Marillion: tirer le meilleur du pire

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(Québec) Steve Hogarth trouve peu à se réjouir lorsqu'il observe ce qui se trame autour de lui. Le chanteur de Marillion est habité d'un pressentiment selon lequel, sur l'île britannique à tout le moins, des changements irréversibles se préparent sur les plans financier, politique et environnemental. Ces préoccupations sont au coeur de Fuck Everyone and Run (F.E.A.R.), le nouvel album du groupe, qui figure parmi ses plus sombres, mais aussi parmi ses meilleurs.

Il est arrivé, par le passé, que Marillion traite de sujets d'actualité ou s'aventure en territoire politique, mais jamais de façon assumée et exhaustive comme sur son 18e enregistrement. Hogarth, qui s'était longuement questionné à savoir s'il devait faire paraître Gaza, en 2012, une chanson sur la réalité palestinienne vue à travers les yeux d'un enfant, n'a pas eu d'hésitations lorsqu'est venu le temps de partager ses appréhensions actuelles, se sentant légitimé par le fait qu'il vit précisément là où se produit ce qu'il dénonce. 

«Cet album est vraiment à propos de la perte de foi, envers ce pressentiment que ce pays est en train de changer pour toujours, explique-t-il. C'est ce que je sens, comme une tempête qui approche. Et depuis que j'ai écrit ça il y a quelques années - car ç'a pris un certain temps à ce que ça devienne des chansons -, on a quitté l'Union européenne. C'est peut-être la phase 1 de ce que je ressens. Je crois que le pire est à venir, même si j'espère me tromper.»

Faire fi des conventions

Durant son long parcours, amorcé en 1979, la formation qui réunit, outre Hogarth, Mark Kelly (claviers), Steve Rothery (guitares), Pete Trewavas (basse) et Ian Mosley (batterie) a rarement fait de courbette aux modes, ayant plutôt l'air d'ovni musical, que ce soit avec le néo-prog de ses débuts ou l'art rock qu'il a développé à partir de la fin des années 90. Sur F.E.A.R. plus que jamais, c'est une évidence. En cette ère numérique, où les simples et les minialbums sont des formats prisés, les gars proposent un album qui fait 1 heure 10. Dans le lot, on dénombre trois suites de 15 minutes, dont les impressionnantes El Dorado et The New Kings, qui traitent de cupidité et des ravages du capitalisme.

«Bien des chansons sont articulées autour des textes, quoique nous écrivons toujours en jammant, et j'avais tellement de mots au début du processus, que j'essayais de voir comment cadrer tout ça, raconte Hogarth. Les chansons ont été habillées avec des arrangements parfois complexes et se sont allongées, car au fur et à mesure que le temps passait, je trouvais d'autres choses à dire...»

Pour le «bien commun»

Marillion est un groupe au sens le plus collectif du terme. Si l'on fait fi du départ remarqué de son premier chanteur, Fish, en 1988, la troupe réunit les mêmes complices depuis 1984. Ensemble, les cinq hommes ont développé un son unique, qu'ils n'ont pas eu peur de secouer en cours de route afin de se renouveler au risque, parfois, de s'égarer. Cette étroite complicité, qui mène les gars à façonner chacune de leurs chansons ensemble, leur a par ailleurs permis d'être entièrement au service des compositions qu'ils défendent. Aussi, bien que Steve Rothery soit un guitariste d'exception et Mark Kelly un maître des teintes sonores, personne ne se dispute les projecteurs.

«Il y a un long solo de guitare sur El Dorado, qui est magnifique et il y en a un étrange dans The New Kings, mais ce n'est pas un gros solo de guitare électrique, c'est plus délicat, plus subtil, observe Hogarth. D'autres passages défilent comment des couleurs, plutôt que de grandes déclarations. Je crois que c'est un signe de la maturité de Steve [Rothery] à titre de musicien. Je sens que son boulot principal est de faire ce que la chanson commande et de jouer quelque chose qui est en phase avec ce que la chanson dit. [...] Quand vous avez été longtemps ensemble, vous apprenez à noyer quelque peu votre ego au profit du bien commun.»

Habiter la scène

Pour donner forme à F.E.A.R., Marillion a travaillé dans ses propres quartiers, au Racket Club, puis a mis le cap vers les studios Real World de Peter Gabriel. La scène reste toutefois le lieu que préfèrent habiter les musiciens, comme le chante Steve Hogarth dans The Leavers. Marillion reprend donc la route en incluant l'Amérique du Nord dans sa trajectoire. Des haltes à Montréal (1er novembre, Corona) et à Québec (2 novembre, Impérial) sont prévues. On pourra alors voir des titres de F.E.A.R. prendre leur plein envol.

