La voix de Leonard Cohen s'est tue

Comme David Bowie en janvier, Leonard Cohen est décédé... (Photothèque Le Soleil, Pascal Ratthé)

Agrandir

Comme David Bowie en janvier, Leonard Cohen est décédé peu de temps après avoir lancé un dernier album.

Photothèque Le Soleil, Pascal Ratthé

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
<p>Ian Bussières</p>

(Québec) «C'est avec une profonde tristesse que nous vous annonçons que le poète, auteur-compositeur et artiste légendaire Leonard Cohen est décédé. Le monde de la musique a perdu un de ses visionnaires les plus prolifiques et vénérés.» Cette annonce sur le site Web du Montréalais de 82 ans peu avant 21h jeudi a précipité dans le deuil les nombreux adeptes de son art qui transcende les générations.

Pour le producteur Michel Brazeau, qui a organisé tous les spectacles de Cohen dans la capitale, l'annonce est venue comme un coup de poing. «Tu n'es pas sérieux? Un autre... Ça me fait autant de peine que le décès de David Bowie», a déclaré le producteur au journaliste du Soleil, qui venait de lui apprendre le décès du seul Québécois à avoir été intronisé au Rock and Roll Hall of Fame. 

Comme Bowie d'ailleurs, Cohen est décédé peu de temps après avoir lancé un dernier album, le bien nommé You Want It Darker, paru le 21 octobre et sur lequel le père avait travaillé en compagnie de son fils Adam.

Une cérémonie aura lieu à Los Angeles, où Cohen habitait depuis plusieurs années tout en conservant une résidence à Montréal, dans les prochains jours. La famille a dit souhaiter vivre le deuil en toute intimité.

Première rencontre

M. Brazeau se souvient de sa première rencontre avec l'auteur de Hallelujah et de Suzanne, lors du premier spectacle qu'il avait organisé avec lui au Grand Théâtre de Québec dans les années 80. «Il devait monter sur scène à 20h et à 19h55, il est allé me chercher et m'a demandé de venir avec lui dans sa loge», raconte le producteur.

«Il m'a dit qu'il était stressé avant de monter sur scène et que j'allais devoir l'aider. Il m'a dit : "Assieds-toi", et il a sorti une bouteille de téquila. Il nous a servi des shooters et on en a bu... Après trois shooters chacun, il m'a dit qu'il était prêt à monter sur scène. Il y est allé et il a donné un show mémorable», se souvient Brazeau.

Il se souvient aussi d'avoir revu le poète à la voix grave et au Fedora omniprésent quand il a organisé son spectacle au Pavillon de la jeunesse en 2009. «Il ne trouvait pas que le Pavillon de la jeunesse était une salle adéquate pour son spectacle, mais il a fallu lui expliquer qu'on n'avait pas d'autre salle pouvant accueillir 3000 personnes à Québec. Heureusement, le sonorisateur avait fait du bon travail et malgré tout, on avait eu droit à un bon spectacle.»

Déboires financiers

Cette tournée était la première de Cohen après que son ex-gérante Kelley Lynch l'ait dépossédé, quelques années plus tôt, de plusieurs millions de dollars. «Ses exigences monétaires étaient élevées, car il voulait utiliser cette tournée pour se renflouer. Il avait donc négocié son cachet en conséquence, mais tout avait bien fonctionné, il avait fait salle comble», poursuit Michel Brazeau.

Celui-ci gardera le souvenir d'un «grand monsieur», d'un être sympathique qui avait beaucoup de classe, facile à approcher et à parler. «La dernière fois que j'ai organisé un de ses spectacles, c'était au Colisée en 2012. Il avait 78 ans, mais il avait donné son maximum avec plus de trois heures de spectacle. Je peux vous dire que personne ne pouvait dire qu'il n'en avait pas eu pour son argent.»

De la poésie à la musique

Né dans une famille juive de la classe moyenne à Westmount en 1934, Leonard Cohen a amorcé des études à l'Université McGill et c'est là, dans les années 50, qu'il a publié ses premiers poèmes.

Il s'est lancé dans la musique en 1967, quand il a quitté pour New York où il a côtoyé les membres du Velvet Underground et la chanteuse allemande Nico ainsi qu'Andy Warhol. Il a lancé cette année-là son premier album, Songs of Leonard Cohen, qui contenait deux pièces qui allaient devenir des classiques, Suzanne et So Long, Marianne.

