Klô Pelgag: d'audace et de liberté

Sur son deuxième album, L'étoile thoracique, Klô Pelgag se... (Étienne Dufresne)

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Sur son deuxième album, L'étoile thoracique, Klô Pelgag se fait un devoir de réitérer, à coups de plume fleurie et de créativité débridée, sa précieuse singularité.

Étienne Dufresne

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(Québec) Trois ans après avoir présenté un premier album sur lequel elle affirmait une couleur chansonnière aussi poétique que singulière, l'auteure-compositrice-interprète Klô Pelgag revient à l'avant-scène en creusant un peu plus son sillon. Et c'est en assumant pleinement ses envies orchestrales que l'artiste réitère son originalité.

Oser la singularité

Klô Pelgag se décrit comme une «timide extravagante qui écrit des chansons de douleur tout en rythmes, déguisée en fruit». Elle forge des images empruntées à la nature, à la science, à l'anatomie. Et sur son deuxième album, L'étoile thoracique, elle se fait un devoir de réitérer, à coups de plume fleurie et de créativité débridée, sa précieuse singularité. 

On connaissait déjà son goût pour les arrangements empruntant au classique. Voilà qu'avec son frère et collaborateur Mathieu Pelletier-Gagnon, Chloé (de son vrai nom) s'est offert la totale en enregistrant un album orchestral auquel ont participé une bonne trentaine de musiciens. 

«Avec mon frère, c'est un rêve qu'on avait d'amener un orchestre et de donner de l'ampleur à tout ça», confie l'auteure-­compositrice-interprète de 26 ans. «On n'avait pas pensé que ça arriverait aussi tôt dans ma vie, ajoute-t-elle. Mais je pense que c'est important de se réaliser et de ne pas se limiter par rapport aux contraintes de l'industrie. On a osé faire ça, et je suis super contente du résultat. Les arrangements sont très audacieux pour un album de pseudo-­chanson. On a osé beaucoup. Mathieu est arrivé avec des propositions qui ne sont pas à la mode...»

Cadre et liberté

S'inscrire hors des tendances et cultiver la liberté. Voilà un peu la ligne directrice que semble s'imposer l'artiste aux racines gaspésiennes, qui mène une carrière active des deux côtés de l'Atlantique. À l'intérieur de ce cadre permissif, toutes les folies sont permises, tant que la machine créative reste en marche et que celle qui la conduit continue d'y trouver sources d'étonnement. Sur la forme comme sur le fond. Sur la page comme sur les planches.

«La scène, c'est un lieu de liberté où on peut se permettre de faire plein de choses qu'on ne ferait pas dans la vie. Et je pense que c'est une marque de respect et de générosité immense que de préparer quelque chose de spécial pour les gens qui viennent nous voir. C'est pour ça que je fais des shows qui ne se reproduisent pas deux fois, avec des décors différents», décrit la chanteuse à la voix flûtée, qui affectionne particulièrement les déguisements : elle a adopté pour un temps un costume de squelette tout en imposant à ses musiciennes l'uniforme robe de mariée et casquette des Expos... 

«C'est une façon d'amener un nouveau regard sur ce que c'est de faire de la scène. Est-ce que si tu joues du violon, tu es obligé d'être habillé en noir, assis sur une chaise derrière un lutrin? Au départ, l'idée c'était aussi d'enlever du sérieux à l'affaire. On idéalise beaucoup les artistes et les chanteurs. On aime quand ils sont éloquents. Quand ils sont sérieux, ça nous sécurise. On dirait qu'on voit un modèle. Alors que cette même personne qu'on idéalise, ça lui arrive de regarder le hockey en bobettes en mangeant des chips qui lui tombent sur la bedaine...»

Un acte de passion

Klô Pelgag, qu'on verra sur la scène de l'Impérial le 2 mars, dit se sentir «insultée» lorsqu'elle entend un artiste lui resservir des interventions réchauffées en spectacle. «Si j'ai pensé que c'était vrai la première fois et que j'entends le même script dans une autre ville, je trouve ça choquant», évoque celle qui met la folie à profit pour renouveler sans cesse la rencontre avec le public.  

