Melody Gardot, l'éternelle élève

Melody Gardot joue à merveille les femmes fatales propres à l'univers du jazz.... (Photo fournie par Franco P Tettamanti)

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(Québec) Melody Gardot joue à merveille les femmes fatales propres à l'univers du jazz. Or derrière cette image sulfureuse se cache une artiste entière, qui développe avec soin son répertoire musical et poétique, comme on pourra le constater mardi au Grand Théâtre.

«Ça fait longtemps que je viens au Canada et c'est la première fois à Québec. Pourquoi ç'a pris aussi longtemps?» s'interroge Melody Gardot à voix haute.

Celle qui a grandi à Philadelphie maîtrise très bien la langue de Molière. Tellement qu'elle n'a pas hésité à nous accorder une entrevue entièrement en français. Si vous lui demandez comment elle s'est approprié ce vocabulaire, elle vous dira, un sourire espiègle dans la voix, «au lit».

Elle est romantique, la Melody. Or, derrière tout ce qui respire la facilité, il y a généralement beaucoup d'efforts. Gardot a appris le français par nécessité, lorsqu'elle travaillait à Paris. Il faut ajouter à ça qu'une curiosité innée l'habite. À preuve, elle s'intéresse tout autant à l'espagnol et au portugais. Et si elle a eu droit à des leçons de piano lorsqu'elle était petite, elle a ensuite ajouté la guitare à ses connaissances et flirte maintenant avec la trompette...

«J'ai trouvé une trompette qui date de 1945 ou 1950 dans un marché, raconte-t-elle. Je l'ai achetée et je me suis dit que j'allais en jouer, parce que mon grand-père en a joué et ma mère aussi, même si je ne l'avais jamais entendue. Bien des années après, je lui ai dit "mais pourquoi tu ne m'as jamais enseigné comment en jouer?" Elle a dit "oh, j'ai oublié, mais le piano, ça te suffit!" Je lui ai dit "mais je veux jouer de la trompette", alors là, je suis en train d'apprendre!»

Soif d'apprendre

Cette soif de découvertes a hautement servi Melody Gardot quand elle a été clouée au lit durant un an, dans un décor qui n'avait rien de rêvé. Renversée en 2003 par un 4x4 pendant qu'elle roulait à vélo, elle s'est réveillée polytraumatisée, avec des ennuis de mémoire et forcée à réapprendre de petits gestes du quotidien. Au nombre des séquelles, une hypersensibilité à la lumière, qui explique son usage constant des verres fumés. Une canne, aussi, dont elle a travaillé très fort pour se départir. Mission accomplie, puisque la femme de 31 ans réussit depuis peu à donner des performances les mains libres, ce qui lui permet de pincer sa guitare, debout.

«C'était mon rêve! Ça faisait 10 ans que je marchais avec une canne - ça fait longtemps! Alors j'ai essayé. Ce n'est pas entièrement en dehors de ma vie. Il y a toujours des périodes où le corps est un peu plus fragile. Mais c'est ma guerre de vouloir être sur scène, libre, en face de mes amis, d'embrasser les gens avec les deux bras - embrasser les gens avec le bras droit, ça m'énerve, ce n'est pas vraiment un câlin, quoi!»

Bien des ennuis guettaient Gardot à la suite de son accident. Son médecin lui avait suggéré la musicothérapie et de fait, la composition, le chant et le jeu de guitare - c'est l'instrument qu'elle pouvait manier, alitée - ont créé de nouvelles connexions cervicales qui l'ont remise sur les rails et, graduellement, l'ont menée à sa carrière internationale actuelle.

Gardot a véritablement connu le succès avec My One And Only Thrill, son deuxième album, réalisé par Larry Klein. On y découvrait une diva jazz, dont la voix chaude pouvait évoquer Norah Jones ou Madeleine Peyroux. Elle a peu à peu pris ses distances du genre pour investir d'autres territoires, comme avec The Absence, en 2012, où on l'a retrouvée dans une espèce de voyage nous transportant du Maroc au Portugal, du Brésil au Moyen-Orient. Avec son récent Currency Of Man, elle a renoué avec Klein, mais pour exploiter les territoires soul, r'n'b ou blues.

«Faire de la musique avec les mêmes musiciens tout le temps, ce n'est pas un mon truc, car je n'ai pas un groupe fixe. Je suis musicienne, je suis aussi écrivain-­poète, donc je suis toujours en train d'explorer des trucs. [...] Si dans le texte, ça parle du monde urbain, comme sur ce dernier disque, ça veut dire que les musiques ont besoin d'avoir ce côté aussi. Alors je n'ai pas pensé à la musique en premier. J'avais ces textes et j'ai imaginé les gens qu'il fallait mettre autour. C'est un truc d'émotion. Je veux changer la musique et l'adapter à chacun des projets.»

Quête de vérité

Les textes de Currency of Man ne gravitent pas tellement autour de Gardot. Les titres sont plutôt orientés vers la condition humaine, le partage des richesses, les injustices. Elle a été frappée par la situation des sans-abri, notamment à Los Angeles, lorsqu'elle enregistrait son album. L'artiste a d'ailleurs été jusqu'à réaliser un clip où elle donne la parole à l'un de ceux que la vie n'a pas favorisés. Las de chanter l'amour, Melody? Las des filles qui chantent n'importe quoi, précise-t-elle.

«Le plus important, pour moi, c'est de montrer la vérité. [...] Je ne suis pas née très riche. J'étais dans une famille où c'était parfois difficile d'avoir quelque chose à manger et je ne voulais pas que les gens oublient que c'est facile de se retrouver dans la même position [que les sans-abri] et que ça ne rend pas ces gens mauvais ou pires ou moins importants que les autres.»

«Ceux qui sont à côté sont nos voisins et si on aide, comme ça, les gens qui sont dans la rue, personne ne sera dans la rue, poursuit-elle. Je trouve ça stupide qu'il y ait des gens à Los Angeles qui ont de grandes maisons avec quatre ou cinq voitures et qu'il y a des gens qui habitent juste dehors d'un hôtel cinq étoiles qui n'ont rien à manger pendant quatre jours. Cette différence m'énerve trop, c'est pourquoi j'ai écrit là-dessus. Ce n'est pas pour juger le monde, ce n'est pas pour leur dire "vous êtes malades, vous êtes stupides", c'est juste pour montrer la vérité et après, tu peux faire ce que tu veux avec les conclusions.»

Work in progress

Le souci d'authenticité de Melody Gardot habite aussi ses interprétations. En studio, elle voulait avoir des captations live, avec l'ensemble des musiciens, et tenait à enregistrer sur bande analogue, de manière à éviter les «tricheries» que permet la technologie numérique. Sur scène, lorsqu'elle s'arrêtera au Grand Théâtre, ne vous attendez pas à des versions collées à celles de ses albums. La musique de Gardot poursuit son évolution sur les planches, selon l'inspiration du moment et son équipe d'instrumentistes, qui varie entre sept et huit, ces jours-ci.

«L'idée de la musique, c'est que même si c'est enregistré d'une certaine manière, après on continue d'avancer. Parfois quand je vais voir des artistes, je m'ennuie. J'entends des artistes qui font exactement pareil comme le disque, mais si je veux écouter le disque, je peux rester à la maison... Alors moi j'ai vraiment dans l'esprit qu'il faut changer, il faut faire différent, alors je laisse plein d'espace aux musiciens qui sont à mes côtés, dans l'esprit du jazz. C'est ce qui fait qu'une pièce qui peut être quatre minutes sur disque fera neuf minutes sur scène...»

Vous voulez y aller?

Qui : Melody Gardot

Quand : 28 juin à 20h

Où : Grand Théâtre

Billets : 59 $, 65 $ et 77 $

Info : grandtheatre.qc.ca ou palaismontcalm.ca

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