Le carnet de bal de Marie-Nicole Lemieux

«Parfois, les gens me parlent de quelque chose... (Yves Renaud)

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«Parfois, les gens me parlent de quelque chose qui est arrivé il y a trois mois et ça me semble tellement loin... Parce que je suis toujours en train de penser à l'année prochaine», dit Marie-Nicole Lemieux.

Yves Renaud

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(Québec) Alors que l'été s'achève et que Marie-Nicole Lemieux s'apprête à chanter au Domaine Forget avec Les Violons du Roy, elle songe déjà à l'automne, qu'elle consacrera à l'étude de trois nouveaux premiers rôles, le sombre Bertarido, la fougueuse Carmen et la tragique Cassandre. L'année 2017 sera à mettre au nombre de celles qui donnent le vertige autant qu'elles grisent.

«Ma dernière année aussi folle était 2014, où j'avais fait quatre prises de rôle», se souvient la contralto. «Parfois, les gens me parlent de quelque chose qui est arrivé il y a trois mois et ça me semble tellement loin... Parce que je suis toujours en train de penser à l'année prochaine.»

En lisant la liste de ses engagements passés et à venir, on voit que son carnet de bal est bien rempli. La Saguenéenne collectionne les éloges partout où elle passe et ravit les publics les plus exigeants.

Le concert - complet - qu'elle donnera le 21 août pour clore la saison du Domaine Forget lui permettra de retrouver des airs qu'elle maîtrise sur le bout des doigts, pour les avoir enregistrés et souvent chantés. Elle est prête à prier pendant le Stabat Mater de Vivaldi et à interpréter les personnages qui s'expriment sur les musiques de Mozart et de Haydn, qu'elle a enregistrées avec Les Violons du Roy en 2012. Quant au Stabat Mater, elle l'a enregistré deux fois, d'abord en 2003, puis enceinte de sa fille en 2007.

«Pour ce concert, il y a surtout le désir de faire quelque chose de beau, de se laisser aller dans la musique et dans l'émotion. Quand on refait une pièce qu'on connaît bien, on interprète plutôt qu'on exécute», indique la contralto.

Elle se mettra ensuite le nez dans les partitions, entre quelques concerts cet automne, dont un autour des Fleurs du mal de Baudelaire, avec le comédien Raymond Cloutier, à Montréal, et un comédien français, au Musée d'Orsay. «Il y aura des textes récités et des textes mis en musique par Du Parc, Fauré, Debussy», indique-t-elle.

Elle retrouvera collègues et amis Zubin Mehta et David McVicar au Staatsoper de Vienne en décembre pour une nouvelle production de Falstaff, un opéra dont elle a présenté les airs dans plusieurs grandes capitales culturelles ces dernières années.

De Mozart à Rihanna

Sa passion pour l'opéra semble intarissable. Lorsqu'on lui demande si elle s'inquiète du public qui vieillit et de ceux qui jugent l'art lyrique est en désuétude, elle rétorque qu'il faut éduquer, démystifier et oser.

«Le milieu théâtral est foisonnant au Québec. Ça roule, les gens y vont. Il faudrait qu'on aborde l'opéra de la même manière. Il n'y a rien de pire que de ne pas se sentir à sa place. L'opéra est à tout le monde. Les metteurs en scène pleuvent ici, mais souvent on voit des mises en scène très sobres. Il faut jouer d'audace», plaide-t-elle.

«En Europe il y a des têtes blanches, mais il y a des jeunes aussi, beaucoup plus qu'ici. Il faut planter des graines. On ne va pas à l'opéra ou au théâtre sur un coup de tête. Moi, ça a commencé parce que mon père avait acheté un disque.»

Pour la belle, la musique est avant tout une affaire d'émotion, avant d'être associée à un genre en particulier. «Sur mon iPod, j'ai Mozart, Louis-Jean Cormier, Rihanna, Depeche Mode et du country. Je n'ai pas de barrière, quand une musique me touche, elle me touche.»

On la sent prête pour le grand plongeon; trois nouveaux rôles en trois mois.

