Don Henley, l'oiseau rare

Du haut de ses 69 ans, Don Henley...

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Du haut de ses 69 ans, Don Henley mijote encore de nouveaux projets.

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(Québec) Don Henley est à l'heure des bilans. Après un album à teneur country, Cass County, qui a été l'occasion de renouer avec ses racines musicales, il s'offre une tournée couvrant l'ensemble de sa carrière. Bien qu'il confie ne pas vouloir pratiquer son métier éternellement, celui qui a prêté sa voix aux plus grands succès des Eagles mijote encore, du haut de ses 69 ans, de nouveaux projets.

Traditionnellement, lors des entretiens téléphoniques avec les poids lourds de la musique populaire, un ou une relationniste se charge d'établir la connexion entre l'intervieweur et l'interviewé, pour ensuite minuter l'entretien. Or quand le téléphone a sonné, cet après-midi-là, un simple «Hello», servi par une voix grave, a résonné dans le combiné.

Don Henley n'a pas senti le besoin de se présenter ni de mettre d'échéance à la discussion. D'excellente humeur, il a jasé pendant une trentaine de minutes, échappant, lorsqu'il le jugeait bon, quelques lignes incisives contre Donald Trump ou l'état de la musique country.

Il a été question de son récent Cass County, de sa carrière solo, amorcée en 1982 et, évidemment, des Eagles, formation qu'il a pilotée parfois de manière tumultueuse en compagnie de Glenn Frey. Avec le décès de ce dernier, il paraît peu probable que les Eagles remontent sur scène. Néanmoins, une portion du répertoire du groupe demeure vivante dans l'actuelle tournée de Henley, qui s'arrête au Centre Bell, à Montréal, le 14 septembre. Flanqué d'une quinzaine de musiciens, il reprend plusieurs classiques, dont l'incontournable Hotel California et The Last Resort, rarement entendue en concert.

Q Au début du documentaire The Story of The Eagles, on vous voit dans une entrevue tournée dans les années 70, où vous expliquez que ce boulot de musicien n'est pas quelque chose que pourrez faire pour toujours... Croyez-vous, finalement, que vous ferez ça toute votre vie?

J'ai 69 ans, alors il y aura une limite, mais je suis encore en très bonne forme. Je travaille sur ma santé et ma voix tous les jours. Je fais des exercices avant chaque spectacle. Je traîne un vélo stationnaire partout où je vais. Je l'installe dans ma loge et je pédale huit milles avant chaque représentation. Je lève aussi des poids, je fais des étirements. Je veux vraiment être capable de donner le meilleur de moi-même. Je ne veux pas être de ces artistes qui vieillissent mal. Beaucoup d'artistes continuent de monter sur scène après avoir été à leur meilleur et je ne veux pas faire ça. Je veux être aussi bon que je puisse l'être jusqu'à ce que je m'arrête. Et je ne veux pas faire ça éternellement : partir sur la route est un défi sur le plan physique et émotionnel; je dois être au loin de ma femme et de mes enfants. Mais j'aimerais pouvoir tourner pour encore un an ou deux et faire au moins deux autres albums. Je veux faire un album r'n'b, soul, funk et je veux en faire un de torch songs, de chansons romantiques sombres, alors j'ai encore toujours plein de plans et si je reste en santé, je peux les faire.

Cass County (2015) est un retour aux sources pour vous. Pourquoi était-ce important de reprendre des classiques de la musique country et de proposer des compositions traitant du coin de pays où vous avez grandi?

Quand un homme arrive à mon âge, il commence à penser à ses racines. C'est un phénomène assez commun et je voulais rendre hommage à l'endroit d'où je viens. Ma ville est très petite et sur le plan économique, ç'a été très difficile au cours des 20 ou 30 dernières années. [...] Nommer cet album Cass County a rendu les gens vraiment heureux, ça leur a donné un peu d'espoir. Ça n'a pas changé l'économie, mais ça les a fait se sentir bien et ça leur a donné un peu de fierté envers l'endroit. 

Cet album est aussi un hommage à votre famille...

R J'écoutais du country à la radio avec mon père, dans sa voiture. J'allais parfois au travail avec lui quand j'étais garçon et c'était un trajet de 21 milles, de la maison à son usine et j'ai de bons souvenirs de ce que nous écoutions à la radio. J'ai grandi dans un secteur rural et j'ai été chanceux parce que c'était une intersection musicale et culturelle, où le vieux Sud rencontrait l'Ouest. J'ai été exposé au blues, au gospel, au country, au bluegrass, à la musique cajun, au western swing, et mon père, qui était un vétéran de la Seconde Guerre mondiale, avait des disques de big bands à la maison. [...] Je voulais aussi faire cet album parce que ce qu'on qualifie de musique country aujourd'hui n'est pas quelque chose que je reconnais. Je ne sais pas ce qui s'est passé. C'est de la pop. Et c'est de la mauvaise pop.