«C'est une chose que je cultive et en laquelle je crois, confirme-t-elle. Même si on ne comprend pas, ça dit quelque chose. C'est un acte symbolique pour moi. Même si plusieurs ne voient que des jokes, parce que c'est vrai qu'il y en a beaucoup. Mais ce n'est pas juste une blague, c'est un symbole. C'est un acte de passion.»

Sortir des conventions langagières

Comme sur son premier album paru il y a trois ans, L'alchimie des monstres, Klô Pelgag a couché sur L'étoile thoracique des vers soignés, truffés d'images fortes. Là où on pourrait voir des influences surréalistes, Klô Pelgag assure que «tout vient d'une place explicable».

«Mais c'est sûr que ce n'est pas du concret. Ce n'est pas : "On joue de la guit autour d'un feu, et je viens du Lac-Saint-Jean", mettons, rigole-t-elle. Mais il y a un sens à trouver et les gens y trouvent plein de trucs différents.»

L'auteure-compositrice-interprète assimile l'acte d'écriture à la nécessité de respirer. «Ça m'aide à mieux vivre d'écrire et de traduire les choses à ma manière», explique la jeune femme, qui dit trouver plus de sens dans les images que dans l'écriture «hyperréaliste».

«Ça représente beaucoup mieux ce que je veux dire qu'un ensemble de mots qui est connu, ajoute-t-elle. Dans les conventions, il y a des choses qui se disent d'une telle manière et tout le monde va les comprendre parce que ç'a toujours été comme ça. On a été élevés comme ça, on a appris la langue comme ça. Mais la langue française est super riche. Il y a encore plein de manières insoupçonnées de traduire ou de décrire quelque chose. Il y a plein d'expressions à inventer encore. On se freine en pensant que ça ne se dit pas, que ça ne veut rien dire ou que tout a déjà été dit. Absolument pas! Pourquoi ne pas donner une deuxième vie à la langue? Pourquoi ne pas inventer une autre lecture de notre langue?»

Le temps d'une prise de conscience

On pourrait penser qu'elle a vu venir cette nouvelle controverse : avant le gala de l'ADISQ, Klô Pelgag a signé une longue lettre en réponse à l'animatrice Monique Giroux, qui a déploré dans un billet - en l'écorchant au passage - la qualité des remerciements des musiciens lauréats dans les remises de prix. Quelques jours plus tard, c'était au tour de Safia Nolin d'essuyer les critiques pour sa tenue (jeans et t-shirt) et son intervention au même gala. 

Retour en arrière : en 2014, en acceptant le Félix de la révélation de l'année, Klô Pelgag avait retenu l'attention pour ses propos pour le moins colorés (elle avait notamment remercié ses parents «d'avoir fait l'amour» ainsi que l'hypnotiseur Messmer...). «J'avais reçu beaucoup d'appui, et il y a aussi des gens qui m'ont découverte grâce à ça. Mais ils étaient aussi nombreux à critiquer comment j'étais habillée, comment j'étais tout court. Certains disaient que j'étais soûle ou gelée ou je ne sais trop quoi. Je me suis fait traiter de conne et de trucs comme ça. Et je portais une robe, quand même!» relate l'auteure-compositrice-interprète, qui s'est dite «dégoûtée» des propos désobligeants dirigés vers sa consoeur Safia Nolin après le gala de dimanche dernier. 

«Comme beaucoup de gens, j'ai été découragée du bashing et de l'intimidation sur les réseaux sociaux. Et il y a plein de journalistes qui se disent féministes qui sont embarquées là-dedans, qui se servent un peu de ça pour créer un genre de scandale où il ne devrait pas y en avoir. Ça en dit beaucoup sur où on est rendus», note l'artiste, qui espère que le débat suscité cette semaine sera propice à certaines prises de conscience. 

«Quand t'es une femme pas très connue à la télévision, tout le monde peut allègrement déverser sa haine sur toi, ajoute-t-elle. Même pas besoin d'être «mal» habillée pour te faire critiquer. Je trouve ça triste pour nous, pour le Québec. C'est décourageant. Mais en même temps, je pense que ça va faire réfléchir plein de monde face à leur propre réaction. Je suis sûre qu'il y a des gens qui ont mal réagi, qui voient maintenant tout ce qui se passe et qui vont se remettre en question. J'ose y croire parce que ça me console...»

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