Fabien Gabel, le chef à l'âme classique

Fabien Gabel... (Le Soleil, Erick Labbé)

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Fabien Gabel

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) Le chef Fabien Gabel a l'âme classique, des passions florissantes et des opinions affirmées. Alors que son mandat à la direction musicale de l'Orchestre symphonique de Québec (OSQ) vient d'être reconduit pour trois ans, nous avons eu envie d'en savoir plus sur son parcours et sa vision du métier.

«Il y a une confiance qui s'est installée entre les musiciens et moi. On a appris à se connaître, on a progressé. Mais on peut toujours aller plus loin», indique le perfectionniste. Le chef souhaite éveiller la curiosité de son orchestre autant que celle du public, en lui proposant un alliage de musique nouvelle ou peu jouée et de pièces du grand répertoire.

C'est d'ailleurs ce besoin de ratisser plus large qui a incité le Parisien à délaisser trompette et piano pour devenir chef. «Ça a dû être inconsciemment réfléchi. J'avais la volonté d'explorer un répertoire que je ne jouais pas et j'avais une certaine fascination pour les grands chefs, pour ce métier. À 27 ans, je me suis dit que si je n'essayais pas, je le regretterais», raconte-t-il.

Sa mère enseignait la harpe, son père était trompettiste à l'opéra, son grand-père était violoncelliste. La voie semblait toute tracée pour le chef et pour son frère, devenu violoniste. «On ne m'a jamais imposé quoi que ce soit. J'ai toujours eu envie de faire de la musique», assure toutefois Fabien Gabel.

Son ascension a été rapide - et menée de façon judicieuse, puisque le chef a refusé les mandats pour lesquels il ne se sentait pas prêt - et le poste de directeur musical de l'OSQ est arrivé à point nommé, à 36 ans, en même temps que son premier fils.

Maintenant âgé de trois ans et grand frère, celui-ci est déjà allé au concert et au musée et chante assez juste, selon son père. «Je n'imposerai jamais à mes enfants de faire de la musique, mais au moins qu'ils apprécient la culture en général, qu'ils y aient accès. Et n'importe quel parent peut faire ça», soutient le chef.

Son épouse ne fait pas de musique, mais s'intéresse à la photographie. «Elle est franco-américaine et a grandi à New York, donc on y va trois ou quatre fois par an», note Gabel.

La famille est établie au coeur de Paris, avec vue sur la majestueuse tour Eiffel. Le chef ne se verrait pas vivre loin de l'effervescence de cette ville. «Je deviendrais fou dans une maison isolée au milieu d'un champ», note-t-il. À Québec, où sa famille viendra le rejoindre pour quelques semaines en avril, il habite un appartement du quartier Montcalm, après avoir logé un temps au château Frontenac. Il préfère l'énergie de la haute ville au déferlement touristique du Vieux-Québec. «C'est un peu comme chez moi, à Paris, je reste dans mon quartier. À la longue, c'est un peu moins anonyme. Parfois, on reconnaît des têtes, même si on ne reconnaît pas des gens, on sent que c'est une communauté», indique-t-il.

Souvent sur la route, le chef adore découvrir des restaurants. «C'est clair qu'on prend du poids dans ce métier-là. Disons que j'ai plus une silhouette de joueur de rugby que de danseur de ballet», rigole-t-il. Heureusement, la direction d'orchestre est un bon entraînement: «En répétition, on passe cinq heures à battre la mesure avec les bras, debout. C'est très cardio. Après un concert, on est mort.»

À 40 ans, Fabien Gabel est encore un jeune chef. «Trente ans, ça m'a fichu un coup, mais quarante, rien. J'ai des enfants, je suis marié à une femme que j'aime tendrement, j'ai une vie de famille même si je travaille beaucoup», constate-t-il.

À la maison, il n'est plus chef d'orchestre, il est simplement père. «Je suis plutôt papa poule. Je joue beaucoup avec les enfants, je suis présent à 200 %. Je pensais que la musique était vraiment ma passion, mais au-delà de ça il y a la famille. C'est une bénédiction d'avoir des enfants.» Textos, Skype, appels entre deux avions... tous les moyens sont bons pour garder le fil et être impliqué dans la routine familiale.

Le chef ne cache pas que les dernières années ont été étourdissantes, notamment à cause des multiples traversées au-dessus de l'Atlantique. C'est l'amour du métier et de la musique plus que la passion des voyages qui lui donne l'énergie de déposer ses valises pour les reprendre le lendemain. S'il adore Londres, Berlin, Bruxelles et les autres grandes capitales européennes, il essaiera de diriger davantage de concerts en Amérique du Nord lors des prochaines saisons.

Fabien Gabel a de grandes aspirations pour l'OSQ, qu'il souhaiterait pouvoir amener sur les scènes des grandes villes canadiennes et même hors du pays. Il voudrait d'abord avoir les moyens de faire rayonner davantage l'orchestre dans la ville. «Est-ce qu'on pourrait imaginer une capitale comme Québec sans orchestre? On pense ces choses acquises, mais il faut constamment se battre», dit-il à propos des subventions et des appuis politiques. «On ne peut pas gérer et penser une institution culturelle vénérable, plus que centenaire, comme on gère n'importe quelle entreprise. Il y a des Québécois qui ne savent pas qu'on existe, qui ne savent pas qu'il y a des places moins chères qu'au cinéma.»

Le chef assure que les idées ne manquent pas pour faire rayonner l'orchestre, dont il veut réaffirmer la mission en envoyant paître ceux qui voudraient le dénaturer. «On ne peut pas modifier l'ADN d'un orchestre, c'est-à-dire son répertoire et les musiciens qui le composent. Notre mission est de diffuser la musique classique, dans toutes ses facettes.»

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Le maire Labeaume

«Il m'a accueilli à bras ouverts [il y a trois ans], mais je ne l'ai pas beaucoup vu après. J'aimerais bien qu'il vienne me resserrer dans ses bras un peu plus souvent à l'orchestre. Le centre Vidéotron, c'est bien, mais l'OSQ, c'est bien aussi. Ça marche même mieux, j'ai l'impression.»

Marier les disciplines

«On fait déjà des concerts en partenariat avec le Trident ou le Musée des beaux-arts. Je voudrais refaire des concerts avec des projections, de l'art visuel. J'aimerais bien qu'on puisse faire une scénographie en fonction des programmes.»

Diriger à l'Opéra de Québec

«Si on me le demande, je le ferai volontiers, mais je trouve les castings très inégaux. Les plus belles voix que je connais sont québécoises et elles ne chantent que très rarement à l'Opéra de Québec. Marie-Nicole Lemieux, Marianne Fiset, Michèle Losier, Philippe Sly; le public peut les entendre grâce à Bernard [Labadie, des Violons du Roy] et moi, parce qu'on les invite.»

Le look des chefs

«C'est un cliché de croire que la musique classique est élitiste. Il y a des gens qui croient qu'il faut la démocratiser en la rendant plus cool, en modifiant la tenue vestimentaire, par exemple. Mais rendu là, pourquoi laisser les comédiens porter des costumes et les agents de police porter des uniformes? L'habit, ça fait partie de la parade.»

La musique qu'il rêve de diriger

«La musique de Robert Schumann. C'est un de mes compositeurs préférés, mais je ne me sens pas prêt, encore. Plus tard, je veux aussi aborder Mahler.»

Marier la pop et le classique

«Si on a le financement pour les payer, pourquoi pas. Qu'on fasse des concerts pop, tant mieux, mais pas au détriment des concerts classiques. J'étais naïf en arrivant [à Québec], mais la plupart de ceux qui viennent aux concerts pop ne viennent jamais aux concerts classiques.»

Diriger les concerts pop

«Ceux que j'ai faits m'ont intéressé, j'aimerais bien retravailler avec Catherine Major, par exemple. Mais on ne m'imposera jamais d'en faire. Un directeur musical n'est pas là pour diriger de la soupe. Je dirige dans toutes les capitales du grand répertoire avec de grands solistes, donc j'essaie aussi d'amener ça ici. Il faut niveler par le haut. Ma mission est de promouvoir la musique classique et non de faire du racolage.»

Ce qui l'intéresse au musée

«J'aime bien tout ce qui s'est fait fin XIXe siècle, début XXe [qui est aussi la période la plus riche pour la musique d'orchestre]. J'ai une passion pour le Louvre. J'adore les impressionnistes. À New York, je vais au Metropolitan Museum et je vais voir la Frick Collection. À Québec, j'ai beaucoup aimé ce que j'ai vu de Riopelle, au Musée des beaux-arts.»

Ce qu'il collectionne

«J'ai le culte du passé. J'aime beaucoup les vieilles pierres, les manuscrits, je suis fasciné par ça. Mon beau-père m'a offert un manuscrit original de Saint-Saëns comme cadeau de mariage. Je vais régulièrement aux enchères et j'ai récemment acquis une lettre de Richard Strauss.»

Ce qu'il lit

«Beaucoup de biographies, d'écrits sur la musique, de classiques du théâtre, puisque je dirige des opéras. J'aime les écrits des Lumières, comme Candide, et les nouvelles. Récemment, j'ai lu des nouvelles de Nietzsche. J'aime aussi le fantastique et Edgar Allan Poe.»

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