D'abord Bertarido, de l'opéra Rodelinda, où le rôle-titre sera interprété par la soprano québécoise Karina Gauvin, alors que Marie-Nicole Lemieux incarnera son époux en exil, qui s'est fait usurper son trône. «J'avais hâte de le faire, parce que c'est le seul rôle de contralto que je n'avais pas fait dans cet opéra-là, où il y a plus d'altos que de soprano. C'est un chevalier très mélancolique, sombre, mais avec un côté guerrier, souligne-t-elle. C'est un rôle qui a des coloratures, mais pas tant que ça, alors il faut bien faire les bonnes couleurs avec le texte, pour que ce soit varié.»

Ensuite, elle enchaîne avec sa première Carmen, en version concert. «Je vais l'avoir fait une fois dans ma vie, je ne pense pas que je vais la refaire, annonce-t-elle. C'est drôle, je rêvais tellement de faire ce rôle-là et maintenant que ça approche, je ne sais plus.»

Marie-Nicole Lemieux cherchera à bien livrer la musique magnifique de Bizet, sans faire de concession sur le texte en français. «Il y a des Carmen qui ont la voix, mais qu'on ne comprend absolument pas, d'autres qu'on comprend, mais qui n'ont pas la voix, d'autres qui ont le physique, mais qui ne sont pas sensuelles», explique-t-elle. Elle voit Carmen comme une femme libre, qui choisit de vivre à plein, dans l'instant présent. Comme bien des femmes d'aujourd'hui, finalement. Elle éprouve beaucoup moins de compassion pour Don José... «C'est un dépendant affectif! lance-t-elle. Il a été dans les brigadiers parce qu'il a tué un homme, alors en plus il est violent. Son fameux "si je ne peux pas t'avoir, personne ne pourra", c'est vieux comme la terre.»

En mars, elle endossera le rôle de Cassandre dans Les Troyens de Berlioz. Celle-ci est condamnée à voir le futur sans que personne croie ses prophéties. «Ce n'est vraiment pas drôle d'être dans sa peau. Sa ville va être détruite, elle décide de rester comme témoin, d'accepter qu'elle va mourir. Le défi sera de ne pas trop m'énerver pour être capable de tenir jusqu'à la fin. J'ai toujours peur des rôles dramatiques, parce que je suis intense, j'y vais à fond et parfois je ne suis plus capable de chanter parce que je suis submergée par l'émotion. C'est un paradoxe, parce que je crois que c'est aussi un peu pour ça que le public m'apprécie», appréhende la contralto.

Comme si ce n'était pas assez, Marie-Nicole Lemieux, qui vient de signer un contrat d'exclusivité avec Warner, fera également une tournée européenne avec le chef Jean-Marie Zeitouni et l'orchestre de Montpellier pour son prochain disque consacré à Rossini.

Questions et réponses

Q Quel est le premier opéra auquel vous avez assisté?

RFaust de Gounod à l'Opéra de Montréal, en 1997, alors que j'étais au Conservatoire. J'avais été en semaine et j'avais été déçue parce que les gens étaient en jeans, alors que pour moi, à l'opéra, on devait être chic! Après ça, je me suis mise à y aller le samedi.

Q L'endroit où vous rêvez de chanter?

RJ'y chante déjà! Coven Garden et le Musikverein de Vienne, c'est toujours un énorme trip. J'aime aussi beaucoup chanter à La Scala, où l'équipe est exceptionnelle.

Q Quels artistes vous inspirent?

RCrista Ludwig, parce qu'elle a une carrière longue, intelligente, elle n'a pas perdu sa voix et c'est une musicienne formidable qui pouvait chanter tous les styles, de Bach à Brahms, en passant par Mahler. Et Janet Backer, qui est elle aussi une artiste complète.

Q Le rôle que vous rêvez de faire ou de refaire?

RJe rêve de refaire Dalila [qu'elle a interprété dans Samson et Dalila à l'Opéra de Montréal en 2015]. Je n'attends que cela, ça a été un bonheur, j'ai tellement aimé chanter ce rôle-là. J'aimerais aussi refaire Isabella [dans l'opéra-bouffe L'Italienne à Alger] de Rossini.

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