le mène à ériger un mur entre lui et ce qui l'entoure. La perte de son père, mort à la guerre, l'enfance passée avec une mère surprotectrice et un professeur tyrannique, son mariage raté, de même que le fanatisme de ses admirateurs deviennent autant de briques menant à son aliénation qui finit par chavirer dans un délire totalitaire.

Nouveaux angles

Le compositeur Julien Bilodeau, originaire de Québec, et le metteur en scène Dominic Champagne ont trimé dur pour raconter cette histoire avec des angles nouveaux. Le premier a entièrement créé de nouvelles musiques - à quelques exceptions près - tout en s'efforçant de faire écho aux pièces originales. Le second a opté pour une mise en scène épurée, où trois murs, qui faisaient également office d'écrans, permettaient de camper ce qui était la base du décor.

D'entrée de jeu, avec In The Flesh?, on a rapidement compris que c'était un The Wall bien différent de ceux qu'on a connus qui s'érigeait. Le spectacle s'est ouvert avec l'épisode du crachat, après quoi on a suivi Pink, incarné par un Étienne Dupuis parfaitement en voix, abattu (peut-être un peu trop) par ses propres agissements et l'évocation de son parcours. Fait intéressant, le père qu'on n'avait jamais vu dans les autres productions devenait présent, campé par Jean-Michel Richer, solide, et livrant des lignes connues qui semblaient écrites sur mesure pour lui. Il créait donc la cellule familiale avec la Mère (France Bellemare, juste) qui allait éventuellement éclater.

On a eu droit à de très bonnes séquences, notamment à la suite Another Brick In The Wall part IThe Happiest Days of Our Lives, et Another Brick In The Wall part II. On ne saurait dire, toutefois, que la première moitié de la soirée nous a toujours convaincu, comptant des segments qui pouvaient explorer trop souvent les mêmes teintes ou même compter des longueurs. Les forces de The Wall résident notamment dans ses mélodies et la puissance des sections instrumentales, et on peinait à trouver ces éléments, comme si Bilodeau avait trop voulu s'en éloigner. D'autre part, les projections de cette production de 3,1 millions $ n'avaient pas toujours l'ampleur, la subtilité ou la créativité qu'on aurait pu souhaiter.

Long crescendo

Ces irritants se sont quelque peu estompés dans la seconde moitié de la soirée, qui a pris l'allure d'un grand crescendo où l'orchestre, dirigé avec précision par Alain Trudel, brillait. Là encore, le tandem Bilodeau-Champagne est arrivé avec d'excellentes idées, comme celle de faire de Vera Lynn, naguère une simple évocation, un véritable personnage. Comfortably Numb, pendant laquelle Pink s'adressait à l'enfant en lui, puis les dérives totalitaires de In The FleshRun Like Hell et Waiting for The Worms n'étaient rien de moins que de vibrantes réussites culminant sur un Stop bouleversant, où les fantômes de Pink se rencontraient avant qu'il ne commette un geste irréparable. On aurait aimé un Dupuis avec davantage de poigne dans ses élans de dictateur, or là encore, rien à redire sur son chant.

La mise en scène épurée compte trois murs,... (La Presse, Bernard Brault) - image 3.0

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La mise en scène épurée compte trois murs, qui font également office d'écrans.

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Après un Trial très proche de l'original, Outside The Wall est venu achever la soirée en beauté, de manière a cappella, avec tous les chanteurs du spectacle.

C'était un sacré défi que de faire passer une oeuvre aussi connue musicalement et visuellement dans l'univers de l'opéra. Les amateurs de rock auront parfois eu du mal à reconnaître leurs chansons favorites. Et les fanatiques d'art lyrique auront pu trouver singulier de suivre les tourments d'une rockstar, qui s'éclate avec les groupies de Young Lust, à l'opéra. Mais quand tous les éléments tournaient rondement, on voyait bien que la force de l'oeuvre maîtresse pouvait transcender les genres. Au terme du concert, la foule réunie à la Place des Arts était conquise et a accueilli la production avec beaucoup de chaleur.

Another Brick In The Wall est présenté à la salle Wilfrid-Pelletier, à Montréal, jusqu'au 27 mars.




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