Confidences sur les planches

Pierre Flynn, Jean-François Ruel (du groupe Dead Obies)... (Le Soleil, Yan Doublet)

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Pierre Flynn, Jean-François Ruel (du groupe Dead Obies) et Camille Poliquin

Le Soleil, Yan Doublet

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(Québec) Ils ne sont pas de la même génération, créent dans des styles musicaux et des langues différentes, mais ils ont en commun de passer une bonne partie de leur vie professionnelle sur les planches. Le Soleil a profité de leur participation à la Bourse RIDEAU pour réunir le rappeur Jean-François Ruel (du groupe Dead Obies) et les auteurs-compositeurs-interprètes Pierre Flynn et Camille Poliquin (Kroy, Milk & Bone) et capter leurs échanges sur leur rapport à la scène.

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Pierre Flynn

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Fiche d'identité: Pierre Flynn

En musique: Roulant sa bosse depuis les années 70, d'abord au sein de la formation Octobre, puis en solo, l'auteur-compositeur-interprète a renoué avec le studio l'année dernière en enregistrant l'album Sur la terre, son premier de chansons originales en 14 ans.

Sur scène prochainement: Alors que leur tournée se poursuit, Pierre Flynn et ses musiciens feront escale à L'Anglicane de Lévis le 19 mars.

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Camille Poliquin

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Fiche d'identité: Camille Poliquin

En musique: Elle écrit des chansons électro-pop en anglais avec Laurence Lafond-Beaulne dans le duo Milk & Bone et en solo sous le nom de Kroy.

Sur scène prochainement: Milk & Bone s'offre ce mois-ci une première tournée en sol américain (le duo participera notamment au festival South by Southwest) avant de revenir au Cercle le 22 avril.

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Jean-François Ruel

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Fiche d'identité: Jean-François Ruel

En musique: Rappeur au sein du groupe hip-hop Dead Obies, où il adopte le nom de Yes Mccan.

Sur scène prochainement: Avec les titres tout neufs de l'album Gesamtkunstwerk, Dead Obies vient d'entreprendre une tournée qui s'arrêtera au Cercle le 18 mars.

Gérer son trac

Pierre Flynn: C'est bon d'être un peu nerveux. Le trac peut être paralysant, mais il peut être mobilisant. J'essaie de m'arranger pour que mon trac soit juste mobilisant! (rires)

Camille Poliquin: Ça me centre plus qu'autre chose. Ça me fait sentir en vie. Et je me dis que c'est une bonne chose quand je ressens cette nervosité. Ça ne me fait pas paniquer. Ça me fait sentir que je suis à la bonne place et pour les bonnes raisons.

Jean-François Ruel: Il y a de gros événements où c'est vraiment compliqué. On a enregistré notre album devant public en octobre. On n'avait jamais joué les tounes. On savait que les gens ne connaîtraient pas les chansons, on avait des musiciens, il y avait beaucoup de trucs à gérer. Ça, c'était un vrai trac. Sinon, mon trac avant un show, c'est que je tombe super fatigué, super amorphe. C'est juste mon corps qui se prépare à exploser. Je me dis: «je ne pourrai pas le faire, je suis benvedge!» Mais j'embarque sur le stage et ça passe!

***

La scène comme labo

Camille Poliquin: Je n'ai pas encore lancé mon premier album solo. Mais ça fait déjà un an que je fais des spectacles. J'ai lancé un EP en 2014, mais avec quatre chansons, on ne va pas loin en spectacle. Ça fait un an que je roule les tounes qui vont être sur l'album. Et il va sortir en octobre, donc c'est encore dans un bout. J'aime faire les chansons live avant de les enregistrer... Même si ce n'est pas de la même manière. Juste de les faire acoustique, ça permet de voir la réponse des gens et d'ensuite mettre les arrangements que je veux dessus en studio.

Pierre Flynn: Quand on peut tester une nouvelle chanson sur scène, c'est toujours bon. Pour mon album, j'ai pu le faire pour la moitié des tounes. Personnellement, j'aime bien, au moins vocalement, rentrer un peu dans une chanson avant de l'enregistrer.

Camille Poliquin: C'est le fun aussi de juste savoir si on est capable de le faire live. Des fois, c'est facile d'explorer en studio. On est bien assis, bien relax avec un petit verre de vin. C'est important de savoir si je suis capable de livrer ça sur un stage, devant des gens. Si j'ai le trac, si j'ai le souffle un peu court, est-ce que ça va marcher quand même?

Jean-François Ruel: Et c'est un bon baromètre pour savoir si la chanson a les effets escomptés. Mais dans le contexte du hip-hop, les gens sont debout, ils sautent, ils rappent les paroles avec toi. L'écoute est différente d'une chanson à texte ou tu vas plus flotter dans l'harmonie, écouter les paroles et découvrir cette chanson-là. Dans le hip-hop, ça va vite. Et les gens aiment ça connaître une chanson d'avance. L'industrie est même un peu à l'envers. On a un beat en studio, on écrit et on enregistre pour voir si ça fonctionne. On écoute, on produit et on le sort. Nous, avant de faire des shows, on avait un mixtape de 17 chansons.

***

Être soi-même ou un personnage?

Pierre Flynn: Mes chansons sont quand même assez personnelles, ça ne tient pas du personnage. Mais il y a des gens qui me connaissent peu sur scène et qui ne comprennent pas quand ils me voient en spectacle. Ça ne marche pas parce que je suis timide, je ne parle pas beaucoup, je suis un peu insécure. Je ne dis pas que je deviens Superman quand je monte sur scène... Mais c'est pour ça aussi que je fais ce métier. Ça me donne la chance de trouver un lieu de force qui me permet de dégager et de communiquer quelque chose. Est-ce que c'est un personnage? C'est certainement un exutoire.

Jean-François Ruel: Je pense qu'il y a une part de personnage. Mes problèmes ne me suivent pas sur scène. Il y a vraiment une coupure. Je ne pourrais pas dire que Yes Mccan, c'est 100 % moi.

Pierre Flynn (à Jean-François): Est-ce que tu écris beaucoup de chansons du groupe ou est-ce que chacun écrit?

Jean-François Ruel: Chacun écrit ses couplets.

Pierre Flynn: C'est vraiment un collectif.

Jean-François Ruel: On est un groupe. Sauf qu'il y a plus de têtes qui composent les textes que la musique, qui est plus centralisée sur une personne. Il y a des moments où certains vont plus dans des trucs personnels, mais ça peut tout le temps rester voilé dans le groupe.

Camille Poliquin: Dans le projet Kroy, je suis vraiment moi. Toutes les chansons que j'écris parlent de moi, c'est un peu mes secrets. Quand ça allait un peu moins bien, je le mettais là-dedans. Avec Milk & Bone, comme c'est écrit à deux, j'ai moins un attachement personnel. Et comme on est deux, on a plus une énergie de groupe. Ce n'est pas moins vrai, mais c'est plus une énergie de deux amies ensemble qui fait qu'on est différentes.

***

La nécessité de «connecter»

Jean-François Ruel: Avec le groupe qu'on a et la musique qu'on fait, il y a une énergie contagieuse. C'est beaucoup du mimétisme. Si tu fais de la musique qui revole et que vous êtes cinq à sauter sur scène, les personnes devant vont faire la même chose. Il y a quelque chose d'hypnotique et de tribal.

Camille Poliquin: Moi, quand je fais Kroy, on est trois. Mais ce sont mes tounes et je chante. Les gars se fient sur mon mood, ils me regardent souvent pour voir comment ça se passe. Le party n'est pas sur la scène. Je ne bouge pas beaucoup. Et je le sens tout de suite si on captive les spectateurs ou pas. Si les gens n'ont pas de fun dans la salle, je n'aurai pas de fun non plus.

Jean-François Ruel (à Camille Poliquin): Il n'y a pas un danger à te dire que tu sens cette énergie-là? Ça peut être trompeur: tu as l'impression que les gens ne sont vraiment pas là et tu finis le show en te rendant compte que tout le monde a tripé...

Camille Poliquin: Ou que finalement, la seule fille qui ne tripait pas et qui parlait était juste devant moi! (rires)

Pierre Flynn: Plus jeune, j'étais très sensible à cette impression de ne pas connecter. Et là, je retombais dans le mental. Je me sabotais un peu. Je pense qu'à force d'en faire, j'ai trouvé une façon de rester calme et de ne pas commencer à badtriper... C'est la même chose avec les pépins techniques. Je me fâchais... Oui, certaines chansons se chantent bien en tabarnak, mais si tu es dans ton mental et que tu es frustré, tu ne peux plus donner l'émotion que tu cherches à donner. Ce sont des choses qui s'apprennent tranquillement. Mais qui ne sont jamais infaillibles non plus.

***

La proximité des fans

Pierre Flynn: Des fois, une heure avant un show, je me demande ce que je fais là. Je me demande qui je suis pour aller déverser mes états d'âme et que ça intéresse les gens. Ça prend un contact électrique avec le monde pour replacer les affaires. Il y a de l'amour qui t'est envoyé et tu le renvoies avec plus de confiance et plus d'énergie... Là, tu peux faire un voyage avec le monde. Mais ça nous le prend, ce monde-là! (rires). C'est un circuit électrique...

Jean-François Ruel (à Pierre Flynn): Est-ce que tu as observé un changement dans l'attitude des fans depuis qu'on a accès à toute cette information? Mettons qu'on est dans les années 70 et que je tripe sur Octobre, je ne peux pas aller sur Internet voir vos photos et écouter votre musique... J'ai entendu des histoires sur Serge Fiori. Que des gens faisaient des pèlerinages chez lui et dormaient sur son balcon pour lui parler... Est-ce qu'il y a un changement dans l'attitude des gens par rapport au personnage de l'artiste?

Pierre Flynn: (Rires) C'est une bonne question. C'est sûr que vous autres, vous avez un public plus jeune, plus branché. Ça doit être une autre expérience.