Il allait ensuite produire 13 autres albums, dont The Future, en 1992, certifié deux fois platine au Canada, et Old Ideas qui a atteint la troisième position du prestigieux palmarès Billboard 200 en 2012. En 2010, il recevait un prix Grammy visant à souligner sa riche carrière musicale, deux ans après être entré au Rock And Roll Hall Of Fame.

Amour et mélancolie

Reconnu pour ses chansons d'amour à la poésie mélancolique, Cohen savait aussi manier le sarcasme et l'humour. «Ma réputation d'homme à femmes était une blague qui m'a amené à rire amèrement durant les 10 000 nuits que j'ai passées seul», avait-il déjà affirmé.

Malgré tout, on lui connaissait plusieurs idylles, notamment avec Suzanne Elrod, qui est la mère de son fils Adam et de sa fille Lorca, la comédienne américaine Rebecca De Mornay et Marianne Ihlen, qui a été sa muse pendant plusieurs années et est décédée cet été. Plus récemment, il avait aussi fréquenté certaines de ses choristes, notamment Laura Branigan, Sharon Robinson, Anjani Thomas et Jennifer Warnes.

L'artiste avait fait une longue pause dans sa carrière durant les années 90 quand il était allé se réfugier au centre bouddhiste zen du mont Baldy, près de Los Angeles. Il avait été ordonné moine et avait vécu en reclus durant cinq ans avant de faire un retour sur disque avec Ten New Songs en 2001.

Lewis Furey perd un maître

C'est un ami, mais aussi un maître que le réalisateur et compositeur montréalais Lewis Furey dit perdre avec le décès de Leonard Cohen survenu jeudi à l'âge de 82 ans.

«Je le connais depuis que j'ai 16 ans. Leonard Cohen, c'était un maître pour moi», a déclaré Furey au Soleil tout juste après être sorti de scène jeudi soir. «Il m'a grandement influencé, par les exigences qu'il se donnait dans sa façon de travailler. Il se poussait toujours à aller plus loin, il prônait l'importance de réfléchir à ce que l'on écrit, à ne pas faire des choses à la va-vite», raconte celui qui est également le conjoint de la comédienne Carole Laure.

Furey se souvient très bien que celui qu'il considère comme un modèle traînait toujours sur lui un petit carnet où il notait diverses phrases et idées. «Il ne sortait jamais de la maison sans son carnet et un crayon!»

«C'était un homme qui adorait la langue, qui adorait le travail qu'il s'était donné. Il avait trouvé une façon de chanter ses poèmes, ce qui lui avait ouvert une nouvelle porte pour communiquer avec son public. Pour faire découvrir sa poésie à des gens qui n'auraient peut-être jamais été en contact avec elle d'une autre façon», de conclure Furey.

Partager

À lire aussi

  • Leonard Cohen: un album «touché par la grâce»

    Sur scène

    Leonard Cohen: un album «touché par la grâce»

    Avec l'annonce de la mort du chanteur Leonard Cohen, à l'âge de 82 ans, nous reproduisons ici l'entrevue que notre journaliste Nicolas Houle a... »

  • <i>So long, Leonard</i>

    Sur scène

    So long, Leonard

    BILLET / La nouvelle est arrivée comme une gifle. Douloureuse et grossière. Rien à voir avec la poésie ou la subtilité propre à celui qu'elle... »

  • Leonard Cohen inhumé à Montréal

    Sur scène

    Leonard Cohen inhumé à Montréal

    Leonard Cohen, décédé lundi à Los Angeles, a été inhumé jeudi à Montréal aux côtés des défunts de sa famille, ont rapporté vendredi des médias locaux... »

  • Armand Vaillancourt salue son ami Leonard Cohen

    Sur scène

    Armand Vaillancourt salue son ami Leonard Cohen

    Au lendemain de l'annonce du décès du poète et chanteur Leonard Cohen, son vieil ami, le sculpteur Armand Vaillancourt, se rappelait encore les... »

  • L'île d'Hydra, refuge grec de Cohen

    Sur scène

    L'île d'Hydra, refuge grec de Cohen

    Parmi les légions de fans attristés par la mort de Leonard Cohen, décédé cette semaine à 82 ans, figurent les habitants de la petite île grecque... »

  • Leonard Cohen mort dans son sommeil après une chute nocturne

    Sur scène

    Leonard Cohen mort dans son sommeil après une chute nocturne

    L'auteur-compositeur-interprète Leonard Cohen est mort dans son sommeil après avoir fait une chute en milieu de nuit à sa résidence de Los Angeles. »

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer