Mariana Mazza: victoire par K.O.

Non, Mariana Mazza ne crie pas tout le... (Le Soleil, Yan Doublet)

Agrandir

Non, Mariana Mazza ne crie pas tout le temps. Elle sait raconter sur tous les tons et maîtrise l'art de terminer chaque phrase de la manière dont on s'y attend le moins.

Le Soleil, Yan Doublet

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) CRITIQUE / Mariana Mazza livre son premier spectacle solo comme une série de coups de poing bien enchaînés. Avec, au final, autant de finesse que d'images crues, la jeune femme prend les clichés et les expédie dans une autre dimension, avec cran, autodérision, lucidité et l'envie bien assumée de dire haut et fort ce qu'on tait trop souvent par convention sociale ou par peur de l'autre.

Elle entre sur scène en arborant une robe de chambre scintillante à l'effigie de Ganesh, sautillant comme une boxeuse, et dépose son téléphone sur une table où est peint le visage de Frida Kahlo. Déjà, en quelques blagues bien placées, elle règle deux cas : on la présente comme une humoriste vulgaire - pas le choix depuis qu'elle a gagné un Olivier pour son numéro Du sable dans le vagin, une expression qu'elle ne voulait plus entendre, mais qu'elle entend plus que jamais - et on lui pose toujours la question de ses origines. «Moitié arabe, moitié latino, j'ai l'air d'une gouine et je suis très contente de ne pas habiter aux États-Unis en ce moment», balance-t-elle en mettant, mine de rien, plusieurs sujets de son spectacle sur la table.

Ceux qui ont poussé des cris de vierges effarouchées devant les remerciements de Safia Nolin à l'ADISQ ne sont pas le public cible de Mariana Mazza. Et c'est bien ainsi. L'humoriste de 26 ans rejoint justement un public trop souvent laissé pour compte en humour au Québec : celui qui se fout des sacres et des anglicismes tant que la réflexion est étoffée, aux antipodes des idées reçues et du prêchi-prêcha. Et non, Mariana Mazza ne crie pas tout le temps. Elle sait raconter sur tous les tons et maîtrise l'art de terminer chaque phrase de la manière dont on s'y attend le moins.

Il y a longtemps, vraiment longtemps qu'on avait autant ri. La salle croule d'ailleurs de rire la plupart du temps. Sauf lorsqu'elle lit le message d'un fanatique chrétien visiblement dérangé reçu sur son compte Facebook.

Mazza a trouvé là une façon d'intégrer l'une des réalités les plus désespérantes de notre époque. Celle des gros jugements crasses cachés derrière un profil virtuel, des insultes racistes et misogynes, des approches louches à caractère sexuel tendues comme des perches molles. À quatre moments pendant le spectacle, elle nous lira des extraits de son palmarès de messages de la semaine. Des maladroits d'abord, auquel elle répond avec esprit et aplomb, puis des hargneux, puis, comme une lumière, le message d'une femme qui la remercie de donner une voix à ceux (surtout celles) qui n'en ont pas. 

Mazza est une femme alpha, avec tout ce que ça implique de gags sur son taux de testostérone, sa pilosité et sa voix grave - dont elle se sert habilement, d'ailleurs, tant pour citer Éric Lapointe que pour montrer comment elle peut remettre un gars à sa place. Et elle les gagne, les gars. Même en leur disant qu'elle ne suce pas ou qu'ils ne couchent pas avec elle, qu'elle les «envagine», et même en parlant de Diva Cup, qu'elle compare à un «tupperware de noune» et à «la casquette de M. Patate».

Ses jeunes fans

Son spectacle est classé 16 ans et plus, pourtant, celle qui apparaît sur plusieurs chaînes dont Vrak sait qu'elle a des fans plus jeunes et se fait même un devoir de les débusquer. Mardi soir, il y avait India, 13 ans, venue avec sa mère Sophia, et dont Mazza a souligné le courage et l'ouverture après avoir pris les deux spectatrices à témoin d'un vibrant hommage à la masturbation et aux douches téléphones.

C'est là qu'on aurait mis un bémol. Pas pour le sujet et la démonstration, mais parce l'humoriste s'est mis à délaisser un peu trop son texte pour déconner, très à l'aise, avec un public visiblement conquis. Un bien petit bémol. 

Mariana Mazza présentera à nouveau son spectacle mercredi et jeudi à la salle Albert-Rousseau.

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer