Le fascinant destin de Jean-Luc Ponty

«J'ai un lien particulier avec le Québec, car... (Cathy Miller)

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«J'ai un lien particulier avec le Québec, car quand j'ai commencé mon groupe, en 1975, l'une de mes toutes premières tournées a été de faire tout le Québec, jusqu'à Chicoutimi. Je suis venu plusieurs fois. J'ai des liens et des souvenirs avec la région, il fallait que je revienne.»

Cathy Miller

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(Québec) De ses débuts dans la musique classique, tôt dans les années 60, à ses premiers pas dans le jazz; de ses collaborations avec Frank Zappa ou le Mahavishnu Orchestra à sa florissante carrière solo, Jean-Luc Ponty dit n'avoir jamais rien planifié.

Le talentueux violoniste français, qui ne ralentit pas la cadence à 73 ans, croit plutôt au destin. C'est ainsi qu'il s'est trouvé à croiser la route de l'ex-Yes Jon Anderson et à mettre le cap sur Québec, le temps d'un concert au Palais Montcalm. Le maestro est revenu sur son parcours à l'occasion d'une généreuse entrevue, que nous avons découpée en six chapitres.

  • Les premiers pas
«Je n'ai jamais rien initié! Tout est venu à moi! C'est pour ça que je crois au destin, maintenant. Quand je revois toute ma vie, c'est incroyable, c'est une chaîne d'événements! Il y avait le fondateur du Modern Jazz Quartet, John Lewis, pianiste de jazz, qui était très à l'affût, très ouvert, quand il tournait dans le monde entier. Il a entendu ce que je faisais et comme il était directeur du Festival de jazz de Monterey, à la fin des années 60, il m'a fait venir pour un festival. C'était ma toute première occasion d'aller aux États-Unis, en 1967. Là, il y avait un producteur de disques de Los Angeles, Richard Bock, [...] qui avait un label de jazz principalement, mais d'autres intérêts. Il m'a entendu à ce festival et il m'a proposé un contrat de disques, qui m'a fait revenir aux États-Unis en 1968 et 1969. Il avait des projets en tête : c'est lui qui a eu l'idée d'appeler Zappa. Il me voyait me sortir du jazz. Il avait cette vision et pourtant, moi, je n'y croyais pas! J'étais un puriste du bebop!»

  • Les années Zappa (1969-1973)
«Zappa a fait un disque pour moi, King Kong. C'était lui qui était responsable de l'enregistrement, à la demande de Richard Bock. Il m'avait donné carte blanche en disant que ce serait le prochain disque de Jean-Luc Ponty. C'était Frank qui prenait toutes les décisions : le studio, l'ingénieur et les musiciens. Moi, je n'avais eu qu'une exigence : avoir [le pianiste et claviériste] George Duke avec moi. C'est comme ça que Zappa a découvert George Duke et il l'a tellement apprécié qu'il l'a engagé dans son groupe. [...] Je n'avais pas envie de quitter la France, car j'étais très attaché à ma vie à Paris - les copains, la famille - mais je me rendais compte à l'époque que ça bouillonnait aux États-Unis. [...] C'est quand Zappa m'a proposé de tourner avec lui que je me suis dit : "Je saisis l'occasion, j'y vais." Et une fois parti en 1973, pour tourner avec Zappa, je me suis dit : "Quand c'est fini, je reviens à Paris." Je n'y suis jamais revenu, sauf maintenant, mais pas parce que ça n'a pas marché aux États-Unis...»

  • Le son Ponty
«Au départ, [le violon électrique], c'était une question de nécessité. J'allais faire des concerts dans les clubs et je me suis tout de suite rendu compte que jouer devant un micro sur pied, ça n'allait pas : lorsque le batteur me voyait jouer avec plein d'énergie, il embarquait et je n'arrivais plus à me faire entendre! [...] Début 70, il y a eu des inventeurs d'effets sonores qui ont commencé à travailler sur de plus petits appareils qu'on pouvait apporter sur scène. Ils venaient voir des gens comme Zappa avec des prototypes, nous demandant de les essayer. Zappa me le passait et je pouvais me brancher comme un guitariste. J'avais une pédale wah wah, un phase shifter, etc. Tout ne marchait pas bien avec le violon, mais je découvrais des possibilités nouvelles - c'était tellement excitant de découvrir des choses qui n'avaient jamais été produites avant! [...] Venant du classique, je n'ai jamais abandonné le violon acoustique. Al Di Meola a eu cette idée de faire ce groupe, Rite of Strings, dans les années 90 avec Stanley Clarke. Au début, j'étais un peu perplexe, mais ça m'a refocalisé sur l'instrument acoustique de base et ça m'a intéressé de le réintégrer. C'est un peu ce que je fais en ce moment : j'ai fait un album, D-Stringz avec Stanley Clarke et Biréli Lagrène, qui est complètement acoustique.»

  • Le Mahavishu Orchestra, deuxième mouture (1974-1975)
«Une fois que j'étais dans le groupe de Zappa, à tourner en 73, on a fait un mois de tournée les deux groupes ensemble : Mahavishnu Orchestra et Zappa & The Mothers Of Invention. Si bien que pendant un mois, j'étais avec John McLaughlin dans les avions et tout ça. Tout d'un coup, il m'appelle - ça faisait neuf mois que j'avais tourné avec Zappa - et il me dit qu'il forme une seconde version de son orchestre et me demande si je veux en faire partie. J'étais impressionné et admiratif de la qualité de Zappa à titre de compositeur; j'aimais beaucoup jouer sa musique instrumentale la plus complexe et au début il me laissait beaucoup de place. Le problème, c'est qu'il perdait son public avec trop de musique instrumentale, parce que la majorité venait pour le côté satirique de ses paroles, des chansons. Donc si on faisait trop de cette musique instrumentale inspirée de la musique classique, ça leur passait au-dessus de la tête. Au bout du compte, je me suis retrouvé avec un solo par soir et je n'étais pas venu aux États-Unis pour ne faire que de l'accompagnement, alors quand John McLaughlin m'a proposé de faire un groupe où j'étais au-devant de la scène avec lui, où le concept était de la musique instrumentale, évidemment, c'était le paradis pour moi tout d'un coup.»

Ponty en 1978... (Archives Le Soleil) - image 2.0

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Ponty en 1978

Archives Le Soleil

  • Seul à la barre (1975 à aujourd'hui)
«Ce qui me plaisait, c'était l'instrumentation électrique, tous ces nouveaux sons, ces nouveaux instruments et retrouver avec le rythme du rock une vitalité qui se perdait un peu dans le jazz de l'époque, qui devenait trop intellectuel. Mais j'aspirais à écrire et à trouver mon concept personnel, sauf que ce soit avec Zappa ou le Mahavishnu, je n'avais pas de place à titre de compositeur. Le principe du groupe était exclusivement de jouer la musique de McLaughlin. Mon idéal, à ce moment-là, ç'aurait été de trouver un groupe comme Return To Forever, où chacun peut collaborer à l'écriture. Ils m'avaient proposé aussi de faire partie du groupe, mais trop tard, une fois que j'avais commencé mon groupe [Ponty a joué dans Return to Forever IV en 2011]. Mon seul choix a été de me jeter à l'eau et de prendre le risque de monter le truc tout seul. C'était risqué au départ et beaucoup plus de responsabilités de travail. C'est moi qui devais faire tous les choix au départ et trouver de jeunes musiciens qui soient polyvalents. Il y a eu de bonnes décisions, de mauvaises, mais vu ma longue carrière, je peux faire le bilan et ç'a été plutôt positif.»

Jean-Luc Ponty et Jon Anderson... (Fournie par JLC Musik) - image 3.0

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Jean-Luc Ponty et Jon Anderson

Fournie par JLC Musik

  • La rencontre avec Jon Anderson
«À l'époque où John McLaughlin a créé son Mahavishnu Orchestra, au début des années 70, il y avait beaucoup de groupes de rock anglais, de rock progressif qui étaient fans de sa musique. Notamment le groupe Yes, qui s'est arrangé pour organiser deux concerts au Texas en 1974, à l'époque où j'étais dans le Mahavishnu. On a donc fait ces concerts avec eux et ç'a été la première rencontre. [...] Ensuite, dans les années 80, j'étais à Los Angeles, je sortais d'un rendez-vous avec la maison de disques Atlantic. Jon était également sur ce label. Il est arrivé, on a parlé 10 minutes, il m'a dit : ce serait bien qu'on fasse quelque chose ensemble un jour. J'étais étonné, je disais : "En effet, ce serait une bonne idée, pourquoi pas?" Chacun est parti de son côté, très occupé avec des projets différents et on s'est retrouvé 30 ans plus tard. Il y a trois ans environ, on était de nouveau en contact et là, tout de suite, il s'est mis à chanter sur quelques-uns de mes morceaux, les classiques, et quand j'ai entendu ça, j'ai dit : "Mais ça marche vraiment terrible! Allons-y, on fait un groupe ensemble et on y va!" [...] L'intérêt du projet était de reprendre nos classiques, de lui et de moi, mais d'en faire quelque chose de différent. On part du coeur du morceau et des chansons à lui et de Yes et on les développe différemment. Dans ma musique, on a ajouté des sections pour que Jon puisse intervenir et dans les chansons qu'il a faites avec Yes, on a créé des sections où moi, j'interviens au violon, si bien que ça devient un dialogue.»

Vous voulez y aller?

  • Qui: Anderson Ponty Band
  • Quand: 27 mai, à 20h
  • Où: Palais Montcalm
  • Billets: 69 $ à 89 $
  • Info: www.palaismontcalm.ca

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