Jean-François Ruel: Je me souviens que quand j'étais adolescent, les groupes qui me faisaient triper, je croyais en eux comme une croyance religieuse. Mettre un t-shirt de ce band-là, c'était lié à une idéologie. On se reconnaissait entre personnes qui connaissaient ça. Je me demande si c'est parti juste parce que je ne suis plus un adolescent ou parce que le monde est interconnecté. Kendrick Lamar ou Drake, je les trouve cool. Mais pour moi, ce ne sont pas des superhéros parce que quand j'ouvre Internet, je peux tout lire sur eux.

Camille Poliquin: Et quand il y a du mystère, c'est le marketing de l'artiste qui l'entretient.

Pierre Flynn: Mais pour revenir à ton exemple de Fiori, il avait un petit côté un peu gourou. Je n'ai pas vécu la même relation. Moi, j'étais dans ma bulle. Je ne savais pas ce qui se passait. Les gens me disent qu'ils tripaient sur nous autres... Ah oui? Nos fans étaient très fidèles parce qu'on était assez aventureux côté musical. On était un peu à gauche. Même encore aujourd'hui, je suis surpris du nombre de fans d'Octobre qui me rappellent des chansons que j'ai oubliées.

***

Entre les planches et le studio, le coeur balance...

Pierre Flynn: Moi, j'ai beaucoup plus de plaisir sur scène qu'en studio. J'ai toujours trouvé ça difficile de faire des disques. Je suis critique, je doute beaucoup de moi, je suis fatigant pour mes collaborateurs. Alors qu'en show, ça roule. C'est physique, c'est un moment.

Camille Poliquin: Dans mon cas, ces deux facettes de faire de la musique sont très indépendantes. Personnellement, j'aime les deux... Mais j'ai peut-être une petite préférence pour le studio à cause de cette fébrilité d'être encore en train de créer. De jouer sur scène, c'est plus l'énergie de groupe qui est le fun... (À Jean-François) Vous autres, vous êtes en gang, donc j'imagine que c'est toujours un peu différent dépendamment du mood de chacun?

Jean-François Ruel: C'est tout le temps la même affaire! J'ai l'impression qu'on a 14 ans. On fait des personnages toute la journée, on se parle dans de fausses voix...

Pierre Flynn: C'est cool! J'aime ça!

Jean-François Ruel: À un tel point que si on est deux semaines en tournée, on n'est plus capables. On devient juste complètement cons. Être seul sur une scène devant un public, je ne connais vraiment pas ça. Moi, je suis avec mes chums de gars. Il y a toujours moyen de bouncer sur l'énergie des autres. Mais moi aussi, je scinde la musique en deux volets. Et ce qui m'intéresse vraiment le plus, c'est de faire des enregistrements et de créer des chansons. Peut-être parce que je me sens moins habile à le faire. J'ai des idées et les traduire en produit fini, c'est un gros défi.

***

Grosse foule ou salle intime?

Jean-François Ruel: En général, j'aime mieux les petites salles. J'aime cette énergie punk rock de voir les gens réagir et se pitcher partout. À l'inverse dans un spectacle aux FrancoFolies où il y a 4000 personnes, j'ai l'impression que ça ne lève pas, que les trois premières rangées sont vraiment dedans et qu'après, c'est vraiment plate. Tu ne peux pas connecter avec tout ce monde... Mais ça doit dépendre des gens et du matériel. Si t'es Kanye West, tu ne dois pas avoir l'impression que le Centre Bell ne lève pas...

Camille Poliquin: J'ai vraiment plus de fun à jouer devant beaucoup de gens. Récemment, avec Milk & Bone, on a ouvert pour Chilly Gonzales à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts. Les gens sont loin et il y en a tellement, on dirait que c'est comme jouer dans une arène grecque. Tu entends le rugissement lointain des applaudissements. Ce n'est pas dans ta face, ce n'est pas intense... On dirait que c'est juste élégant. Et avec la musique que je fais, ça ne lève pas. Personne ne va sauter dans la salle. C'est plus planant. J'aime que les gens soient assis pour recevoir ça.

Pierre Flynn: Il faut être réaliste... Et modeste! Je ne remplis pas les plaines d'Abraham ni la salle Wilfrid-Pelletier. L'important, c'est qu'il y ait un bon ratio de spectateurs. Il y a des salles de 200 à 400 personnes, souvent dans d'anciennes églises. Ça me plaît bien. J'aime mieux ça qu'un grand auditorium de 1200 places où il y a 400 personnes.

***

Une hantise de spectacle

Pierre Flynn: Je fais souvent des cauchemars de show. Il y a toujours quelque chose que je n'arrive pas à faire avant de chanter. Il y a quelque chose de débranché, ça ne fonctionne pas... Il y a du monde dans la salle et à un moment donné, ils s'en vont un par un.

Camille Poliquin: Je n'ai pas vraiment cette peur. Je pense que je vis un peu dans le déni de tout ça en me disant que ça va bien aller...

Pierre Flynn: Continue comme ça!

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