Charles Lloyd, le jazzman au long souffle

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Le jazzman Charles Lloyd

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(Québec) Du haut de ses 77 ans, Charles Lloyd a des allures de légende du jazz - une légende bien vivante, qui est loin de se reposer sur ses lauriers. Le saxophoniste et flûtiste vient en effet de lancer coup sur coup deux albums sur l'étiquette Blue Note, dont le tout récent I Long To See You, qu'il proposera au Palais Montcalm jeudi, avec son quatuor qui compte entre autres le guitariste Bill Frisell.

Charles Lloyd a un CV des plus remplis. Et jusqu'à un certain point, I Long To See You en est un condensé. On y trouve en effet la chaleur de son jeu mélodique, qui ne sombre jamais dans la démonstration, son intérêt pour la spiritualité dans l'ambitieuse Barche Lamsel, de nouvelles versions de ses propres titres, mais aussi une reprise de Dylan, une collaboration avec Willie Nelson et une autre avec Norah Jones, rappelant comment chez lui les frontières stylistiques s'estompent. Le jazzman a répondu à nos questions par courriel.

Q Votre nouvelle formation est forcément spéciale avec Bill Frisell, qui trouve le temps de jouer à vos côtés, en marge de sa carrière solo. Comment ce projet a-t-il pris forme?

R Bill et moi, nous nous connaissons et avons un respect mutuel depuis près de 20 ans. Il y a environ trois ans, je l'ai invité à se joindre à moi pour une série de concerts au Festival de jazz de Montréal et, par la suite, durant la même année, aux festivals de Chicago et de Detroit. Le hasard a voulu que Bill m'avait entendu jouer à Denver, lorsqu'il était à l'école secondaire, et cela avait changé sa façon de penser la musique. Nous avons un lien très spécial et direct - c'est profond -, nous n'avons pas à tout expliquer avec des mots. C'est entièrement dans la musique. Eric [Harland, batterie] joue avec moi depuis 15 ans et Reuben [Rogers, contrebasse], depuis plus de 10 ans. Cette formation est profondément intuitive et mélodique. 

Q Ces dernières années, nous vous avions entendu jouer davantage auprès de grands pianistes. Parlez-moi de l'interaction de votre instrument avec la guitare.

R Mon lien avec la guitare remonte à Memphis et à Calvin Newborn, le frère de Phineas. Puis, dans les années 60, j'ai amené le grand guitariste hongrois [Gábor] Szabó au sein du groupe de Chico Hamilton... Gábor a inspiré John Abercrombie, qui a été dans mon groupe pendant plusieurs années. Avec Bill, c'est la poursuite de cette aventure.

Q Un élément qui est particulier avec votre musique, c'est combien elle est chaleureuse et emplie d'émotions. Elle peut être complexe, mais il n'y a jamais d'excès de virtuose ou d'intellectualisme. Cet équilibre entre émotion et technique vous est cher?

R Ce n'est pas un effort ou une préoccupation consciente. Je suis un être humain émotif et, à mon âge, j'ai quelques années d'expérience de vie... C'est ce qui se reflète dans la musique; mais en groupe, on ne discute pas de cela et on ne planifie pas ce qu'on va jouer. C'est un processus très naturel.

Q Vous avez joué avec une foule de groupes talentueux, réunissant des musiciens très doués. Comment les recrutez-vous? Qu'est-ce que ça prend pour être dans votre formation?

R Je crois que ce sont les lois de l'attraction. Ce que vous recherchez vous recherche. J'adore l'exploration et les esprits ouverts. Si quelqu'un vient à moi et me dit qu'il veut jouer avec moi, il doit être prêt à plonger dans l'inconnu.

Q Au début de votre carrière, vous avez joué avec plusieurs bluesmans, de Bobby Blue Bland à B.B. King. Comment leur approche a-t-elle teinté la vôtre?

R Le blues est une portion indélébile de la fibre de ma vie. J'ai commencé à jouer avec eux quand j'avais 11 ou 12 ans. Howlin' Wolf, en particulier, m'a accompagné toute ma vie. Il était un musicien éblouissant. Il pouvait faire lever les toits des petites écoles ou des clubs quand nous jouions dans le Sud [des États-Unis].

Q Vous avez renoncé aux tournées durant les années 70, mais vous avez continué d'être actif en studio. Cette longue pause de plus de dix ans a-t-elle changé votre perception de la musique?

R J'étais épuisé à la fin des années 60. L'industrie de la musique, le succès, les excès... Je devais m'éloigner pour me soigner et me reconnecter sur mon moi intérieur. Mais je n'avais pas cessé de jouer de la musique, je n'étais tout simplement pas aussi public que je l'avais été.

Q Vous avez collaboré avec plusieurs artistes pop ou rock, notamment les Doors, les Beach Boys ou encore The Grateful Dead. C'était d'heureuses rencontres?

R C'était à une période très ouverte, où les structures étaient libres et le jazz, le classique, la folk et la pop existaient côte à côte. Les groupes rock ont découvert l'improvisation quand j'ai été invité à jouer au Fillmore, à San Francisco. Ils m'ont invité ensuite à certains concerts, ainsi qu'en studio. On a eu du plaisir ensemble.

Q Sur l'album Wild Man Dance, paru l'été dernier, nous pouvons sentir un lien naturel qui s'effectue entre les cultures. C'était votre souci, ou est-ce l'aboutissement de votre jeu, qui s'est nourri à maintes sources?

R J'ai toujours entendu des liens entre les musiques des différentes cultures plutôt que des différences. La musique est un pont entre différents mondes.

Q Vous vous êtes retiré de la vie publique durant les années 70 alors que vous étiez au sommet de votre succès. Ces jours-ci, il semble que vous êtes de nouveau au sommet de votre art, avec ces deux albums chez Blue Note en moins d'un an et ce prestigieux NEA Jazz Masters Award, qui souligne l'ensemble de votre oeuvre. Est-ce à dire qu'il faut courir vous voir avant que vous ne vous retiriez de nouveau? 

R Les tournées sont éprouvantes physiquement. À [bientôt] 78 ans, je ne sais pas pendant combien de temps je pourrai continuer de voyager. Quand je fais de la musique, je me sens tout jeune. Mais embarquer et débarquer des avions est épuisant! Je ne cesserai jamais de faire de la musique, mais je ne peux en dire autant pour les déplacements et les tournées. J'ai hâte de pouvoir aller jouer de la musique à Québec, une nouvelle fois!

Vous voulez y aller?

Qui : Charles Lloyd & friends

Quand : 4 février, à 20h

Où : Palais Montcalm

Billets :  59 $

Web : palaismontcalm.ca

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