Voyage dans la fabrique des petits rats russes

L'académie du ballet du Bolchoï, fondée en 1773... (AFP, Yuri Kabodnov)

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L'académie du ballet du Bolchoï, fondée en 1773 par l'impératrice Catherine II, demeure synonyme de rêve pour une multitude de jeunes danseurs.

AFP, Yuri Kabodnov

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Anaïs LLOBET
Agence France-Presse
MOSCOU

Dans leurs justaucorps couleur lavande, 12 fillettes aux chignons identiques enchaînent les arabesques. Avec à chacune des mesures l'espoir d'intégrer le Bolchoï, scène mythique de la danse russe.

Une cour carrée un peu triste, de grandes salles claires et des couloirs qui n'en finissent plus, où des danseuses bavardent en position grand écart : bienvenue dans la fabrique des petits rats russes, l'académie du Ballet du Bolchoï.

Fondée en 1773 par l'impératrice Catherine II, elle a vu défiler des dizaines de générations de danseurs et danseuses sans jamais se départir de son prestige : la prima ballerina Maïa Plissetskaïa y a étudié, comme Maris Liepa, Igor Moïsseïev...

«Notre école est dépositaire d'une grande tradition», explique à l'AFP le professeur Valeri Anissimov, responsable d'une classe de huit étudiants «à haut potentiel».

«Nous préparons nos élèves à intégrer le monde classique du théâtre, précise-t-il. Nous leur apprenons les petits secrets du ballet russe, notre technique est un peu plus rigoureuse» qu'ailleurs, ajoute-t-il avec un sourire malicieux.

Avec un apprentissage «à la russe», les petits rats du Bolchoï passent une année à la barre au sol, quand les Français la quittent très vite. Ils montent sur pointes en un petit saut contrairement à l'école parisienne, pour laquelle il faut passer en douceur par la demi-pointe. La Russie privilégie la performance; la France l'harmonie des gestes, assurent les amateurs de danse.

Journées interminables

Âgés de 10 à 19 ans, les 721 élèves de l'académie commencent leurs cours à 9h et finissent à 18h avant de s'entraîner seuls ou avec leurs camarades jusqu'à ce que sonne l'heure du coucher.

«On n'a pas le droit à l'erreur, nous ne devons jamais relâcher nos efforts», explique Liza, 15 ans, «et 10 ans de danse» au compteur.

«Parfois, le soir, je voudrais m'affaler dans un canapé et manger sans m'arrêter en regardant la télé, mais au lieu de ça, je dois préparer les cours du lendemain», confie-t-elle.

Mikhaïl, 17 ans, confirme : «Ce n'est pas facile. C'est notre vocation, donc ça va, mais cela reste beaucoup de travail.»

Avec un enjeu de taille : lors de leur concours de sortie, l'académie invite les recruteurs de tous les grands ballets russes à observer les futurs danseurs. Et le Bolchoï, célèbre théâtre moscovite, a bien sûr la priorité sur les élèves.

Son grand rival, le Marinski à Saint-Pétersbourg, préfère, lui, les élèves de l'Académie de ballet Vaganova toute proche, où a étudié le danseur Vaslav Nijinski. Pour y entrer lui aussi, le danseur étoile Rudolf Noureev avait refusé l'école du Bolchoï, un camouflet dont se souviennent encore les élèves tant la rivalité entre les deux écoles est grande.

Harper Ortlieb, Américaine de 15 ans, a choisi son camp : elle a quitté l'année dernière son Oregon natal pour entrer à l'académie du Bolchoï, qu'elle a découverte grâce à des vidéos sur YouTube. «C'est la meilleure école au monde», affirme-t-elle. «On rêve tous d'intégrer le Bolchoï, de devenir danseur étoile!»

Comme Harper, 84 étudiants venus du monde entier, dont 17Américains et 1 Française, apprennent le ballet à la russe. «Je suis la seule étrangère de mon cours, mais les autres élèves m'aident beaucoup», assure-t-elle.

«Une grande famille»

Car loin de l'image parfois sulfureuse du Bolchoï, où l'attaque à l'acide début 2013 de l'ancien directeur artistique Sergueï Filine avait révélé au grand jour les rivalités féroces entre danseurs, les petits rats assurent, eux, préférer l'entraide, malgré les concours et les sélections qui émaillent leur scolarité.

«C'est comme une grande famille», dit Elena, 22 ans, qui a fini sa scolarité il y a trois ans. «On habite tous ensemble à l'internat, à trois par chambre. On est très soudés, on connaît les mêmes craintes et on nourrit les mêmes espoirs.»

Avec ses longs cheveux aux reflets roux et ses jambes interminables, Elena a réussi à intégrer l'un des meilleurs ballets de la capitale russe.

Elle rêve désormais d'une carrière à l'étranger, mais, soupire-t-elle, son éducation «uniquement russe» rend difficile tout départ du pays. «Nous n'avons pas appris l'anglais, par exemple, souligne-t-elle. Quand tu es petit rat, ton monde s'arrête aux frontières de l'académie, de la Russie, de la danse.»

«Nos professeurs nous demandaient de nous consacrer entièrement au ballet : c'est seulement lorsque j'ai obtenu mon diplôme que j'ai réalisé qu'il y a peut-être d'autres choses à vivre», soupire-t-elle.

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