Mordant Mike Ward

Depuis presque 25 ans, Mike Ward monte sur... (Le Soleil, Pascal Ratthé)

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Depuis presque 25 ans, Mike Ward monte sur scène pour servir ses blagues vitrioliques. Outre quelques soirées en anglais, l'humoriste a présenté son premier spectacle franco au Dagobert, sur la Grande Allée, où Le Soleil l'a amené se faire tirer le portrait.

Le Soleil, Pascal Ratthé

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(Québec) L'humour caustique a toujours été la marque de commerce de Mike Ward, et depuis qu'il a décidé de devenir humoriste, les interdits ont toujours sonné comme des défis. «Le premier jour à l'école de l'humour, un prof nous avait remis une liste de choses dont on n'avait pas le droit de parler. Je l'ai gardée. J'avais réussi à faire rire avec tout, sauf la mort, jusqu'à ce que dans mon premier one man show, je fasse un numéro sur la mort de ma mère.»

Mine de rien, cela fera bientôt 25 ans que Mike Ward monte sur scène pour servir ses blagues vitrioliques. Outre quelques soirées en anglais, l'humoriste a présenté son premier spectacle franco au Dagobert, sur la Grande Allée, où Le Soleil l'a amené se faire tirer le portrait.

«Vu que c'était le lundi soir, je pensais que c'était un petit show amateur, j'étais venu voir Mario Grenier, qui animait à l'époque, et je lui avais dit que j'amenais cinq personnes, ce qui devenait la moitié du public dans un show anglophone», raconte l'humoriste. Celui-ci s'est fait remettre les pendules à l'heure par l'animateur et a pris place dans la salle comme simple spectateur pour enfiler les bières avec ses amis. Mais pris au dépourvu par l'absence de Martin Petit, qui devait être la vedette de la soirée, Grenier s'est mis en quête «de la personne la plus drôle du Dag».

Mike Ward dégrise, monte sur scène et commence à livrer son matériel, puis à improviser ce qui est devenu une performance de 20 minutes. «Ça marchait, c'était le délire, et c'était la première fois que les gens entendaient ce genre d'humour là en français. Ça a été mon meilleur show à vie pendant un bon 10, 15 ans», raconte l'humoriste.

La twilight zone du Dagobert

Pendant plusieurs années, chaque fois qu'il se produisait au Dagobert, la salle débordait. Son humour cru, à l'image de ce que faisaient les humoristes américains, suscitait partout un certain choc, sauf au bar de Québec, où l'engouement était total. «Chaque fois que je me disais que je devais changer ma façon de faire, le Dag me donnait de la confiance et arrivait comme une vague d'amour. Il m'a sauvé la vie longtemps. Si ce n'était pas du Dag, je crois que je ne serais jamais devenu un humoriste francophone.»

Mike Ward est né et a grandi à Loretteville en carburant à l'humour d'Eddy Murphy, d'Andrew Dice Clay, de Sam Kinison et de George Carlin. «C'était toujours très cru, mais en anglais, ça passait, vu qu'ils étaient habitués à ce genre d'humour là. En français, les gens, même quand ils aimaient ça, devaient s'adapter un peu», indique-t-il. Les seuls francos qui éveillaient son intérêt à l'époque étaient les gars de Rock et Belles Oreilles.

Il a amorcé sa carrière en livrant ses gags dans les deux langues officielles, puis a opté pour le français jusqu'en 2007. «Comme tous les humoristes, à un certain point, j'ai eu besoin d'un hobby. J'ai essayé des affaires, mais comme j'haïs toute, sauf l'humour, j'ai décidé de faire des shows en anglais», explique Mike Ward.

L'autre histoire, c'est que l'humoriste trouvait mille excuses pour ne pas tenter sa chance dans sa langue maternelle, maintenant qu'il s'était fait un nom en français. Puis il est tombé sur un reportage où le comique britannique Eddie Izzard racontait qu'il avait habité à Paris pendant un an pour troquer son français d'école pour un français de la rue et qu'il s'apprêtait à faire la même chose à Berlin pour créer un spectacle en allemand. «En voyant Eddie à la télé, je me suis trouvé lâche, et je me suis botté le cul.»

Prêt pour le Fringe

Ce changement de cap - même s'il continue de donner des spectacles en français - lui permettra notamment de passer tout le mois d'août au festival Fringe à Édimbourg. Il présentera Freedom of Speech Isn't Free («La liberté d'expression n'est pas gratuite») tous les jours à 20h45 sur les planches du Gilded Balloon. «Ce qui est tuant en tournée, ce sont les déplacements. Là, je travaille juste une heure par jour, je connais plein d'humoristes là-bas, mon gérant et la gang du ComediHa! viennent avec moi, ça va presque être des vacances», projette Mike Ward.

Sa venue attire déjà l'attention de certains médias qui tentent de faire le tri dans ce qu'il ne faut pas manquer parmi les milliers de spectacles d'humour, de danse, de théâtre et de cirque présentés dans la capitale écossaise. Pourquoi? «Parce que je suis controversé», répond Mike Ward avec lucidité . Il donne l'exemple de Jan Böhmermann, qu'il n'aurait jamais connu s'il n'avait pas commis de crime de lèse-majesté avec un poème vulgaire au sujet du président turc.

Même si des spectacles à Paris et à Just for Laughs, un tournage pour la chaîne américaine Showtime et le festival d'Édimbourg sont à son agenda cet été, alors qu'une nouvelle émission à TÉLÉTOON, la Suisse et la Chine sont dans les plans cet automne, Mike Ward reste zen. «Avant, je me mettais ben de la pression, mais maintenant, je fais une chose à la fois. Ça fait plus que 20 ans que je fais de l'humour. L'an dernier, j'ai fait 400 shows. Je n'ai pas l'impression qu'un spectacle peut changer ma vie, même si ça peut aider ma carrière.»

***

Au ComediHa!

› Mike Ward anime le gala du vendredi 17 juin au Grand Théâtre.

› Son spectacle solo est présenté le jeudi 16 juin à 22h30 au Théâtre Petit Champlain.

Le calme après la controverse

S'il observe certains effets collatéraux positifs - et tout sauf planifiés - depuis le dépôt de la plainte de la famille de Jérémy Gabriel à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, Mike Ward est loin de se réjouir de la tournure des événements.

«Tu ne vis jamais bien avec ça. Je ne fais pas de plan machiavélique chez moi. Je déteste être dans une situation comme ça, indique-t-il. Mais je suis le genre de personne qui voit toujours le verre à moitié plein. Tous ceux qui parlent en mal de moi sur les réseaux sociaux m'ont donné une renommée que je n'avais pas avant. Partout où je suis allé jouer depuis, il y a comme un buzz.»

L'humoriste a eu le temps de réfléchir à ce qui lui arrive depuis le procès qui s'est tenu en février. Non seulement à ce qu'il pourrait répondre à ses détracteurs, mais aussi aux raisons du nouvel engouement qu'il suscite.

«Quand j'étais petit, j'ai vu Twisted Sisters défendre le heavy metal en cour. En réalisant que des adultes voulaient interdire ça, ça m'avait fait aimer le heavy metal encore plus. J'ai l'impression que la Commission des droits de la personne est un peu en train de faire ça avec moi», raisonne-t-il.

Il n'a rien à reprocher à Jérémy Gabriel et à sa famille, mais en veut à la Commission d'avoir entamé des procédures judiciaires contre lui. «Il y a quelque chose que je trouve dangereux là-dedans. Je suis heureux qu'ils aient modifié la loi 59 [qui à l'origine, aurait autorisé le Tribunal des droits de la personne à rendre public le nom de ceux qui tiennent des "propos haineux" à l'égard de certains groupes ou individus]. C'est très stressant d'avoir une branche de ton gouvernement contre toi.»

Débat nécessaire

Avec le recul, même s'il est en attente du verdict, il croit que le procès a entraîné un débat nécessaire. «C'est bon qu'aux cinq ans, une société se demande ce qu'on devrait dire ou non, mais c'est plate que ça tombe sur moi et que ça me coûte aussi cher», indique-t-il.

Difficile, justement, de ne pas faire de lien entre le titre de son nouveau spectacle, Freedom of Speech Isn't Free, et les 93 000 $ de frais d'avocat que lui ont coûté le procès, alors que la famille Gabriel lui réclame 80 000 $. «Je n'ai pas mené le procès pour protéger mon argent, c'était une question de principe», note-t-il.

Au Gala Les Olivier, lorsque les humoristes se sont unis pour dénoncer la censure dont Guy Nantel et lui avaient été victimes de la part des assureurs, il a ressenti un grand élan de solidarité. «Ce que j'ai aimé des Olivier, c'est que c'était le même débat [qu'au procès], mais je n'étais plus le méchant», raconte-t-il. Et pour couronner le tout, le public l'a élu humoriste de l'année. «J'ai eu l'impression que la minorité silencieuse avait parlé. J'ai eu l'impression qu'ils ne votaient pas vraiment pour moi, mais pour dire qu'ils étaient tannés que tout soit contrôlé et qu'il fallait laisser les humoristes faire de l'humour.»

Justement, l'avenir s'annonce plus rose pour Mike Ward. «2015 a été la pire année de ma vie, et 2016 est en train de devenir la meilleure», constate-t-il.

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