Fred Pellerin: la chance aux chansons

Fred Pellerin... (Photothèque Le Soleil)

Agrandir

Fred Pellerin

Photothèque Le Soleil

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) Avec des albums qui se vendent comme des petits pains chauds (le dernier, Plus tard qu'on pense, a été sacré meilleur vendeur au gala de l'ADISQ 2015), Fred Pellerin ne doutait pas de l'intérêt suscité par ses chansons. Fort occupé par ses contes, il a tardé un peu à répondre à la demande pour une tournée musicale. C'est maintenant chose faite. Avec une cinquantaine de dates à son agenda de chanteur, il continue de faire courir les foules: rares sont ceux qui peuvent se vanter de remplir trois fois la salle Louis-Fréchette du Grand Théâtre comme il le fera du 17 au 19 mars. Entretien avec un indéniable chouchou des Québécois, qui affiche une vulnérabilité assumée devant cette nouvelle aventure artistique.

Q Vous avez dit lors d'un précédent spectacle que vous avez accepté de partir en tournée avec vos chansons un soir où on vous a fait boire. C'est un fait vécu?

R À quelques nuances près, disons! Mais c'est arrivé sur un coup de tête. On se disait: «On le fait-tu? On le fait-tu pas? On le fait-tu?» À un moment donné, ç'a été comme effeuiller une marguerite et ç'a fini sur: «On le fait!» C'était une carte qu'on avait dans notre poche. Quand on a sorti Silence, mon premier album solo, ç'a vraiment fait un score étonnant de ventes et d'écoute. On avait fait 12 spectacles l'été suivant à Saint-Élie et il s'était passé quelque chose. On s'était dit qu'un jour, ça serait cool de le refaire. Le deuxième disque a bien fait aussi, mais le troisième a été encore mieux. C'était le temps d'aller à la rencontre du monde qui a écouté ces chansons-là. Après, cette carte-là, on va la remettre dans notre poche. Je trouve que la carte chanson, c'est un beau petit pas à côté de mon chemin à faire de temps en temps.

Q Pourquoi étiez-vous réticent à porter vos chansons en tournée?

R La voix, ce n'est pas une discipline que je possède. Moi, mon fun sur scène, je le trouve beaucoup dans le conte. Je ne suis pas carencé de ce bord-là. Et mon plaisir en chanson, je le trouve chez Jeannot Bournival quand on fait des albums ensemble. Et on en fait aux deux-trois ans. C'est disponible pour moi, ce n'est pas comme si je virais en rond de ne pas chanter. J'assouvis beaucoup ce désir en studio, je ne ressens pas le besoin de le faire devant le monde.

Q Est-ce que c'était une question de pudeur, une crainte d'assumer complètement ce rôle de chanteur?

R Il y a une pudeur et il y a aussi une zone d'émotions que je maîtrise moins bien. Ça finit par être très intime pour moi, la chanson. C'est placé quelque part dans une zone très fragile. De l'étaler comme ça au grand jour, ça venait peut-être avec une petite crainte, aussi.

Q Après l'avoir expérimentée, comment vivez-vous la transition?

R Je le vis bien. J'apprends à mettre cette zone-là sur la bûche et à l'offrir... Mais il est arrivé des soirs où je l'ai échappé. J'ai une chanson qui s'appelle Ovide, qui parle d'un monsieur de par chez nous. Ovide est décédé depuis et à Shawinigan, sa veuve était dans la salle. Et c'était sa fête. Je me suis dit: «au rappel, je vais lui offrir Ovide». Mais cette chanson-là, je ne la chante jamais. Le sentiment qu'il y a dedans, il n'est pas usé, il n'a pas de corne, il n'a aucune carapace sur le dos. Quand je me suis lancé là-dedans, ça m'a pris tout mon petit change pour arriver en haut de la côte. Des fois, je l'échappe parce que cette monture-là, je ne la maîtrise pas encore complètement.

Q Monter sur scène avec des contes ou avec des chansons ne relève pas de la même intention. Comment vous êtes-vous préparé pour cette tournée?

R Ce n'est pas la même intention et ce n'est pas le même tricot non plus. Quand j'arrive sur scène avec des contes, j'ai cinq morceaux qui forment un conte. Là, j'arrive avec 25 morceaux. On est moins dans l'intellect, moins dans quelque chose de géométrique. On est dans l'émotion, on joue sur les rythmes, sur les contrastes entre une intervention que je vais faire et la charge de la toune qui suit. La préparation, elle a été plus stressante pour moi parce qu'elle demandait cette portion-là de ma tête qui est la mémoire des chansons. Ça, je l'ai moins. C'est comme si avec le temps, cette glande-là s'est atrophiée un peu. Ça demande beaucoup de rigueur. La chanson est une forme fixe, alors que le conte est une forme slaque... C'est un côté de moi-même que j'ai dû travailler un peu plus.

Q Est-ce difficile pour vous de moins parler pour laisser la place aux chansons?

R Justement, on se disait avec Jeannot que je devrais bientôt raccourcir mes interventions. Mais ce n'est pas trop dur. Je sais que je suis susceptible de tomber dans ce dalot-là, faut juste que je garde le contrôle. On est ailleurs. Si je me mets à parler trop, on va tuer le projet.

Q Est-ce que les rires vous manquent?

R Je ne sais pas si ça me manque, mais ça me déstabilise beaucoup. J'arrive mal à lire la réaction du public. Ce qu'ils me donnent habituellement, je ne le provoque pas. Alors c'est très déstabilisant. Disons que je profite de mes interventions pour aller me rassurer un peu!

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer