L'effet Beethoven selon trois chefs

L'automne musical à Québec est marqué par la présence de nombreuses oeuvres de... (Infographie Le Soleil)

Agrandir

Infographie Le Soleil

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) L'automne musical à Québec est marqué par la présence de nombreuses oeuvres de Beethoven dans les programmes. Outre l'Orchestre symphonique de Québec, qui organise une semaine Beethoven en collaboration avec Le Cercle et la Maison de la littérature, Les Violons du Roy consacrent eux aussi un concert au compositeur, en l'arrimant avec une pièce pour guitare électrique solo. Nous avons demandé aux chefs Anthony Marwood, Nicolas Ellis et Fabien Gabel de nous parler de leur rapport avec l'oeuvre du grand maître.

Anthony Marwood: Entre Shakespeare et guitare électrique

Le chef et violoniste Anthony Marwood... (Walter Van Dyck) - image 3.0

Agrandir

Le chef et violoniste Anthony Marwood

Walter Van Dyck

Grand amoureux de Beethoven, le chef et violoniste Anthony Marwood voit dans les oeuvres du compositeur quelque chose de Shakespeare, qui dépeint le côté tragi-comique de l'existence, et une façon inspirante de rassembler les influences du passé et l'inspiration du futur.

«Comme tous les grands iconoclastes, Beethoven connaissait très bien et affectionnait les règles qu'il remettait en question, indique le chef. On entend dans sa musique l'influence de ceux avant lui, son grand professeur, Haydn, et d'autres, y compris Handel, même s'il a révolutionné la musique.»

Marwood décrit avec ferveur cette impression vertigineuse de voir le passé et le futur converger dans un instant de pure intensité lorsqu'il écoute du Beethoven. «Quand j'étais plus jeune, je ne comprenais pas complètement Beethoven, même si je voyais la grandeur et la profondeur de sa musique. Maintenant, si je n'avais qu'à choisir un seul compositeur, ce serait lui, sans hésitation, parce que son oeuvre est d'une inventivité intarissable et traduit une gamme d'émotions humaines infinie.»

Le chef voit une intéressante connexion entre le compositeur et Shakespeare. «Comme Shakespeare, Beethoven peut sombrer dans de profonds abysses. Après des moments de grandes tragédies, il fait entrer les clowns et nous permet de reconnecter avec l'humanité. Les deux lient la divinité et l'humanité d'une manière similaire», explique-t-il.

Marwood a été nommé premier artiste invité des Violons du Roy l'an dernier, un titre qui fait en sorte qu'il travaille plusieurs semaines par années avec l'ensemble. Son mandat et ses intérêts lui font explorer le répertoire du XIXe et du XXe, mais aussi du XXIe siècle.

La 5e Symphonie était celle qui cadrait le mieux, selon lui, avec deux oeuvres contemporaines qu'il a mises au programme, soit Zipangu de Claude Vivier et Four Iconoclastic Episodes pour violon, guitare électrique et orchestre à cordes de Steven Mackey. Ce dernier, que Marwood connaît bien, était «beaucoup plus intéressé par le rock n'roll que par la musique classique. Mais il a entendu Beethoven et ça a été comme une explosion dans sa tête. Ça a complètement changé sa perspective de la musique», raconte Marwood. «Il conjugue le son des cordes et de la guitare électrique d'une manière totalement unique. C'est brillant. Il compare sa musique au ski alpin et au sentiment grisant que provoque la vitesse de la descente.»

Anthony Marwood dirigera le concert Beethoven pour le temps présent des Violons du Roy le jeudi 29 septembre à 14h et à 20h au Palais Montcalm. (L'oeuvre de S. Mackey ne sera pas au programme en après-midi).

. . . . . . . . . .

Nicolas Ellis: Introduction au heavy metal du XIXe siècle

Le chef Nicolas Ellis... (Stéphane Bourgeois et Hélène Bouffard) - image 5.0

Agrandir

Le chef Nicolas Ellis

Stéphane Bourgeois et Hélène Bouffard

Ce n'est pas pour rien que Nicolas Ellis, le chef assistant en résidence de l'OSQ, a intitulé la conférence-concert qu'il donnera la semaine prochaine Beethoven, le heavy metal du XIXe. Le style direct, voire provocateur, du célèbre compositeur n'est pas sans lui rappeler les groupes qui ont contesté l'ordre établi à grand renfort de décibels.

«Moi-même, j'ai joué dans un groupe metal, comme claviériste, qui s'appelait Cellos on Fire [Les violoncelles en feu]», raconte Nicolas Ellis. «Dans la musique de Beethoven, il y a quelque chose d'extrêmement direct. Il a une façon d'envoyer sa musique pour interpeller l'auditeur, c'est presque provocateur, et c'est quelque chose qu'on retrouve aussi dans la musique metal. Il y a aussi un effet viscéral qui appartient aux deux styles.»

Sa conférence lui permettra de parler de la musique de Beethoven à travers ses neuf symphonies et ses oeuvres pour piano. «Je veux raconter un peu ce qui faisait que lui, à son époque, au début du XIXe siècle, a choqué les gens. C'était un briseur de conventions. Il a remodelé à sa façon la musique occidentale», indique le jeune chef. Il livrera ses impressions et sa démonstration à la bonne franquette, entre un piano et un micro. «On va prendre le temps de cibler des bouts de pièces et d'expliquer pourquoi c'était complètement pété à l'époque», note-t-il.

véritable personnage

Comme pour certaines vedettes rock, plusieurs anecdotes sur le caractère intransigeant du compositeur ont contribué à en faire un véritable personnage. «Il défiait les grands mécènes ou les aristocrates qui le finançaient. Il était toujours un peu en train de crier son indépendance politique et artistique et à plaider pour l'égalité entre tous les humains, relate Ellis. À l'époque des rois, des princes et de Napoléon, il faisait partie des quelques artistes et philosophes qui avaient un idéalisme de démocratie.»

Le chef retrouve les traces de cet idéal dans la musique de Beethoven, pleine de joie et de triomphe même lorsque, paradoxalement, le compositeur connaissait des jours sombres.

Dérangeant pour ses contemporains, Beethoven est maintenant une référence, un incontournable pour tous les orchestres. «Ça a été le premier compositeur sur lequel j'ai accroché en tant que jeune pianiste, indique Ellis. Avec Mozart et Bach, c'est l'un des premiers compositeurs que les gens vont aller écouter. Il parle à beaucoup de gens.»

L'aspect viscéral, excitant, de la musique de Beethoven est perceptible aussi bien par ceux qui écoutent sa musique que par ceux qui l'interprètent. «Il y a toutes sortes de choses qui forcent les gens dans la salle à l'écouter. Lorsqu'il arrivait dans les salons à Vienne, il a composé des pièces qui commençaient par de gros accords bien plaqués, qui forçaient les gens à arrêter de parler et à porter attention.»

Nicolas Ellis présentera la conférence-concert Beethoven, le heavy metal du XIXe siècle, le mardi 20 septembre à 19h au Cercle.

. . . . . . . . . .

Fabien Gabel: La Bible des orchestres

Le chef Fabien Gabel... (Stéphane Bourgeois et Hélène Bouffard) - image 7.0

Agrandir

Le chef Fabien Gabel

Stéphane Bourgeois et Hélène Bouffard

Pour Fabien Gabel, les symphonies de Beethoven sont une des pierres d'assise de tout grand orchestre. En quelques années, le directeur musical de l'OSQ aura programmé les neuf oeuvres et dirigé plusieurs d'entre elles. La semaine prochaine, il s'apprête à s'attaquer à la 3e, la Symphonie héroïque.

«On n'a pas fait un cycle en tant que tel, mais on s'est rendu compte qu'au fil du temps on aura fait toutes ses symphonies. Je ne les ai pas programmées dans l'ordre parce qu'on y allait selon les opportunités, selon les oeuvres avec les­quelles elles s'arrimaient le mieux», explique-t-il.

Les symphonies dites paires sont les moins connues, alors que la 3e représente un tournant dans l'histoire de la musique, que la 5e est la plus célèbre et que la 9e, avec un choeur et l'Ode à la joie de Schiller, est considérée comme le chef-d'oeuvre absolu du compositeur. 

«La Symphonie héroïque est une cassure dans l'histoire de la musique. C'est la première fois dans une symphonie qu'il y a une telle orchestration, la première fois qu'une symphonie dure plus de 50 minutes. On atteint des dimensions jamais vues», explique le chef.

Dimension politique

La dimension politique de l'oeuvre, d'abord dédiée à Napoléon Bonaparte, puis simplement «à la mémoire d'un grand homme», est également une nouveauté dans un contexte où la musique était alors affaire de divertissement. «Abordant la liberté des peuples et portant les idéaux de la Révolution française, la Symphonie héroïque était vraiment un espoir pour tous les peuples d'Europe», souligne Gabel, qui y voit une portée universelle, qui n'a malheureusement pas encore trouvé écho aujourd'hui. Lorsqu'il dirige, toutefois, le directeur musical n'a en tête que la richesse de la musique. «En répétition, on n'a pas le temps de philosopher», note-t-il.

«Bible» des orchestres modernes, l'oeuvre de Beethoven a marqué la fin du classi­cisme et a préparé le terrain au roman­tisme. «Sans Beethoven, il n'y aurait jamais eu Wagner et Berlioz, on ne sait pas ce qu'aurait fait Schumann, ce qu'aurait fait Brahms. Il a ouvert les portes de la modernité. Sur la forme et l'orchestration, il a vraiment dépassé les compositeurs classiques, indique Gabel. Il est mort trop jeune, il aurait pu vivre à l'époque de Schumann et connaître les nouveaux moyens techniques, les factures d'instruments et faire encore plus évoluer la musique.»

Mort après sa 9symphonie, comme Schubert et Mahler, et avant que sa 10e ne soit achevée, Beethoven a semblé laisser une malédiction sur le chiffre 9, qui fut longtemps redouté des compositeurs du XIXsiècle.

Fabien Gabel dirigera le concert Beethoven, Symphonie héroïque de l'OSQ le mercredi 21 septembre à 20h et le jeudi 22 septembre à 10h30 au Grand Théâtre de Québec.

La semaine Beethoven en bref

Le Quatuor Crema sous le signe de l'opus 18, concert, Le Cercle, dimanche 19h30

Les écrits de Beethoven, conférence de Benjamin René, Maison de la littérature, mardi 17h30

La joie dans la douleur, Beethoven vu par Érick d'Orion, art audio, Le Cercle, le samedi 24 septembre 20h

Le P'tit Chat d'Pont-Rouge, concert familial, Le Cercle, le dimanche 25 septembre 10h30 et 13h

Ludwig, maître de son temps, concert Le Cercle, le dimanche 25 septembre 19h30

Info : le-cercle.ca et maisondelalitterature.qc.ca

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer