Matéo, une immersion en pleine crise

Matéo (Mathieu Bérubé-Lemay), un étudiant passionné de cinéma atteint... (Le Soleil, Pascal Ratthé)

Agrandir

Matéo (Mathieu Bérubé-Lemay), un étudiant passionné de cinéma atteint du syndrome d'Asperger, tente de mettre de l'ordre dans le film de sa vie. On plonge dans sa tête, à travers ses fantasmes et ses souvenirs.

Le Soleil, Pascal Ratthé

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) CRITIQUE / En nous conviant dans la tête d'un jeune homme atteint du syndrome d'Asperger, le Théâtre de la Bordée ouvre ces jours-ci ses portes à une double rencontre : celle du public avec une représentation artistique de certains troubles envahissants du développement et celle de comédiens professionnels avec des confrères vivant avec ces handicaps. Une immersion dense et fructueuse à bien des égards.

Pièce écrite et mise en scène par Jean-François F. Lessard, Matéo et la suite du monde, a été coproduite par l'organisme Entr'actes, qui offre des formations et une tribune à des artistes handicapés. Elle nous amène dans une classe de cinéma où Matéo, un étudiant atteint du syndrome d'Asperger, est soudainement troublé par le sujet à l'étude : le film Pour la suite du monde de Michel Brault et Pierre Perrault. La main levée pour poser une question, il fige et se replie sur lui-même. Enfermé dans sa tête, où les interrogations pullulent, ce passionné de cinéma tente de mettre de l'ordre dans le film de sa vie et surtout, de retrouver un personnage manquant qui saura lui montrer la voie à suivre.

Dans cet enchevêtrement d'idées, les souvenirs bien concrets d'interactions avec son prof, sa soeur, son ami ou une camarade de classe côtoient des projections de fantasmes teintés de son goût pour l'imagerie d'horreur et la pornographie. Ces visions anxiogènes se manifestent sur scène par des personnages masqués au discours complètement désinhibé (la tirade sur l'abandon de la mère de Matéo frappe particulièrement fort). L'effet visuel s'avère percutant, mais les masques peuvent toutefois poser une entrave à la parole et forcer le public à tendre l'oreille pour ne rien perdre. 

Humour décapant

Au coeur du processus de création de Matéo et la suite du monde, la présence de deux acteurs (et personnages) atteints de troubles du spectre de l'autisme teinte le rythme des dialogues au ton souvent décalé... et dont l'effet comique peut être considérable. Auprès des pros Jack Robitaille, Marie-Hélène Gendreau et Frédérique Bradet, Mathieu Bérubé-Lemay et Julien Fiset-Fradet s'en tirent avec aplomb. Le premier agit comme un solide pivot autour duquel la pièce se déploie, le second ponctue l'ensemble de réparties à l'humour décapant. 

Outre la quête identitaire de Matéo, la pièce ratisse large dans les problématiques abordées : la définition même de sa condition, la pression qu'elle place sur ses proches, la démission des parents, le deuil, les questions liées à l'intégration (l'ami Justin ira jusqu'à dire qu'il se sentirait à l'université «comme un juif au camp de Dachau»), la maladresse sociale de la part de ceux qui vivent avec le handicap, mais aussi de connaissances qui s'impatientent, qui infantilisent ou en font trop. 

Exploitée tantôt avec le réalisme du souvenir, tantôt avec l'exubérance du fantasme, l'expression de ces enjeux tâte les extrêmes, quitte à pousser un peu trop loin. On comprend bien que l'imaginaire n'est pas un lieu de limite ni de contrôle de soi, mais certaines émotions soulignées avec un peu trop d'insistance peuvent parfois paraître surjouées.

Matéo et la suite du monde est présentée à La Bordée jusqu'au 13 février.

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer