L'odyssée lyrique de Starmania

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Selon Luc Plamondon, l'odyssée de la version lyrique  de Starmania tire probablement à sa fin.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) Vouloir transposer l'opéra rock Starmania en opéra tout court, avec musique symphonique et voix lyriques, tenait autant du rêve que du coup d'audace pour Luc Plamondon. «En 2008, on avait peur», se souvient le parolier. Huit ans plus tard, toutefois, le spectacle est la valeur sûre du Festival d'opéra de Québec, avec les chanteurs d'origine et la possibilité bien réelle qu'il s'agisse des dernières représentations.

La création de Starmania opéra s'apparente à une odyssée. Il y a eu Plamondon symphonique, puis Starmania symphonique, où 18 chansons ont été portées par des chanteurs d'opéra. «On avait décidé de ne mettre aucun instrument électrique. Je rêvais d'en faire un opéra, mais si la version symphonique n'avait pas marché, on s'arrêtait là. Les gens découvraient des voix, parce que, à ce moment-là, ni Marie-Josée Lord ni Marc Hervieux n'étaient des vedettes», raconte-t-il.

Étienne Dupuis a endossé le rôle de Johnny Rockfort, le meneur des Étoiles noires, lors d'un concert sur les plaines d'Abraham au 400e de Québec. «Il était la grande surprise. Il est tellement timide, mais il est entré sur scène comme une boule de feu», décrit Plamondon.

Le parolier suit ses chanteurs. Lorsque nous l'avons rencontré, il avait assisté la veille au spectacle de Julien Clerc au Festival d'été et n'avait que des éloges pour Tout écartillé, le spectacle du Cirque du Soleil sur Charlebois et pour la prestation de Lyne Fortin, sa Stella Spotlight lyrique, dans l'opéra Prima Donna de Rufus Wainwright.

En 2008, le couple qu'elle forme avec Marc Hervieux, qui incarne Zéro Janvier, avait été comparé à celui de Carla Bruni et Nicolas Sarkozy. «Là, si on mettait une perruque blonde à Marc Hervieux, ce serait Donald Trump», note Plamondon en riant. Cet homme d'affaires qui veut devenir président de l'Occident, même s'il a été créé il y a près de 40 ans, rappelle inévitablement tous les assoiffés de pouvoir de la terre.

«Quarante ans plus tard, la réalité a rattrapé la fiction. Le fait que tout le monde voulait passer à l'émission Starmania pour être une star pendant trois minutes, c'est ce qui se passe maintenant avec toutes les téléréalités», souligne Plamondon, qui s'inspirait alors des gratte-ciel de New York pour Monopolis et des Brigades rouges, de la bande à Baader en Allemagne et des punks londoniens pour sa bande de jeunes réactionnaires qui finiront par mettre une bombe. La fable cartoonesque demeure aujourd'hui un étrange reflet de certaines manchettes.

Lorsqu'on demande à Plamondon s'il s'agit de son oeuvre maîtresse, il acquiesce. «Même si Notre-Dame de Paris a connu un succès immense, qu'on tourne depuis 18 ans et qu'on fera 500 000 spectateurs cette année en Italie. On a 150 dates prévues en coréen, on va rejouer en russe, ça va être traduit en allemand, en polonais, en mandarin et en japonais. Mais Starmania est une histoire originale, que j'ai écrite dans la trentaine, où j'étais dans la force de mon écriture.»

La fin pour Starmania opéra

L'odyssée de la version lyrique de Starmania, portée par la mise en scène tout en projections de Michel Lemieux et Victor Pilon, ainsi que par une troupe de 12 danseurs et de 16 choristes, tire probablement à sa fin, selon Luc Plamondon.«France Gall ne veut pas qu'on tourne Starmania en opéra, et comme c'est l'héritière de Michel Berger [le compositeur]... Pourtant, lui, il aurait beaucoup aimé», dit-il. Pourquoi? «Parce qu'elle n'aime pas l'opéra», se résigne le parolier.«Moi, je ne crois pas ça», répond pour sa part Marc Hervieux, dans une autre entrevue. «Je n'ai pas envie d'y croire, je me dis qu'ils vont finir par s'entendre sur les droits musicaux. Je suis assez optimiste. C'est une adaptation trop extraordinaire pour que ça se termine. On est tous catastrophés de ça. Ces gens-là [la succession de Michel Berger] n'ont même pas vu le spectacle.»

Une dernière comédie musicale

Plamondon travaille également sur une comédie musicale - «probablement ma dernière», note-t-il - sur des airs de Schubert. Il a puisé dans les messes, les opéras oubliés, les symphonies et les lieder du compositeur autrichien à l'invitation de Kent Nagano. Le projet s'est toutefois éloigné de l'orchestre et de l'opéra puisque le parolier entend faire chanter ses textes par des chanteurs populaires, sur le modèle d'une comédie musicale. «En lyrique, ce serait trop évident», plaide-t-il. L'histoire se déroule au XXIe siècle, dans un futur possible. «Je dirais que je pars dans l'espace», glisse-t-il.