«J'aimerais jouer F.E.A.R. au complet, mais je doute que ce soit possible et pratique, note Hogarth. On a déjà répété The New Kings, on l'a joué en Europe et on a eu un formidable accueil, surtout considérant que plusieurs ne l'avaient pas encore entendue à l'époque. On va répéter El Dorado, et si possible, on va amener Wake Up et Living in FEAR en Amérique du Nord avec nous. Ça fait 40 minutes de musique, donc ça gruge une partie importante du spectacle. Il en restera 1 heure 15, qui sera constituée de ce qu'on voudra bien piger dans le catalogue du band

Marillion... (Freddy Billqvist) - image 4.0

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Marillion

Freddy Billqvist

Le sociofinancement en association

Pour la première fois de leur carrière, les membres de Marillion ont fait appel au site de sociofinancement Pledgemusic pour financer un album. Qu'on ne se méprenne pas, le groupe est on ne peut plus familier avec le principe, puisqu'il est reconnu comme l'inventeur de cette façon de faire. Depuis 2000, Marillion a régulièrement fait appel à ses fans pour financer ses enregistrements. Pourquoi avoir recruté une firme extérieure pour F.E.A.R. alors que les musiciens étaient entièrement indépendants?

«La contrepartie de la prévente, c'est que c'est au groupe de s'assurer que tout se fasse : manufacturer le CD, le poster, donner le service après-vente, comme répondre au fan qui n'a pas reçu son exemplaire, indique Steve Hogarth. Il y a une limite à ce qu'un band de rock peut faire et ç'a été un problème par le passé. On savait qu'on devrait embaucher plus de main-d'oeuvre et d'espace d'entrepôt, et puis Pledge nous a approchés en nous disant : "Vous avez inventé ce système de prévente et on sent qu'on l'a développé davantage, alors pourquoi ne pas unir nos forces?" [...] On s'est dit que ce serait une bonne expérience et je crois que ç'a bien marché. Un des éléments qui a été intéressant, c'est qu'en faisant affaire avec Pledge, nos préventes devenaient comptabilisées pour les ventes au palmarès, ce qui n'était pas le cas auparavant.»

De fait, F.E.A.R. a non seulement été bien accueilli par la critique, raflant même un cinq étoiles dans le Guardian, mais il s'est hissé en quatrième position du palmarès britannique...

La loterie du jam

Après un album aussi dense que F.E.A.R., est-ce que Marillion voudra revenir à la base et proposer une série de chansons plus courtes ou plus simples pour son prochain projet? Rien n'est moins sûr, explique le chanteur Steve Hogarth. «L'approche du groupe a toujours été la même : écrire en jammant, puis écouter les jams et prendre les éléments qu'on trouvait les plus intéressants, ce qui fait que notre écriture est vraiment comme une loterie. On ne sait pas quelle balle sortir du tube la prochaine fois, jusqu'à ce qu'on démarrera la machine. Il n'y a jamais eu de grands plans dans notre périple musical. On ne s'était jamais assis en se disant "on doit faire ceci, car on a fait ça". Cela dit, ça pourrait arriver inconsciemment...»

Partie remise pour le Marillion Week-End

Depuis des années déjà, Marillion tient les Marillion Week-End. Il s'agit de longues fins de semaine où la formation propose trois performances entièrement différentes en trois soirs. Ces rassemblements ont lieu une fois tous les deux ans, dans trois ou quatre pays distincts. Montréal a été l'un des points de chute, or cette année, en raison de l'actuelle tournée, le groupe ne tiendra pas l'événement dans la belle province. Ce n'est que partie remise, assure Steve Hogarth : «Faites-moi confiance, on adore le Québec et la ville de Québec. La partie francophone du Canada a toujours été spéciale pour nous - je le dis d'ailleurs dans la chanson [Montreal] : "La fleur de lys a toujours été bonne pour moi." [...] On va revenir aussi souvent qu'on le peut, c'est une promesse.»

Vous voulez y aller?

  • Qui : Marillion
  • Quand : mercredi, à 20h
  • Où : Impérial
  • Billets : 61 $
  • Info : imperialbell.com

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