Francis Cabrel: l'amour, toujours

Même après des décennies de carrière, Francis Cabrel... (Le Soleil, Yan Doublet)

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Même après des décennies de carrière, Francis Cabrel évoque la «peur de la scène», ou plutôt «un tas de peurs à franchir, dans cet espace entre derrière le rideau et le micro».

Le Soleil, Yan Doublet

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(Québec) Francis Cabrel aime la ville de Québec et c'est réciproque. Cette relation d'amour avec l'artiste français remonte au tout début de sa carrière. La première fois qu'il est venu au Québec, «il y avait déjà plus de monde pour m'entendre à Québec qu'à Montréal, se remémore-t-il. [...] [Québec] ressemble un peu à Montpellier, à Marseille. Il y a la même ferveur que dans le sud-est de la France.»

Plusieurs décennies plus tard, l'affection entre le chanteur et les gens de la capitale est loin de s'amenuiser. À preuve, Francis Cabrel occupera la scène de la salle Louis-Fréchette du Grand Théâtre à cinq reprises en 2016. Il y présentera son spectacle In extremis entouré de plusieurs musiciens et choristes.

Lorsque Francis Cabrel vient nous visiter, il aime bien déambuler dans les rues du Petit Champlain. Un décor qui ne ressemble en rien à sa ville de résidence Astaffort, une campagne gersoise où les maisons de pierres côtoient les fermes. Nous avons rencontré l'artiste français, aussi propriétaire du vignoble Le domaine du Boiron, lors de son passage chez nous en août dernier.

Q Vous avez vendu près de 21 millions d'albums dans votre carrière. Arrivez-vous tout de même à vivre de façon anonyme dans votre village?

R Oui, parce que je suis né là donc les gens m'ont toujours vu : petit, moyen, grand, et vieux maintenant (rires)! Je suis un des leurs. Je suis quelqu'un du village. Ça me convient bien. Quand je reviens de Paris ou de tournée, je redeviens un villageois dans son village.

Q Vous vivez sur une ferme?

R Oui, une sorte de maison avec tous les animaux de la basse-cour, des oeufs... J'essaie de vivre le plus près de la nature.

Q Vous avez fait paraître en avril 2015 votre 13e album studio, intitulé In extremis. Êtes-vous heureux de l'accueil qu'il a reçu?

R Je suis très satisfait. J'étais inquiet, mais les retours sont plutôt bons.

Q Pourquoi étiez-vous inquiet? Vous aviez peur que les gens vous aient oublié?

R Oublié, non, parce que j'ai testé leur patience avec mes périodes de cinq ans de silence. Mais j'avais peur de décevoir. Comme chaque fois. Comme sur scène. J'ai toujours peur d'oublier mes paroles, de mal chanter.

Q Vous avez commencé le métier en 1974, il y a plus de 40 ans. Qu'est-ce qui vous motive à continuer?

R C'est la passion. J'aime beaucoup jouer de la guitare, chanter, être bien accompagné. J'ai la chance d'avoir un super groupe. J'aime faire mon intéressant avec une guitare comme quand j'avais 15 ans (rires)!

Q Vous parlez beaucoup d'amour dans vos chansons. Que diriez-vous de celui que vous portez à Bob Dylan?

R C'est une passion sans limites. C'est le modèle absolu. Pour la profondeur du répertoire, l'attitude de celui qui chante, la voix, le détachement, la poésie. De ma première chanson jusqu'à aujourd'hui, je n'ai écouté que Bob Dylan.

Q Il demeure votre modèle.

R Tout à fait, sauf que moi, je parle aux médias (rires). Il y a le talent en différence et l'attitude par rapport aux médias. Il fait partie de gens qui ont révolutionné leur époque. Il faisait des chansons de 6 ou 12 minutes à l'époque où les Beatles faisaient 2 minutes 10. Il y a beaucoup de hardiesse en lui.

Q Vous aimez les guitares. Combien en possédez-vous?

R Officiellement 50 parmi lesquelles une guitare québécoise de chez Boucher [boutique de Berthier-sur-Mer]. Sinon, je collectionne surtout les guitares de jazz des années 50. Des vieilles et très, très belles pièces. C'est quasiment de l'art. [...] J'aime l'histoire qu'elles véhiculent, la musique qu'elles ont dû jouer dans les maisons des jazzmans et des bluesmans, j'aime le son qu'elles ont, leur couleur fanée...

Q Vous êtes né à Astaffort dans le sud-ouest de la France, vous y avez été conseiller municipal de 1989 à 2004 et vous y résidez toujours. Qu'appréciez-vous de ce coin de pays?

R Le hasard a fait que je suis né dans ce coin de France qui est super joli, mignon, la météo est bonne, toute ma famille est là depuis 1920. Ce sont des gens qui arrivaient d'Italie après la crise économique. Toute la région est peuplée d'Italiens. J'ai peut-être 25 cousins, cousines, oncles et tantes dans les villages autour.

Q Parlez-nous de votre amour de la scène?

R Vous voulez dire la peur de la scène? L'amour, ça vient après. Il faut d'abord arriver jusqu'au micro. Bien sûr j'aime beaucoup ça, mais il y a d'abord un tas de peurs à franchir, dans cet espace entre derrière le rideau et le micro. Une fois qu'on est arrivés, ça va mieux.

Q Vous accordez beaucoup d'importance à la langue française. Qu'est-ce qui vous séduit chez elle?

R Elle est formidable. Elle est riche. Elle a des milliers de nuances. Les dictionnaires sont remplis de mots fabuleux, pas assez utilisés pour certains. On n'a pas besoin d'aller chercher des expressions anglaises un peu par paresse ou par snobisme. On envoie des mots anglais par-ci par-là, mais moi, je pense que c'est plus dangereux qu'autre chose.

***

Vous voulez y aller?

Qui : Francis Cabrel

Quoi : In extremis

Quand : 28, 29, 30 avril et 29 et 30 septembre, 20h

Où : salle Louis-Fréchette du Grand Théâtre

Billets : de 76,50 $ à 96,50 $

Info : 418 643-8131 ou grandtheatre.qc.ca

Former des chansonniers

Depuis 20 ans, le village de 2000 âmes de Francis Cabrel accueille les auteurs-compositeurs-interprètes de la relève. Créées par Cabrel, les rencontres d'Astaffort ont lieu pendant 10 jours, deux fois par année. Ce stage apprend aux jeunes à manier la plume pour mieux écrire des chansons.

Les artistes sont parrainés par des musiciens connus. Francis Cabrel agit comme mentor. Plusieurs Québécois ont participé à l'aventure. Parmi ceux-ci, Klô Pelgag et Alex Nevsky qui y a écrit quelques chansons qu'on peut entendre sur son disque Himalaya mon amour.

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