Starmania se déroule dans la ville fictive de... (Photothèque Le Soleil) - image 2.0

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Starmania se déroule dans la ville fictive de Monopolis, où tout le monde veut son 3 minutes de gloire. 

Photothèque Le Soleil

Une nouvelle ère Starmania opéra rock

Alors que les dernières représentations de la version lyrique de Starmania seront présentées au Festival d'opéra de Québec, l'opéra rock revivra à Paris à l'automne 2018, puis en tournée, pour souligner les 40 ans de la création, nous annonce Luc Plamondon.

«Starmania à Paris, c'était une énorme production, avec le metteur en scène Tom O'Horgan, qui avait fait Hair et Jesus Christ Superstar à Broadway. J'avais dû lui raconter l'histoire en anglais. À l'époque, il m'avait dit : "Un opéra rock sur le terrorisme, je ne pourrais jamais faire ça aux États-Unis, parce que le terrorisme n'existe pas ici"», raconte le parolier.

Le spectacle avait été joué un mois dans la Ville lumière, mais n'avait pu être présenté en tournée, vu l'ampleur de la production. Quant à la version anglophone traduite par Tim Rice, qui a beaucoup travaillé pour Disney, elle a connu une courte vie à cause d'une mise en scène trop cartoonesque et de la période de flottement qui a suivi la mort du compositeur Michel Berger, croit Plamondon, qui compte bien se reprendre.

Le parolier n'a pu nous dévoiler le nom du producteur, «un homme de haute finance, avec des moyens qu'on a jamais eus», ni le nom de la salle où l'opéra rock renaîtra de ses cendres. «Je n'ai pas le droit de dire le nom de la salle, mais ce n'est pas le Palais des Congrès. Ce serait trop évident et on veut créer un événement.»

Quant à la distribution, elle n'est pas encore choisie. «Ça va devenir urgent de commencer à choisir les chanteurs. Ça doit être encore un mélange de chanteurs connus et pas connus», indique Plamondon, qui prévoit présenter Starmania pendant six mois à Paris, puis pendant deux ans ailleurs en France, avant sa venue au Québec et une tournée internationale.

«Partout où on est allés avec Notre-Dame de Paris, on me demande si on pourrait y aller avec Starmania un jour. Ils sont fascinés que ce soit une oeuvre qui parle du monde moderne. Et moi je rêve d'entendre chanter Monopolis à Shanghaï.»

Plamondon travaille également sur le 20e anniversaire de Notre-Dame de Paris, pour lequel une production tout aussi imposante est prévue.

Marc Hervieux... (Photothèque Le Soleil) - image 3.0

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Marc Hervieux

Photothèque Le Soleil

Marc Hervieux: retrouvailles en coulisses

Huit ans après la création de Starmania opéra, le Festival d'opéra de Québec a réussi l'exploit notable de réunir les chanteurs d'origine. «La preuve que ça a marqué tout le monde», souligne Marc Hervieux, qui reprend son rôle de Zéro Janvier, dictateur mégalomane.

Aura-t-il les cheveux de Donald Trump? «Je ne sais pas encore si le metteur en scène va oser aller jusque là, mais dans le sous-texte, pour moi, j'ai un toupet blond», répond Marc Hervieux en riant.

Le ténor éprouve un attachement particulier pour la production d'origine. «Toutes les chansons ou presque de Starmania sont devenues des classiques avec lesquels j'ai grandi, comme ben du monde. Ça a 40 ans, j'ai 47 ans. Enfant ou adolescent on m'aurait dit que j'allais faire partie d'une production de Starmania, et je ne l'aurais jamais cru.»

Les répétions, ces dernières semaines, ont pris des allures de retrouvailles. «C'était comme un conventum d'école, on prenait des nouvelles de chacun, des enfants, des séparations, des nouveaux couples», raconte-t-il.

Les chanteurs ont retrouvé leurs costumes d'origine - qui ont bien sûr été ajustés -, mais les décors, constitués de plusieurs bandes de tissus qui servent d'écran de projection, ont dû être refaits à l'identique, puisque l'Opéra de Montréal ne les avait pas conservés. «On replonge dans la mise en scène, on remet les morceaux du puzzle ensemble un par un», note Hervieux.

Starmania

  • Auteurs : Luc Plamondon (paroles) et Michel Berger (musique)
  • Dans une mise en scène de : Michel Lemieux et Victor Pilon
  • Avec : Marc Hervieux, Lyne Fortin, Marie-Josée Lord, Étienne Dupuis, Raphaëlle Paquette, Pascal Charbonneau et Krista de Silva
  • Synopsis : À Monopolis, Zéro Janvier, l'homme le plus riche du monde, épouse Stella Spotlight, star sur le déclin, afin de se faire élire président de l'Occident. Il est combattu par les Étoiles noires, une bande menée par Johnny Rockfort et Sadia. Tous se retrouvent à l'Underground Café, où la serveuse Marie-Jeanne est amoureuse de Ziggy, disquaire homosexuel. Il y a aussi Cristal, présentatrice vedette de Télé-Capitale, amoureuse de Rockfort.

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