2015 dans le tordeur de Fabien Cloutier

Fabien Cloutier a été partout en 2015.... (Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche)

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Fabien Cloutier a été partout en 2015.

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(Montréal) Nouveau spectacle, nouveau chapeau artistique, nouvelle ville, nouvelles reconnaissances. À bien des égards, l'année 2015 aura été celle de Fabien Cloutier. Sans compromis artistiques, le dramaturge devenu humoriste cultive un discours qui frappe et fait fleurir une langue qui ne laisse pas grand monde indifférent.

«Je sais que je peux créer des réactions épidermiques. Je les ai apprivoisées. Je sais que la raison qui fait qu'une personne va dire : "je m'en vais" ou "je change de poste", c'est la même raison qui fait que d'autres t'aiment profondément», évoque l'auteur, comédien et chroniqueur originaire de la Beauce, qui a fait le saut du théâtre vers l'humour (et de la capitale vers la métropole) cette année en lançant le spectacle Assume

À la radio à Plus on est de fous, plus on lit, au petit écran dans PaparaGilles ou Les beaux malaises, sur scène dans les abrasives Cranbourne et Scotstown (qui a été présentée en Allemagne cet automne), dans son spectacle d'humour et même chez le gouverneur général, qui l'a récompensé pour sa pièce Pour réussir un poulet; Fabien Cloutier a été partout, en 2015. Et la cadence ne devrait pas ralentir en 2016, alors que la tournée d'Assume se poursuit (à L'Anglicane les 11 mars et 19 août, au Théâtre Petit Champlain les 21 avril et 21 mai et au Grand Théâtre le 27 mai, notamment) et qu'on le verra dans quelques séries télé (Les pays d'en haut, Blue Moon, Karl et Max). 

«Je souhaite que le public sache que je peux m'en aller dans plusieurs directions», résume Fabien Cloutier, qui fuit la tiédeur artistique en sortant son public de son confort, quitte à froisser quelques susceptibilités. «Que ce soit en humour, au théâtre ou ailleurs, j'essaie de faire un art dans lequel les gens auront à un moment un petit questionnement sur eux, avance-t-il. Je n'ai pas la prétention de changer la vie de quiconque, mais j'espère déposer un petit quelque chose, faire naître une petite étincelle qui va engendrer une réflexion.»

Alors que s'achève une année où l'actualité a été fertile en débats et en controverses, Fabien Cloutier nous offre sa lecture de quelques événements qui ont fait jaser en 2015.

2015 sans filtre

Fabien Cloutier... (Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche) - image 3.0

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Fabien Cloutier

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L'inauguration du Centre Vidéotron

«J'ai été à Québec la moitié de l'année, j'y ai encore ma maison. Techniquement, je paye encore des taxes à la Ville de Québec. J'espère que ça va être une bonne chose. Au prix que ç'a coûté, il faut le célébrer. Il est là, aussi bien l'utiliser de la meilleure manière possible et que ce soit positif. Oui, on parle d'enveloppe culturelle et du fait que les gens qui vont voir des spectacles là n'iront peut-être pas en voir ailleurs. Mais ça ne me fait pas peur. Pour moi, le pire compétiteur de tout artiste, ce sont les spectacles plates. Quand quelqu'un dépense 40 ou 50 $ pour un show d'humour qu'il n'aime pas, même si ce n'est pas le mien, ça me nuit. Si quelqu'un s'emmerde au théâtre, que ce soit à 12 ans, à 16 ans ou à 30 ans et qu'il ne redonne pas une chance au théâtre un jour, c'est ça, ma pire compétition.»

Le mariage de Julie Snyder et de Pierre Karl Péladeau

«Je n'ai aucune curiosité pour ces mondanités-là. Je ne comprends pas que quelqu'un s'installe sur le bord d'une rue à 8h ou 10h du matin pour regarder passer des vedettes qui vont à un mariage. Je trouve ça surprenant à tous les niveaux. Qu'est-ce qu'ils n'avaient pas à faire ce jour-là pour aller faire ça?»

Marcel Aubut accusé de harcèlement sexuel

«Le pire, c'est la grossièreté de tout ça. C'est cette culture de la grossièreté. Certains disent que ce sont des blagues de mononcles. Je refuse que le mot "mononcle" soit associé à cette vulgarité-là. Ce qui est encore plus déplaisant, ce sont tous ces gens qui tendent à dire que ce n'est pas si pire. Ou que c'est parce qu'il aime les femmes, dans le fond. Fuck you! Quand t'aimes les femmes, tu ne t'arranges pas pour qu'elles soient mal ou qu'elles aient envie de regarder par terre; elles n'ont pas envie de t'éviter, si tu les aimes. Et ce n'est pas vrai que c'est une question de générations. Mon père n'est pas de même. Ni mes oncles. Cette culture-là de toucher, de prendre ce qui ne t'appartient pas, de te mettre les mains ou la face où tu n'as pas d'affaire, ça m'écoeure. Et ça m'écoeure que des gens aient tendance à le minimiser. Rien ne doit être excusé. Si tu agis en trou de cul, tu agis en trou de cul. Point.»

La grève dans les écoles

«Cette année, au Bataclan et à Bamako, il y a des gens qui ont été pris en otage. Pour vrai. Qui ont eu un gun sur la tempe, qui ont été poussés dans un coin. Alors si tu me dis que tu es pris en otage par le système parce que tes enfants ne peuvent pas aller à l'école une journée, calme-toi les nerfs un peu. La grève, c'est un des seuls moyens de pression qui restent. Oui, ça amène un dérangement, mais je ne me sens pas pris en otage par ça. J'aime mieux que les profs fassent la grève qu'ils boycottent les activités culturelles. Je comprends leurs revendications. J'ai enseigné au cégep, j'ai travaillé au parascolaire. Il y a beaucoup de travail là. Les enfants, c'est la base de notre société. C'est à eux qu'on devrait le plus donner. Là, ils sont dans des classes de 26, puis de 28. L'année d'après, c'est 30. C'est une escalade et il faut qu'elle arrête. Surtout pendant que l'escalade des primes ou de la rémunération des médecins n'arrête pas, elle...»

L'élection de Justin Trudeau

«Je ne peux que me réjouir d'une nouvelle ère. Avant de célébrer l'ère Trudeau, je vais lui laisser le temps de faire ses preuves. Mais oui, je me réjouis de la défaite des conservateurs. Et j'ai l'impression que ça peut changer pour le mieux. Est-ce qu'il y a là un calcul politique? Est-ce que des gens ont compris que c'est en allant vers ce type de politique qu'ils prendraient le pouvoir? Sûrement. Mais ça s'en va au moins dans une direction qui est plus proche de la mienne.»

L'accueil de réfugiés syriens

«Je suis troublé par la peur que ça génère. Quand les premiers avions ont commencé à arriver et qu'on a vu ces familles-là, il y a du monde à qui j'avais envie de dire : "C'est ça qui vous faisait peur? C'est ce gars-là qui arrive avec sa femme et ses enfants?" Des gens qui cherchent une nouvelle vie, je ne comprends pas pourquoi ça devrait nous faire aussi peur que ça. 

Et j'ai de la misère avec ceux qui disent qu'on devrait aider nos pauvres plutôt que ces gens-là. Quand il y a un téléthon, tu regardes les chanteurs, mais tu ne donnes pas. Si on parle d'aide sociale, tu parles des criss de B.S. Si on parle des autochtones, tu trouves que c'est juste du monde qui ne paye pas de taxes ni d'impôts. Tu dis qu'on devrait aider plus nos pauvres, mais quand on en parle vraiment, ça ne te tente pas plus de les aider. 

Je suis de ceux qui n'ont pas peur. Si j'avais le choix de qui serait mon prochain voisin, entre la famille syrienne et le chialeux qui dit que ça va coûter cher, que c'est dangereux, et qui propage des faussetés sur Internet, je vais prendre la famille syrienne...»

L'affaire Joël Legendre

«Je ne comprends pas pourquoi on dépense autant d'encre sur cette affaire-là. Qu'il l'ait fait ou non, je m'en fous. Je ne comprends pas comment c'est devenu d'intérêt public. Et il y a eu une espère d'enflure autour de ça. Les gens étaient choqués qu'il ait fait ça dans un parc. Mais il faudrait peut-être rappeler qu'un parc, des fois, c'est deux kilomètres de forêt. Ou c'est un bon gros bosquet. Il n'était peut-être pas à côté de la balançoire et du module de jeux! Mais là, j'ai l'impression d'être en train de le défendre. Je ne veux pas le défendre, je m'en câlisse

Mike Ward et Jérémy Gabriel

«J'aime les propositions complètement assumées, voire radicales. Mike, c'est radical, son humour. S'il y a quelqu'un qui est honnête avec le fond de sa pensée, c'est lui. