Chilly Gonzales, l'humaniste musical

Chilly Gonzales sera en spectacle au Palais Montcalm... (Alexandre Isard)

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Chilly Gonzales sera en spectacle au Palais Montcalm le 12 février à 20h.

Alexandre Isard

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(Québec) Il s'est fait réalisateur pour les Feist, Birkin et Buck 65. Il a baigné dans la pop autant que dans le rap et l'électro. Mais Chilly Gonzales revient invariablement au piano, instrument qu'il a célébré sur ses albums Solo Piano I et II ou sur son récent Chambers. C'est justement pour presser les touches d'ivoire et d'ébène que l'artiste canadien s'arrête à Québec, se proposant d'y jouer les airs de son cru en se moquant des frontières stylistiques.

Le retour du pianiste prodigue

Chilly Gonzales rentre au bercail. Après un long exil de 18 ans, ce collaborateur des Daft Punk, Feist et autres Drake s'apprête à prendre une année sabbatique dans son Québec natal. Mais avant, l'artiste qui aime autant le rap que la musique classique se permet un dernier tour de piste autour du piano, l'instrument qu'il démocratise avec humour et esprit. Entretien avec celui qui est né Jason Beck.

  • Chilly Gonzales est le personnage que vous avez créé, il y a une quinzaine d'années. Sous ce nom, vous montez sur scène en robe de chambre et vous êtes allé jusqu'à vous autoproclamer génie musical. Vous avez toutefois rectifié le tir avec la chanson (Not A) Musical Genius... Parlez-moi de l'importance de ce personnage.
Dans les paroles de la chanson, je dis que j'ai menti. Même moi, je ne comprenais pas trop pourquoi [je m'étais autoproclamé génie de la musique]. C'est avec le recul que j'ai compris que c'était mon fantasme. Je n'ai jamais fait le rapprochement entre le fait qu'à mes débuts, en 2000, 2001, 2002, c'était important que je me perde dans le personnage de Chilly Gonzales. J'ai voulu me perdre dans ce personnage parce que j'ai voulu incarner un fantasme. Et je savais que lorsqu'on montre les fantasmes, il y a un autre niveau d'intimité qu'on crée avec le public. Il y a souvent des musiciens qui disent: «Je suis authentique, donc je ne prends pas de personnage quand je monte sur scène.» Je peux respecter ça, mais ils passent à côté de l'intimité. Quand on se protège de nos fantasmes, on est un peu dans une réalité mondaine, sans sa contrepartie.

  • Génie ou pas, vous continuez à faire appel à ce personnage. C'est lui qui vous fait avancer?
Quand le microphone est là, quand la caméra tourne, que le public est là, je le suis, je me perds dedans de nouveau. Mais c'est moins extrême que quand j'ai commencé, où je voulais être Chilly Gonzales 24 heures sur 24. Il y a des moments pour être moi dans la vie, où je comprends que je ne suis pas un génie musical, et il y a des moments où ça continue de me donner un feu dans le ventre, l'oeil du tigre et une érection musicale géante! Toujours! Mais il y a un moment pour ça maintenant. Je comprends qu'il faut les deux: la réalité, le fantasme.

  • Votre plus récent album, Chambers, met à contribution le Kaiser Quartett, un ensemble à cordes. C'est toutefois en solo que vous monterez sur scène. Vous comptez réarranger votre répertoire pour y interpréter ces pièces?
Bien sûr, comme je réarran­ge mes titres de rap au piano ou au piano avec quatuor à cordes, comme je fais des trucs plus électro, réalisés à l'origine par Boys Noize, sur Ivory Tower. Pour moi, on peut faire du rap, sans un sampler. C'est vrai que la technologie et les significations sociales sont associées aux styles de musique. Ce qui fait marcher un style de musique, c'est une question de culture et de nouveaux instruments ou une nouvelle façon de revoir les instruments. En même temps, on a tendance à croire que les styles de musique sont vraiment très différents, mais là on se trompe, parce que, dans la matière musicale de ce qui se passe, si on compare le rap et le classique, ce sont les mêmes 12 notes et les mêmes outils.

  • À ce sujet, vous avez fait une série de vidéoclips de classes de maître, diffusés dans le Web où vous analysez la musique pop à la lumière du classique. Nicki Minaj, Taylor Swift ou Lana Del Rey peuvent ainsi se retrouver aux côtés de Mozart et Pachelbel... Que voulez-vous montrer?
J'essaie de montrer quels sont les outils qu'utilisent les artistes pour leur tube de pop. S'ils utilisent un arpège, par exemple, je vais montrer l'arpège qui date de 1600 quelque chose, sur lequel le jazz, le rock et la pop sont passés auparavant. Oui, on utilise un sampler, c'est nouveau sur le plan culturel, mais on n'a pas réinventé les outils musicaux chaque fois avec les styles de musique. En étant humaniste musical, j'essaie de montrer ces connexions.

  • Outre les classes de maître, il y a, avec votre récent album, Chambers, un commentaire du compositeur, où vous expliquez votre travail. Vous avez aussi fait Re-Introduction Etudesun livre destiné à ceux qui veulent réapprendre à jouer du piano. Est-ce qu'il y aurait un professeur en vous, qui avez pourtant été un drop-out du conservatoire?
Justement, c'est le fait que j'ai été un drop-out et que j'ai poursuivi mes fantasmes de devenir une créature de la pop qui fait peut-être que les gens vont m'écouter plus que quelqu'un qui vit dans une tour d'ivoire. Je suis bien placé pour inspirer et inclure les gens. Maintenant, pour ce qui est d'être professeur, j'ai trop de problèmes avec l'autorité pour dire que je suis leur professeur!

  • Vous êtes maintenant établi à Cologne, en Allemagne, après avoir transité par la France. Qu'est-ce qui vous a convaincu de revenir au Québec pour passer une année sabbatique?
Le Canada me manque, ma ville natale [Montréal] me manque, j'ai des amis qui me manquent. Ça fait 18 ans que je n'ai pas vécu au Canada, je suis parti pour des raisons de carrière. Mais je comprends que je dois aller dans le même lieu où j'ai grandi, où je suis tombé amoureux de la musique, où j'ai fait mes études de musique, à McGill, à Montréal. Il faut que je sois plus proche de ça. L'Europe m'a donné ma carrière et j'en suis très reconnaissant. J'adore l'Allemagne, pour plein de raisons. La France moins, mais l'Europe est devenue la scène pour moi. C'est là où j'ai commencé. Je parle de la musique qui est née en Europe et de ce qu'elle est devenue, après avoir dominé pendant des centaines d'années : la musique classique. Et pourquoi on a l'impression que c'est mort. Je ne crois pas que c'est mort, mais c'est en danger de mourir. Pourquoi? C'est une question qui résonne de manière très forte quand je donne mes concerts ici [en Europe]. Ça résonne moins fort aux États-Unis. Mais au Canada, vu que je suis du Canada, j'arrive à articuler ma vision.

Entre Daho et Catherine

Pour Chilly Gonzales, la réussite en musique vient de la production quotidienne. «Quand je suis allé en France, j'ai travaillé avec beaucoup d'artistes français. Je me suis retrouvé avec Étienne Daho qui me disait: "Oui, j'essaie de chanter, écrire des paroles, mais ça ne vient pas. J'ai mis des bougies dans un coin préféré de ma maison, avec tout ce qui m'inspire et ça ne vient pas."

«J'ai dit: "Mais le pauvre, il n'a pas compris!" C'est comme aller à la toilette, faire de l'art! Il faut y aller tous les jours! Des fois, c'est bien, des fois, c'est moins bien, mais il ne faut pas dire que c'est un acte sacré.

«Après, deux jours plus tard, je me retrouve dans une brasserie, devant Philippe Katerine, qui écrit une chanson sur sa serviette de table, en trois minutes et demie. Je suis sur cette ligne-là, en fait: ça prend une réaction émotionnelle d'abord. Après, on peut se perdre dans les détails si on veut.»

Les X-Men de la musique

L'un des souhaits de Chilly Gonzales, durant son année sabbatique à Montréal, serait d'aller plus loin dans le dialogue musical qu'il a instauré avec les autres, que ce soit avec ses classes de maître ou avec le livre de musique Re-Introduction Etudes.

«J'ai toujours été fan des comics X-Men, où il y a le vieux professeur qui trouve des jeunes qui ont des superpouvoirs et les aide à les maîtriser. Et quelque part, je rêve d'avoir une sorte de X-Men à teneur musicale, où je pourrais guider, aider. [...]

«J'ai un label. Je n'ai jamais eu envie de signer des musiciens, mais j'ai envie d'aider les musiciens pour qu'ils puissent créer leur propre label et pour qu'ils comprennent mieux ce qu'est être un musicien moderne en 2016.»

Un marathon, les mains de Gainsbourg, des recettes

Gonzales a trempé dans de nombreux projets, tous plus singuliers les uns que les autres.

Il a fait un marathon de piano de plus de 27 heures, homologué dans Le livre des records Guinness. Il a prêté ses mains à Gainsbourg, dans le film Serge Gainsbourg (vie héroïque), de Joann Sfar. Quand il y avait des plans sur le clavier, c'était donc lui à l'oeuvre.

Il a aussi travaillé sur une série télé, notamment avec Philippe Katerine, en France. Il s'est même permis un livre de recettes avec le chef Pierre Gagnaire, intitulé Bande originale.

Toutes ces aventures sont néanmoins les déclinaisons d'une même passion: celle de la musique.

=> Vous voulez y aller?

  • Qui: Chilly Gonzales
  • Quand: 12 février, à 20h
  • Où: Palais Montcalm
  • Billets: 44 $
  • Info: site Web du Palais Montcalm
 

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