«Il n'y en aura pas beaucoup comme lui dans le futur»

Le chorégraphe et danseur Édouard Lock a été... (La Presse, Olivier Jean)

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Le chorégraphe et danseur Édouard Lock a été le directeur artistique de la tournée Sound+Vision de David Bowie, au début des années 90.

La Presse, Olivier Jean

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(Québec) Pour une raison qu'il ne comprend pas encore, le chorégraphe et danseur Édouard Lock s'est réveillé aux aurores, lundi. En allant surfer dans le Web, il a appris avec stupéfaction, avant même que la nouvelle ne fasse les manchettes des médias, le décès de David Bowie.

Joint en France, où il travaille sur un projet pour l'Opéra de Paris, Lock ne cachait ni son choc ni sa tristesse. Celui qui a été directeur artistique de la tournée Sound+Vision a néanmoins pris le temps de revenir sur ses collaborations avec David Bowie, ainsi que sur l'homme lui-même.

Q À quel moment David Bowie est-il entré en contact avec vous et la compagnie

La La La Human Steps?

R C'était en 1984. Il avait, de façon anonyme, approché plusieurs compagnies de danse, dont la nôtre, pour voir s'il y avait une influence chorégraphique qui l'intéressait dans le contexte du spectacle qu'il préparait, qui était The Glass Spider Tour. On avait envoyé des documents, ne sachant pas trop qui les avait demandés. Il nous avait rappelés un mois plus tard pour savoir si on pouvait se rencontrer à Los Angeles. Je suis allé le voir à ce moment-là. On n'a pas pu collaborer sur le Glass Spider Tour en raison de conflits d'horaire avec la compagnie, mais on est resté en contact et il m'a proposé la direction de la prochaine tournée qui a suivi, qui était celle de Sound +Vision.

Q Comment c'était de travailler avec lui? Il avait certainement de grandes exigences?

R Ce qui est fascinant avec lui, c'est que c'est un artiste qui est d'abord et avant tout stimulé par les idées. Ç'a l'air d'être n'importe quoi ce que je suis en train de dire, mais c'est une chose d'avoir une idée, c'est une autre chose d'avoir le courage de la présenter. Et je ne l'ai jamais vu être en train de calculer les impacts ou les problèmes qui pourraient survenir relativement à une idée liée à la propulsion de sa carrière. Il a pris ses décisions uniquement sur ce qui l'intéressait, ce qui lui donnait un plaisir viscéral à faire, qu'est-ce qui paraissait nouveau pour lui, qu'est-ce qui était valable pour lui et je crois que je ne l'ai jamais vu se soucier trop de l'impact sur sa carrière. [...] Il a présenté des idées qui semblent aujourd'hui de bonnes idées avec la vue qu'on a du passé, mais au moment où il les a présentées, c'était des idées dangereuses et il fallait un courage assez important pour non seulement présenter une idée qui était dangereuse mais de tenir le coup contre des objections et des oppositions qui devaient être très substantielles à l'époque.

Q Il a donné une visibilité formidable à la danse contemporaine à un public qui n'y était pas nécessairement initié...

R Absolument. Il connaissait beaucoup la danse contemporaine, comme le théâtre - il avait travaillé avec Lindsay Kemp. Aussi les arts visuels : c'était fascinant de voir cet homme parler d'arts visuels. C'était un enthousiasme sans borne. Il était très éclectique, il connaissait beaucoup de sujets, à beaucoup de niveaux, certains qui étaient en interaction avec ce qu'il faisait, mais beaucoup qui ne l'étaient pas. Il s'y intéressait parce que c'était un dévoreur d'informations. C'était quelqu'un qui lisait, qui regardait, qui parlait aux artistes, qui se demandait...

Q Il était question de nouvelles collaborations entre vous?

R On avait travaillé de nouveau pour le 10e anniversaire de l'Institut contemporain de Londres. On s'était présenté dans cette institution et M. Bowie aussi, donc ils nous ont mis ensemble pour une collaboration chorégraphique. C'était un contact qui était diffus. Des fois, on était en contact pour des projets qui pouvaient se passer, des fois on ne l'était pas, c'était comme une conversation...

Q Qu'avez-vous appris en le côtoyant?

R Il y a des choses qui sont très importantes et très marquantes et qui ne sont pas nécessairement quantifiables : le fait de le voir interagir, agir, comment il prend des décisions, les risques qu'il prenait. Une chose qu'il m'a apprise plus que tout est qu'il faut inviter l'échec sur scène. Car si on ne l'invite pas, il vient comme un invité qui n'est pas très heureux car on ne l'a pas invité... La dynamique du théâtre, c'est de prendre des risques, d'aller dans des directions où la personne qui est sur scène ne peut pas garantir le succès du propos. Et ça, ça rejoint le public qui a eu des échecs cette journée-là, ce mois-là, cette année-là, des échecs qu'ils ne peuvent pas éviter. Donc de voir quelqu'un qui fait une présentation et qui prend des risques et qui accepte que l'échec peut être un invité sur cette scène, c'est quelque chose qui marque beaucoup.

Q Son plus grand legs?

R Il y en a tellement! C'était une légende! C'est difficile à imaginer de nos jours l'impact qu'il a eu car la culture est beaucoup plus fragmentée. Je ne suis pas sûr si quelqu'un peu occuper le territoire ou le terrain qu'il a pu occuper à des moments dans sa carrière. Il a vraiment influencé d'une façon beaucoup plus importante, je pense, la culture que pourrait le faire maintenant quelqu'un dans sa position. Et la longévité de sa carrière, le fait qu'il a pu faire ça pendant très longtemps - le dernier album qu'il a fait était fascinant, le vidéo qui allait avec ça, aussi. [...] Son influence a tellement vécu avec tellement de personnes tellement longtemps, que je ne crois pas que c'est une mort... Il va y avoir quelque chose qui va se passer avec son travail, avec lui. Ça ne va pas arrêter. Ça va seulement changer de forme, comme un souvenir vivant : ce n'est pas dans les livres, c'est dans la tête. Dans la tête de plein de personnes. Et au fur et à mesure que ces personnes vont changer, les opinions et les souvenirs de ce qu'il a fait vont aussi changer. Il va y avoir des gens qui vont faire des projets artistiques sur son travail, il va y avoir des gens qui vont commenter sur son legs culturel et donc il va continuer à vivre à travers ça. [...] Il n'y en aura pas beaucoup comme lui dans le futur, je pense.

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