L'ambitieuse construction de deux compositeurs

Yannick Plamondon et Symon Henry se sont inspirés des éléments... (MNBAQ, Idra Labrie)

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Yannick Plamondon et Symon Henry se sont inspirés des éléments d'architecture et de la portée symbolique du pavillon Lassonde pour réaliser leur oeuvre orchestrale pour architecture.

MNBAQ, Idra Labrie

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(Québec) Inspirés par le nouveau pavillon Pierre-Lassonde du Musée national des beaux-arts du Québec, Yannick Plamondon et Symon Henry ont composé une ambitieuse oeuvre orchestrale pour architecture. Musiciens et public sont conviés à un geste musical qu'ils souhaitent aussi poétique qu'historique. Les deux compositeurs ont vu grand.

Si l'art audio est souvent une pratique in situ - présenté dans et pour un lieu donné -, les oeuvres orchestrales sont généralement nomades. Mais pour Voir dans le vent qui hurle les étoiles rire, et rire, le duo de compositeurs s'est spécifiquement inspiré des éléments d'architecture et de la portée symbolique du Lassonde.

Le musée a d'abord approché Yannick Plamondon, compositeur et professeur au Conservatoire de musique de Québec. «On voulait répondre à l'ouverture du pavillon Lassonde avec un geste musical d'envergure. Je passe devant tous les jours. Le projet a commencé dans ma tête en même temps que la première pelletée de terre», indique-t-il.

Il voit les matériaux s'empiler et en discutant avec l'architecte, s'aperçoit que même si l'élégante structure déploie des figures de virtuosité, elle respecte un programme bien précis et est bâtie avec des matériaux génériques. «Donc quand j'ai produit mes matériaux, les éléments rythmiques, harmoniques, mélodiques, pour l'oeuvre musicale, j'ai travaillé de la même manière, avec des procédés très simples et homogènes. Je les ai agencés avec de grandes lignes musicales lyriques très expressives, tout en contrepoint, qui s'enchevêtrent et qui, pour moi, suivent la silhouette du Lassonde, avec ses trois formes en canon», décrit le compositeur. «Pour nous, la durée, c'est comme la hauteur en architecture. Construire une grande structure musicale de 40 minutes, c'est complexe, il faut articuler quelque chose qui se tient et soutenir l'intérêt.»

Inspiré par le parc

Il fait appel à Symon Henry, qui s'est davantage inspiré du parc et des toits verts, très tôt dans le processus. «J'aime beaucoup comment le nouveau pavillon semble émerger du terrain. Oui, il y a une grande structure en verre qui soutient les porte-à-faux en béton, mais il y a aussi tout un grand tapis de verdure qui vient l'encadrer, le supporter. C'est ce côté organique que je trouvais intéressant. Dans la composition, mes lignes musicales viennent se glisser un peu partout, comme des lierres», explique celui-ci.

Une composition à deux têtes - une rareté dans le monde de la musique orchestrale - s'amorce. Non seulement Plamondon et Henry ont-ils leurs voix distinctes, mais ils utilisent aussi deux types de notation différents. La partition, feuilletée dans la loge du chef Fabien Gabel cette semaine, est gigantesque et ressemble à un entrelacs de dessins et de portées.

Henry conçoit les sons en les dessinant, avec des fusains et des crayons, puis ils sont placés sur des portées. L'intensité et le volume du son diffèrent selon l'épaisseur et la teinte du trait. «On notait déjà les sons avec des dessins au Moyen Âge. Symon s'inscrit dans une tradition millénaire, alors que la notation des notes sur une portée est plus moderne», spécifie Plamondon, qui utilise la méthode conventionnelle, avec certains ajouts.

«Que deux compositeurs travaillent ensemble sur une pièce de cette envergure-là et que deux écritures soient toujours en train de se mixer, c'est exceptionnel dans l'histoire de la musique», souligne Symon Henry. «Si on veut développer des couleurs instrumentales riches, on doit surnoter les partitions. Ça devient d'une énorme densité. Pour citer Darren Lowe, le premier violon de l'orchestre, notre type de partition est libératrice, tout en faisant appel à la subjectivité du musicien», expose Yannick Plamondon.

Prise de position

La portée de Voir dans le vent qui hurle les étoiles rire, et rire, n'est pas qu'esthétique. L'oeuvre, même si elle est toute en nuances, est une prise de position pour les deux compositeurs. 

Pour la première fois, ils se trouvent à être les employeurs d'un orchestre, plutôt que l'inverse, et n'ont pas à partager le programme avec des compositeurs du passé.

«C'est très difficile pour nous, qui travaillent avec des éléments de langages qui appartiennent à la fois à la tradition et au présent, de donner aux gens l'impression qu'on est aussi mort que Brahms ou Beethoven. Dans les concerts, on garroche les oeuvres contemporaines en début de programme, les gens se bouchent les oreilles un peu, puis on entre dans la «vraie» musique. La manière de changer ça, c'est de prendre plus de responsabilités. Et le musée nous en a donné l'occasion», expose Yannick Plamondon.

«On a travaillé autant avec l'aspect architectural très concret du Lassonde qu'avec tout ce qu'il peut représenter pour les arts visuels au Québec et dans la ville de Québec, ajoute Symon Henry. Pour la première fois au Québec, on intègre l'art actuel sur un pied d'égalité avec les autres courants de l'histoire de l'art au Québec, et c'est très inspirant pour les autres disciplines artistiques.»

L'insurrection se veut toutefois créative et porteuse. Le titre, tiré d'un poème écrit par Symon Henry, fait partie d'un long conte qui s'appelle Son corps parlait pour ne pas mourir. «On aime l'idée que tant qu'on parle, qu'on joue de la musique, qu'on résonne, on est en vie et que malgré les épreuves il faut se relever et toucher le magnifique», indique l'auteur. «On n'est pas faussement ambitieux, on veut que ce soit grandiose», renchérit Plamondon.

Les partitions graphiques de Symon Henry, aux traits... (Image tirée des partitions de Voir dans le vent qui hurle les étoiles rire, et rire) - image 2.0

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Les partitions graphiques de Symon Henry, aux traits de plomb, de fusain et de pastel gras, se présentent comme des oeuvres autonomes.

Image tirée des partitions de Voir dans le vent qui hurle les étoiles rire, et rire

Un 1 % musical qui laissera des traces

«D'une certaine manière, ce qu'on fait, c'est une espèce de 1 % musical», illustre Yannick Plamondon pour parler de l'oeuvre orchestrale pour architecture qu'il signe avec Symon Henry pour le pavillon Lassonde. Comme les oeuvres d'arts visuels qui s'intègrent à l'architecture, Voir dans le vent qui hurle les étoiles rire, et rire se nichera dans l'escalier monumental pour habiter l'espace. «Il n'y a pas la permanence de l'objet, mais il restera des traces», indique le compositeur. Un documentaire de Jean-Pierre Dussault, des archives sonores qu'on pourra entendre en audioguide et des morceaux des partitions graphiques de Symon Henry qui seront affichés dans l'escalier permettront aux visiteurs de revivre l'événement, par fragments. Les 168 dessins de Symon Henry sont également rassemblés et accompagnés de textes dans un livre d'art publié aux éditions de la Tournure, qui sera lancé en même temps que le concert du 18 septembre.

Vous voulez y aller?

  • Quoi: Voir dans le vent qui hurle des étoiles rire, et rire, un concert orchestral pour architecture
  • Qui: Yannick Plamondon, Symon Henry, l'OSQ, Fabien Gabel, la percussionniste Anne-Julie Caron
  • Quand: dimanche 18 septembre à 14h
  • Où: pavillon Pierre-Lassonde, 179, Grande Allée Ouest
  • Entrée: gratuite
  • Info: www.mnbaq.org/activite

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