St-Agapit 1920: danser avec les ombres

Des objets très concrets comme les pots Mason... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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Des objets très concrets comme les pots Mason sont utilisés dans une chorégraphie où la danse ne tarde jamais à revenir dans un territoire plus inquiétant.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) CRITIQUE / Que se passe-t-il dans la tête d'une personne quand la mémoire s'étiole? Troublé par le décès de sa grand-mère, emportée par la maladie d'Alzheimer, Olivier Normand propose avec St-Agapit 1920 une hypothèse à la fois poétique et oppressante.

Près de deux ans après la mouture initiale présentée à Premier Acte, la pièce a repris vie mercredi juste en face, au Périscope. Oeuvre très personnelle de l'auteur et metteur en scène, qui y sème une foule de références familiales, St-Agapit 1920 est aussi une proposition ouverte, se déployant dans une série de tableaux impressionnistes qui laissent le soin aux spectateurs de trouver leurs propres clés d'interprétation. 

Olivier Normand se charge lui-même de mettre la table en début de représentation, s'adressant directement au public pour présenter sa grand-mère Jeanne d'Arc. Il lit une lettre qu'il lui a écrite au moment de sa mort, dans laquelle il évoque le trouble qu'il a ressenti en trouvant une photo d'elle dans la jeune vingtaine. Un vertige qui a soulevé maints questionnements, résumés par un grand point d'interrogation : «où s'en va le temps qui passe?»

Entrent ensuite en scène trois interprètes qui donneront corps à la proposition de Normand. Parce que tout passe par le corps dans ce spectacle de très peu de mots. L'une (Mélanie Therrien) campe d'emblée une Jeanne d'Arc frêle, à l'air confus. Elle est vite rejointe par les deux autres (Claudiane Ruelland et Ariane Voineau) à l'identité moins claire. Peut-être représentent-elles des versions de Jeanne d'Arc à des âges différents? Ou symbolisent-elles des souvenirs qui émergent furtivement?

Se met alors en branle une chorégraphie à la fois éthérée et incarnée par l'usage d'objets très concrets, comme autant d'ancrages dans les souvenirs du personnage central : décors de bois brut, pots Mason enfermant toutes sortes de petits riens, lapin qu'on écorche et qu'on découpe, etc. Parfois légère et ludique - le trio prend des allures enfantines en s'amusant avec des pommes qu'elles croquent goulûment ou se lance plus tard dans un joli ballet enfariné -, la danse ne tarde jamais à revenir en territoire plus inquiétant. Parce que si elles savent bercer et réconforter, les ombres qui dansent dans la tête de Jeanne d'Arc savent aussi se faire menaçantes, voire violentes. 

On évoque la disparition des repères dans une exploration du plateau plongé dans le noir complet à la lueur éphémère d'allumettes qu'on craque. On dépeint de manière anxiogène la perte de contrôle sur son environnement dans une avalanche d'assiettes qui déferlent sans qu'on puisse les arrêter. On illustre un frustrant sentiment de perte et de manque dans ce bloc de glace gratté frénétiquement pour retrouver ce qui y est emprisonné. Et dans une rare fenêtre ouverte sur le monde concret, on montre la réalité crue du centre de soins longue durée. Finalement, la perte de lucidité et la fin de vie imaginées par Olivier Normand n'ont pas grand-chose de paisible. On s'étonne presque qu'il ait réussi à les dépeindre avec autant de beauté. 

St-Agapit 1920 est présentée au Périscope jusqu'au 29 octobre.

Billets suspendus: donnez au suivant

Après les cafés en attente - permettant dans certains établissements de payer d'avance une boisson qui sera offerte à un plus démuni -, voilà que s'installe à Québec le concept du «billet suspendu». Initiative du Périscope, ce nouveau projet appellera à la générosité des spectateurs, dont les dons serviront à ouvrir les portes du théâtre à des gens qui n'ont généralement pas les moyens de s'offrir des billets. Pour cette première expérience, les organismes YWCA, La Dauphine et le Programme d'encadrement clinique et d'hébergement ont été ciblés comme bénéficiaires par le Périscope. Les dons en argent sont dès maintenant recueillis dans le foyer du théâtre de la rue Crémazie, où une installation de Véronique Bertrand fait office de tirelire. L'organisation pourrait éventuellement élargir sa collecte à sa billetterie en ligne.

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