Di Meola à la redécouverte d'Elegant Gypsy

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Al Di Meola

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(Québec) Al Di Meola discute comme il joue : avec fougue et mordant. Le guitariste, qui s'arrête au Palais Montcalm vendredi, peut autant s'ouvrir sur ses techniques de composition que vous dire à quel point il déteste la musique électronique; raconter comment il a renoué avec la six cordes électrique que vous confier à quel point il est offensé que le Berklee College of Music n'ait pas reconnu son travail...

Di Meola n'a plus besoin de présentation. Musicien redoutable au style percussif, qui puise autant dans la musique latine que dans le jazz, le rock ou même le classique, il a joint les rangs du Return To Forever de Chick Corea alors qu'il n'avait que 19 ans. Sa carrière solo n'a nullement eu de mal à prendre son envol, grâce, entre autres, à l'album Elegant Gypsy, dont il célèbre les 40 ans avec la présente tournée. 

Meola a aussi oeuvré avec John McLaughlin et Paco de Lucía, une collaboration qui a fait histoire, en plus de partager la scène avec plusieurs autres artistes. À travers tout ça, il a mené sa propre barque, accumulant une foule d'enregistrements alliant complexité et virtuosité, dont le récent Elysium (2016).

Q Vous n'abordez sans doute pas les pièces d'Elegant Gypsy aujourd'hui comme vous le faisiez il y a 40 ans... En quoi êtes-vous un artiste différent?

R Je crois que j'ai évolué à titre de compositeur. Il y a eu une trentaine d'albums depuis, alors de revisiter les débuts, d'y ajouter une nouvelle touche et d'ajouter des pièces nouvelles, ainsi que du milieu de ma carrière, rend tout ça agréable. Je ne me limite pas qu'à Elegant Gypsy et aux deux ou trois premiers albums, même si la popularité de cette période et de cet enregistrement, en particulier, demeure forte... Mais je sais que j'ai évolué à titre de compositeur. J'ai développé cette facette et je l'ai exploitée en particulier en Europe, avec mon groupe acoustique. Donc [cette tournée], c'est un retour au son et à la voix pour laquelle j'ai d'abord été connu, quand j'ai commencé.

Q Pendant bien des années, vous vous êtes limité aux guitares classiques ou acoustiques, notamment parce que vous aviez développé des acouphènes. Qu'est-ce qui vous a ramené à l'électrique?

R Je m'ennuyais simplement du plaisir et du sentiment de l'instrument. En me replongeant dans le passé, je me ressentais de nouveau chez moi, j'aspirais à en jouer de nouveau et quand j'ai eu l'instrument entre les mains, c'était si bon!... La façon de faire des phrasés est fort différente sur une électrique que sur une acoustique. Vous avez plus de variété, vous pouvez étirer les cordes, vous avez les glissandos, plus d'éléments que vous pouvez faire, alors que l'acoustique est plus directe et plus «sèche».

Q Lorsque vous composez, de quelle manière identifiez-vous quelle portion sera jouée à la guitare électrique et quelle autre portion le sera à l'acoustique?

R En fait, lorsque je compose, je débute toujours avec la portion en arpèges. J'écris généralement en trois étapes et je ne commence jamais avec la mélodie - jamais. Le plus dur est de débuter avec la mélodie lorsque vous n'avez pas de cadre harmonique. Alors, la portion la plus difficile et la plus intéressante, dans un sens, est la progression harmonique en arpèges. Vous pouvez jouer une portion solo, si c'est suffisamment bon, ça peut même être joué séparément, mais une fois que j'ai [le cadre harmonique], écrire une mélodie par-dessus quelque chose comme ça, c'est généralement la cerise sur le gâteau.

Q La réunion de Return To Forever a mis beaucoup de temps à se concrétiser, en 2008. Vous étiez parmi les musiciens à la réclamer et, pourtant, vous n'êtes pas resté pour la tournée de 2011. Que s'est-il passé? 

R Curieusement, j'ai trouvé cette musique très simple et nullement exigeante, comparée aux oeuvres dans lesquelles j'ai été impliqué à partir de 1976, quand on s'est séparés, jusqu'en 2008, quand on s'est réunis. J'ai fait beaucoup d'enregistrements complexes et profonds, de la musique plus dense et, pour moi, à titre de musicien et de compositeur, pas mal plus satisfaisante. Alors, dans un sens, je n'avais pas les mêmes défis que lorsque j'ai joint Return To Forever à 19 ans - j'étais très fier de les avoir joints, soit dit en passant. Mais j'ai poursuivi ma route et j'ai grandi. [...] Il y a bien des choses qui sont arrivées, qui ne dont il n'est pas nécessairement agréable de parler, mais il y avait des irritants, entre des gens qui étaient impliqués dans une religion [la scientologie], comme Chick [Corea] et Stanley [Clarke], et moi, qui ne l'étais pas...

Q Comme vous êtes devenu assez tôt un leader, est-ce que c'était difficile de redevenir un membre parmi les autres dans le groupe?

R Non, et j'ai aimé le côté nostalgique de cette réunion, vraiment. Mon point de vue, par rapport au répertoire, était, et je l'ai dit assez franchement et honnêtement : on devrait jouer plus de pièces de Chick, car être dans un band, c'est une chose, mais j'étais fan de ce groupe avant de le joindre, alors je crois que j'étais honnête face au fait qu'on devrait jouer davantage de pièces de Chick plutôt que des autres gars, et ça ne passait pas très bien. Je parle pour moi aussi : je ne pense pas que les gens qui venaient voir un concert de Return To Forever venaient pour entendre une pièce d'Al Di Meola ou de Lenny White ou de Stanley Clarke. Je crois simplement que si nous devions faire ça, on aurait dû garder ça au minimum, ce qui n'a pas été fait...

Q Vous avez su vous inscrire dans le temps. Quel est votre plus grand défi en 2017? 

R Rester motivé. C'est ce qui est difficile, car nous n'avons plus d'industrie. C'est terminé. Alors, heureusement, j'ai développé un nom qui est connu autour du monde, au point où l'on peut donner des spectacles et où je peux jouer, en raison de mon nom. Mais d'être motivé pour faire un nouvel album est vraiment un défi, car les budgets ne sont plus là, puisque les gens n'achètent plus d'albums. Ils paient pour des téléchargements, mais c'est limité. Même des artistes comme Paul McCartney ou les Rolling Stones ne vendent plus d'albums...

La «terrible» musique électronique

Al Di Meola a collaboré avec différents musiciens et s'est aventuré dans la pop, en reprenant les Beatles. Il est peu probable, cependant, que vous le voyiez joindre ses forces à un artiste de l'électronica... «Je crois que c'est épouvantable», dit-il à propos de cette musique. «Je suis une personne très ouverte, soit dit en passant - peut-être pas suffisamment, aux yeux de certains -, mais je voulais aimer ça. Je voulais trouver quelqu'un à aimer là-dedans. Quelqu'un m'a guidé dans cet EDM [electronic dance music], qui me disait : «écoute ceci, tu vas aimer», mais j'ai trouvé ça déplorable. Je n'ai rien trouvé de super créatif là. Rien de ce que j'écoute aujourd'hui n'approche, même de près, la créativité des années 60 et 70. C'est juste un fait. Seulement dans le registre pop, qui fait de l'aussi bonne musique que les Beatles? Personne! Où trouve-t-on un Sgt. Pepper's, un Magical Mystery Tour ou un Abbey Road aujourd'hui? Ça n'existe pas! Allons, ça fait 40-50 ans, on devrait expérimenter et trouver meilleur... Mais les tendances en musique ont chuté de manière désastreuse. C'est comme la présidence des États-Unis : nous sommes dans un twilight zone! Vous ne pouvez pas trouver pire!»

Des fleurs pour le Québec, un pot pour Berklee

Al Di Meola a reçu en 2015 le prix Miles-Davis, que remet annuellement le Festival de jazz de Montréal à un artiste pour souligner l'ensemble de sa carrière. Un honneur dont il se dit touché, surtout qu'il vient d'un des événements jazz les plus estimés. Surpris, aussi, du fait qu'il provienne du Québec plutôt que des États-Unis, bien qu'il ait eu la chance de constater, au fil des ans, combien le public québécois avait bon goût. «Ça signifie beaucoup : ça veut dire qu'ils ont tenu compte de l'ensemble de mon oeuvre, qui est désormais imposant. Ce n'est plus basé sur mon jeu, sur ma technique ou sur un album à succès; c'est une carrière, qui est désormais longue, avec 45 ans. Quelqu'un ou un comité a noté ça et c'est pourquoi ça signifie tant pour moi. Je vais vous dire, je suis allé au Berklee School of Music et ils ne m'ont jamais donné aucune reconnaissance. Ils ont donné à tout le monde un doctorat honorifique ou un honneur, mais ils ne m'ont pas considéré, ce que je trouve hautement offensant. Parce que je ne m'attendais pas du tout à recevoir ça de Montréal, mais je l'attendais vraiment de mon alma mater...»

Vous voulez y aller?

  • QUI: Al Di Meola
  • QUAND: 24 février, à 20h
  • : Palais Montcalm
  • BILLETS: 69 $
  • INFO: palaismontcalm.ca




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