Mort du compositeur Pierre Boulez, l'un des grands de son temps

Incarnation par excellence du chef «analytique», Pierre Boulez... (AP, Christophe Ena)

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Incarnation par excellence du chef «analytique», Pierre Boulez dirigeait sans baguette ni effet de manche, d'un geste limpide et net.

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Benoît Fauchet
Agence France-Presse
Paris

Le compositeur et chef d'orchestre français Pierre Boulez est décédé mardi soir à l'âge de 90 ans à Baden-Baden, en Allemagne. Il était considéré comme l'un des plus grands compositeurs-chefs d'orchestre de son temps, à la pointe d'une avant-garde musicale saluée dans le monde entier, mais passant pour hermétique au plus grand nombre.

«Pour tous ceux qui l'ont côtoyé et qui ont pu apprécier son énergie créatrice, son exigence artistique, sa disponibilité et sa générosité, sa présence restera vive et intense», a indiqué sa famille mercredi dans un communiqué diffusé par la Philharmonie de Paris, dont il était l'initiateur.

À partir des années 50, il s'est imposé comme un immense compositeur-chef d'orchestre, approfondissant le lien entre création et interprétation et déployant une influence sans égale sur la vie musicale, culturelle et intellectuelle, en France et bien au-delà.

Né le 26 mars 1925 à Montbrison, au centre de la France, Pierre Boulez a suivi au Conservatoire de Paris l'enseignement d'Olivier Messiaen, qui influencera ses premières oeuvres.

Initié par René Leibowitz à la technique dodécaphonique (composition sur les 12 sons de la gamme), ce féru de mathématiques s'impose rapidement comme l'une des figures de l'avant-garde musicale avec ses contemporains Stockhausen, Berio, Ligeti et Nono.

Boulez développe une musique héritée du sérialisme (construction en séries) de la Seconde école de Vienne (Schonberg et Webern notamment), remarquablement écrite et parcimonieuse.

Son catalogue comprend une trentaine d'oeuvres, dont Le marteau sans maître (1955), d'un grand raffinement instrumental et vocal, et Répons (1981-1988), qui magnifie les possibilités de transformation du son, en temps réel, par l'électronique.

Chef sans baguette

Souvent déroutante, difficile d'accès par sa complexité et son audace dans la dissonance, sa musique n'en reste pas moins riche et contrastée, notamment dans l'usage de la couleur et du rythme.

Chef recherché des deux côtés de l'Atlantique, il a dirigé à des titres différents l'Orchestre de Cleveland (1967-1972), le Symphonique de la BBC (1971-1975) et le Philharmonique de New York (1971-1977). Incarnation par excellence du chef «analytique», Boulez dirigeait sans baguette ni effet de manche, d'un geste limpide et net, scrupuleux à l'égard des intentions des compositeurs.

Plus rare à l'opéra que dans le répertoire symphonique, Pierre Boulez a toutefois participé à de mémorables productions, comme le Ring du centenaire du Festival Wagner de Bayreuth (1976-1980) et la première mondiale de la version intégrale de Lulu de Berg au Palais Garnier à Paris (1979).

Exaspéré par l'attitude conservatrice du monde musical français, il s'était exilé à Baden-Baden à l'aube des années 60. Il n'était revenu en France qu'en 1974, lorsque le président d'alors Georges Pompidou lui avait demandé de fonder un laboratoire entre art et technologie baptisé Ircam (Institut de recherche et de coordination acoustique/musique) et l'Ensemble intercontemporain, première formation permanente dédiée à la musique de notre temps.

Ce penseur pointu mais sachant parler de son art avec clarté aura été de tous les grands projets musicaux français, inaugurant la Cité de la musique à Paris en 1995 et militant pour la construction, à l'aube du siècle suivant, de la Philharmonie de Paris, finalement inaugurée sans lui début 2015, alors qu'il est déjà malade.

La rigueur de Boulez a pu passer pour de l'intransigeance, d'autant que l'intéressé n'a pas été avare en déclarations provocatrices, comme son célèbre: «il faut brûler les maisons d'opéra».

Avec l'âge, ce petit homme au regard brillant d'intelligence, très courtois et facile d'accès, avait sans doute assoupli son caractère, sans renoncer à une éthique sans compromis.

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