Bien des fans ont été sciés d'apprendre que vous n'étiez pas satisfait de votre chant sur Desperado, l'un des grands classiques des Eagles. Est-ce qu'il y a plusieurs chansons, comme celle-là, que vous referiez différemment?

C'est vraiment la chanson qui me dérange le plus. J'étais nerveux. Je n'avais que 24 ans, environ. Nous étions à Londres, l'Orchestre philarmonique de Londres était derrière moi et je n'ai eu la chance de la faire que quatre ou cinq fois. Mais c'est correct, ç'a bien marché, je ne crois pas que les gens ont noté à ce point, mais moi, j'ai remarqué : je la chante nettement mieux maintenant, en concert. Ces premiers albums ont beaucoup de défauts parce que nous étions jeunes et inexpérimentés mais je crois que ça fait partie des charmes des premiers enregistrements dans la carrière d'un artiste : il y a des passages un peu moins soignés, qui sont profondément humains. 

Il y a eu beaucoup de chicane au sein des Eagles au fil des ans, en particulier avec Don Felder. Est-ce qu'au lendemain du décès de Glenn Frey, l'heure de l'harmonie est enfin arrivée?

Tout le reste du groupe - à l'exception de Don Felder - est allé en tournée pendant trois ans, durant le History of the Eagles Tour, alors on va bien. Et désormais, Glenn [Frey] est parti, bien sûr. Ç'a été très difficile d'accepter sa mort, ç'a été un processus ardu pour nous tous. Joe [Walsh], Timothy [B. Schmit] et moi sommes toujours très proches; on communique, on se soutient. Timothy a un nouvel album qui paraît, Joe est en tournée en ce moment, je poursuis ma tournée en septembre. Donc toute la chicane est du passé depuis longtemps. Évidemment, nous ne communiquons pas avec M. Felder et c'est bien. Il fait des concerts, il interprète des chansons des Eagles, mais nous ne communiquons pas et c'est ok. Je n'y pense pas trop. J'ai d'autres choses à penser comme mes enfants, mon travail, mes organismes de charité environnementaux. Le passé est un charmant endroit à visiter, mais je ne veux pas y vivre. Je veux vivre dans le présent et penser à mon avenir et à celui de mes enfants dans ce monde fou.

Google, le nouvel ennemi

À titre d'artiste solo, Don Henley ne compte que cinq albums. Ceci s'explique en partie par ses engagements au sein des Eagles, qui ont repris le collier dans les années 90, après un long hiatus, mais aussi par son engagement dans différents organismes de charité et par sa vie de famille. À cela, il faut ajouter qu'il a consacré beaucoup de temps à lutter contre les multinationales du disque - un combat qui était important, mais qu'il ne mènerait pas envers les mêmes personnes s'il devait le reprendre aujourd'hui. «J'aurais aimé faire plus d'albums et de chansons, mais je crois que j'ai équilibré ma vie assez bien. Je n'ai pas fait trop de sacrifices. Les ennemis désormais ne sont plus les multinationales du disque, l'ennemi est Google, les grands pourvoyeurs de service Internet et tous les sites comme BitTorrent qui volent la musique : ça tue l'industrie. Les profits des ventes d'albums ont chuté de 84 % dans les 15 dernières années, il n'y a plus d'argent à faire à vendre de la musique.»

Une chanson à propos de Trump, le «psychopathe»

Don Henley s'est déjà décrit, avec humour, comme un «red neck éclairé». Supporteur de longue date du Parti démocrate américain, le Texan concède avoir du mal à suivre l'actuelle campagne présidentielle. Il estime que la télévision et Internet ont transformé le tout en cirque. Quant à Donald Trump, il s'en méfiait déjà dans les années 80. «Je suis estomaqué de voir que Donald Trump soit même dans la course. Je suis tellement déçu qu'il y ait suffisamment de gens dans ce pays qui croient ou qui sont sous l'impression qu'il est qualifié pour être le leader des États-Unis. C'est épeurant, car je crois que le gars est un psychopathe. Ou à tout le moins un sociopathe. J'ai rencontré le gars il y a plusieurs années. Je l'ai même mentionné dans une de mes chansons, il y a longtemps, en 1984-1985, une pièce qui s'appelle Gimme What You Got. Une chanson à propos de la cupidité. J'ai fait une allusion à lui, mais personne ne l'avait remarquée à l'époque.»

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