Bach sans frontière: la revanche du clavecin

Mahan Esfahani refuse de voir le clavecin comme... (Le Soleil, Pascal Ratthé)

Agrandir

Mahan Esfahani refuse de voir le clavecin comme un instrument du passé.

Le Soleil, Pascal Ratthé

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) CRITIQUE / C'est si joli, dans un concert de musique baroque, d'entendre dans les moments les plus doux la délicate voix du clavecin, qui peine toujours un peu à se faire entendre parmi les cordes beaucoup plus fortes et amples. Jeudi, aux Violons du Roy, l'instrument a pris sa revanche entre les mains expertes de Mahan Esfahani et muni d'un micro qui permettait d'entendre les moindres frémissements de l'instrument.

Le claveciniste américain d'origine iranienne refuse de voir le clavecin comme un instrument du passé. Il n'hésite donc pas à le munir d'une légère amplification - du jamais-vu aux Violons du Roy au dire du chef Mathieu Lussier - pour lui permettre de lutter à armes égales contre les instruments modernes. Brillante idée, qui permet d'entendre tout le relief et la résonance de l'instrument, ainsi que le pincement des cordes, qui donne aux notes un son un peu nasillard qui se transforme en charmant florilège lorsque celles-ci sont enchaînées avec rapidité.

Esfahani est un expert d'une dextérité peu commune, qui parvient à insuffler au clavecin une vie nouvelle, étrange et inattendue. Alors qu'il laissait se déployer en vagues régulières et majestueuses le Concerto pour clavecin de Bach, il a livré celui de Górecki avec une agilité et une rapidité. La salle de concert semblait tournoyer, plonger dans une nouvelle dimension où le temps et l'espace ne suivaient plus les règles, et où notre esprit, hagard, cherchait à reprendre son souffle. Les échanges avec les cordes étaient particulièrement réussis, l'orchestre et le soliste s'échangeant tour à tour la tâche de donner le tempo ou de faire monter la fièvre que ne manque pas de susciter le concerto. 

Le claveciniste semble presque timide, tant il est concentré sur son jeu, mais on devine au fil des pièces un sourire qui naît sur son visage, une certaine détente qui s'installe malgré l'exigence de la partition. Il a salué avec une expression ravie, sous les bravos sonores lancés d'un peu partout dans la salle. Il nous a offert en cadeau une interprétation inspirée des Variations Goldberg, afin de laisser la scène à la flûtiste Ariane Brisson.

La seconde soliste de la soirée a livré avec grâce et fluidité la Suite pour orchestre no2 de Bach, se laissant bercer par la série de danses. Alors qu'elle vient tout juste de franchir la mi-vingtaine, la musicienne dégage une force de caractère, un aplomb et une souplesse belle à voir.

Le concert, dirigé de manière attentive et posée, presque économe, par Mathieu Lussier, s'est ouvert avec Pulau Dewata de Claude Vivier. La pièce élaborée, dont certaines séquences nous rappellent les scènes les plus angoissantes des films de Hitchcock, permettait d'apprécier l'esprit de corps des Violons, parfaitement synchronisés, précis et vifs. Le concert à cheval entre deux époques, le XVIIIe et le XXIe, aura aussi réussi à nous faire passer d'une fiévreuse angoisse aux frémissements les plus doux.

Le concert, vu au Palais Montcalm jeudi soir, sera présenté de nouveau vendredi à 19h30 à la salle Bourgie du Musée des beaux-arts de Montréal.

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer