La trompette d'Ibrahim Maalouf dans le sillage de Lhasa

L'hommage que rend Ibrahim Maalouf à Lhasa de... (Photo Denis Rouvre)

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L'hommage que rend Ibrahim Maalouf à Lhasa de Sela témoigne de sa propre démarche, empreinte d'éclectisme, qui lui réussit bien.

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(Québec) Ibrahim Maalouf a transporté sa trompette partout, du milieu de la pop à celui de la musique classique, des trames sonores à celui de l'électro. S'inspirant de Lhasa de Sela, avec laquelle il a déjà collaboré, il s'efforce d'imprimer sa griffe à chacune de ses aventures, comme dans le récent Kalthoum, où il visite ses racines arabes.

«La première artiste qui m'a vraiment bouleversé et permis de me sentir à l'aise est Lhasa de Sela et c'est grâce à Lhasa que j'ai senti le potentiel de ce que la musique pouvait offrir en termes de mélange d'identités, de trouver son identité propre, indique Maalouf. Lhasa a fait quelque chose que très peu d'artistes que je connais ont réussi à faire : elle a inventé sa couleur et elle s'est renouvelée d'album en album.»

L'hommage que rend Ibrahim Maalouf - oui, il est le neveu de l'écrivain Amin Maalouf - à Lhasa témoigne de sa propre démarche, empreinte d'éclectisme, qui lui réussit bien. Le Français est parvenu à rallier un important public au fil des ans, chose qui n'est pas toujours aisée dans le milieu de la musique instrumentale. Mieux, ces fans qui le soutiennent semblent être prêts à être surpris par chacune de ses propositions, ce qui donne des ailes au trompettiste. Pour sa halte au Palais Montcalm, jeudi, c'est à un jazz arabisant que l'artiste indépendant convie les spectateurs, sur la piste d'Oum Kalthoum...

Q L'an dernier, vous avez lancé deux albums simultanément : Kalthoum, dans une veine jazz, et Red & Black Light avec une approche électro pop. Dans les deux cas, ce sont des hommages à des femmes. Comment est-ce que ça s'est matérialisé?

R J'avais envie depuis plusieurs années de remercier les femmes de ma famille pour commencer, pour tout ce qu'elles nous ont appris, tout l'équilibre qu'elles nous ont donné à moi et à mes soeurs. Comme j'ai toujours tendance à dire que mon père m'a tout appris - ce qui est vrai, car il m'a appris tout ce que je sais à la trompette, en musique classique, en musique arabe, etc. -, j'avais mis un peu de côté ma mère et les femmes de ma famille qui ont joué un rôle très important, notamment dans la notion de liberté. [...] Donc, Red & Black Light était une manière de leur rendre hommage. Inversement, Kalthoum est un hommage à une femme en particulier, mais indirectement une manière de rendre hommage à des femmes qui prennent la parole, qui prennent des positions claires publiquement, socialement, etc. Oum Kalthoum était très indépendante, une des seules féministes du monde arabe réellement visible.

Q L'improvisation dans Kalthoum a un rôle important : comment fonctionnez-vous sur scène, avec votre quintette? 

R On a transcrit une des chansons de KalthoumAlf Leila Wa Leila [Les mille et une nuits] en jazz. On a gardé la même structure origi-nale, même moi à la trompette, c'est presque note à note ce que chantait Oum Kalhtoum, mais comme dans la version originale, il y a des parties qui sont ouvertes, en général pour la voix, où elle élargissait l'espace qui lui était attribué, par l'improvisation. J'improvise aussi, sauf que dans le jazz, il faut que tous les musiciens aient cet espace-là. Donc, j'attribue à tous les musiciens le même espace que celui que j'ai.

Q Ça prend des musiciens avec un tempérament particulier pour vous accompagner et être à l'aise dans ce jazz métissé de tonalités arabes?

R Oui, il faut des musiciens qui soient d'abord ouverts d'esprit parce que mon jazz n'est pas académique, ce n'est pas un jazz traditionnel. Et ce n'est pas toujours évident de rencontrer des musiciens qui ont cette ouverture d'esprit. Je ne dis pas qu'il n'y en a pas - il y en a beaucoup -, mais ce n'est pas aussi fréquent qu'on l'ima-gine. Souvent on dit que le jazz est une musique libre, mais quand on commence à entrer dans le monde du jazz, on découvre que comme dans toutes les autres musiques, comme la musique classique ou le hip-hop ou la pop, il y a des codes et dès qu'on sort de ces codes, on se fait siffler. 

Q Vous utilisez une trompette à quatre pistons, qui vous permet des tonalités particulières. Est-ce devenu une portion de votre identité musicale?

R Si je prends une trompette qui n'a pas la possibilité de faire les quarts de ton, je peux en faire avec les lèvres, mais je me sens handicapé. J'ai l'impression qu'il me manque un membre, une partie de moi. J'ai toujours joué depuis que je suis très petit cette trompette, donc elle est greffée sur mes mains.

La musique comme source de liberté

Ibrahim Maalouf a longtemps enseigné et, encore aujourd'hui, il donne des classes de maître. Il rencontrera gratuitement le public le lendemain de son concert, soit vendredi à 10h, à la salle D'Youville du Palais Montcalm (réservation obligatoire). 

Le musicien explique son point de vue sur l'apprentissage, où le développement de la personnalité est crucial : «Ce qui m'intéresse, c'est la capacité d'un musicien, même dans les conservatoires ou les petites écoles, d'interpréter les choses à sa façon. Il y a des pédagogies qui sont là pour apprendre le vocabulaire, les techniques, l'analyse, mais l'enseignement ne devrait pas se limiter à ça. Ce devrait être les bases de ce qui doit suivre ensuite : comment s'exprimer soi-même. [...] 

«L'enseignement doit être une manière de transmettre la culture d'une musique et de transmettre la liberté d'expression - surtout à notre époque où les libertés et la liberté d'expression sont de plus en plus restreintes.»

Vous voulez y aller?

Qui : Ibrahim Maalouf

Quand : 22 septembre, à 20h

Où : Palais Montcalm

Billets : 48 $

Info : palaismontcalm.com

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