Pour réussir un poulet de Fabien Cloutier: «Une photo du problème»

Fabien Cloutier ne fait pas dans la dentelle... (Photothèque Le Soleil)

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Fabien Cloutier ne fait pas dans la dentelle dans Pour réussir un poulet, mais l'auteur originaire de Québec l'assume.

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(Québec) «On s'entend que je ne suis pas du genre à protéger les sensibilités», laisse tomber Fabien Cloutier au fil de notre entrevue. Là-dessus, difficile de le contredire. Des pièces comme Billy (Les jours de hurlement)Scotstown ou Cranbourne ont révélé un goût de brasser la cage qui n'a pas été renié dans son premier spectacle d'humour. Et ce n'est définitivement pas avec Pour réussir un poulet que l'auteur fera mentir sa réputation.

«Moi, j'ai fait la pièce que je voulais faire, tranche Cloutier au bout du fil. Elle fait peur à certains. Elle n'est pas confortante ni confortable. Ce n'est pas toute mon oeuvre qui est comme ça, mais je pense que de temps en temps, il en faut une. Je ne me suis pas dit que j'allais faire la pièce la moins confortable possible. Mais à un moment donné, tu es en train d'écrire et c'est celle-là qui vient. Tu la laisses aller.»

Nous avons rejoint Fabien Cloutier il y a quelques semaines, alors que son spectacle d'humour, Assume, l'amenait sur les routes du Lac Saint-Jean. Entre l'écran et la scène (on lui a remis la semaine dernière un Billet d'argent soulignant 25 000 billets vendus), le Beauceron d'origine, qui a passé plusieurs années dans la capitale, ne chôme pas ces temps-ci. «J'ai une cinquantaine de shows prévus cette année, note-t-il. Et j'essaie de me garder des blocs pour des tournages et tout ça...»

Deux projets le ramènent à Québec ces jours-ci. D'abord ses chroniques sur les régionalismes, qui sont transposées sur la scène de la Maison de la littérature mercredi et jeudi. Ensuite ce spectacle, Pour réussir un poulet, dont il signe le texte et la mise en scène, qui reviendra pas trop loin d'où son idée originale a germé en s'installant au Périscope le 14 mars. 

Dans cette pièce, qui lui a valu un prix du Gouverneur général, Cloutier dépeint de manière crue des personnages «qui ont du talent pour se mettre dans le trouble». Entre du ramassage de métal dans les poubelles et un absurde projet de vente d'huîtres, Carl et Steven (Guillaume Cyr et Hubert Proulx) vivent de petites magouilles qu'ils exécutent pour le patron d'un centre commercial (Denis Bernard), qui les exploite sans vergogne. Sans être dénué d'humour, le portrait est impitoyable, alors que de mauvaise décision en mauvaise décision, les personnages imaginés par Cloutier aspirent à mieux, mais ne réussissent qu'à s'enfoncer davantage. 

«Quand j'étais à Québec, j'habitais pas loin de chez AIM, donc le milieu des ramasseurs de métal, je l'ai vu, explique Fabien Cloutier. Il y a là une faune, un territoire, une sorte de vie... Pour certains, ça devient une vraie de vraie business. Mais il y en a d'autres pour qui c'est peut-être une manière de pouvoir manger à la fin de la semaine. Cette faune-là, ça me troublait de la regarder. C'était de regarder des gens qui sont pris pour se débrouiller avec pas grand-chose. C'est ce qui m'a touché au départ. Je m'en allais complètement ailleurs, j'étais en écriture depuis un bout de temps. Et je me suis rendu compte que je sortais de mon bureau pour regarder les gars qui fouillaient dans mes vidanges...»

«Racisme décomplexé»

Fidèle à son habitude, Fabien Cloutier ne s'adresse pas aux oreilles trop prudes quand vient le temps de dépeindre sur scène l'ignorance, les complexes ou les horizons restreints de ses personnages. «Là, il y a un portrait et c'est ce que je fais au théâtre, évoque-t-il. Moi, je ne mets pas sur scène des gens qui discutent d'un problème. Je prends une photo du problème.» Les dialogues de Pour réussir un poulet ne font pas dans la dentelle et pour reprendre le titre de son spectacle d'humour, Fabien Cloutier assume. 

«Il y a des gens qui refusent ce langage-là au théâtre, croit-il. Ils ne seront jamais capables d'aimer une pièce dans laquelle il se dit des choses comme ça. C'est correct. Il y en a d'autres qui n'aiment pas la langue, mais qui sont capables de se dire : "elle existe, elle me heurte, mais je suis capable quand même de me laisser toucher". Il y a plein de spectateurs différents. Ma popularité, et je le dis très humblement, fait qu'il y a toute sorte de monde dans mes salles. Que ce soit dans mes shows de théâtre ou dans mon spectacle d'humour. J'aime ça comme ça.»

Fabien Cloutier reconnaît néanmoins que le «racisme décomplexé» de l'un de ses personnages risque d'avoir une portée différente, quelques semaines après l'attentat meurtrier au Centre culture islamique de Québec. 

«La pièce a été créée en 2014, rappelle-t-il. C'est comme si à ce moment-là, il y avait quelque chose de choquant à entendre ce racisme complètement libéré. Mais là, le racisme décomplexé, il a été meurtrier. La société dans laquelle la pièce arrive aujourd'hui n'est plus la même. Elle va résonner autrement. On s'entend que je ne suis pas du genre à protéger les sensibilités. Mais sans tomber dans la censure, je me demande si en reprenant les répétitions, certaines choses vont demander un doigté... Des fois, c'est une affaire d'un mot ou deux. Ça demande une espèce de mise au point. C'est comme si le racisme décomplexé qui grondait dans Pour réussir un poulet, on a vu jusqu'où il peut aller...»

Les dates de la tournée Assume sont en ligne au fabiencloutier.com

Vous voulez y aller?

  • Quoi: Pour réussir un poulet
  • Quand: du 14 au 25 mars
  • : Périscope
  • Billets: 22 $ jusqu'au 13 mars, 35 $ ensuite
  • Info.: www.theatreperiscope.qc.ca

Les régionalismes sur scène

Nés sous forme de chroniques à l'émission de radio Plus on est de fous, plus on lit!, puis imprimés dans le recueil Trouve-toi une vie, les textes de Fabien Cloutier sur les régionalismes trouvent une troisième vie mercredi et jeudi (à guichets fermés) à la Maison de la littérature, alors qu'ils seront illustrés en direct par les artistes BD de La shop à bulles. Djief, Paul Bordeleau et Richard Vallerand ont ainsi eu carte blanche pour mettre en images les colorées expressions compilées par Fabien Cloutier aux quatre coins du Québec. «J'ai dit : let's go, amusez-vous! lance l'auteur. J'aime ça être surpris. Je serai là pour lire les textes, mais je me mets au service de leur univers beaucoup plus qu'ils se mettent au service du mien.» Pour Fabien Cloutier, l'exploration des régionalismes a été riche, si bien qu'il compte la renouveler avant longtemps. «Je veux retravailler un livre là-dessus», indique celui qui y trouve matière à rire, mais aussi beaucoup d'émotion. «Les gens parlent de leur coin de pays, de leur père ou de leur mère qui disait ça, résume-t-il. Ils ont un attachement très personnel à certaines expressions qui finissent par leur dire beaucoup plus que bien des mots dans le dictionnaire...»




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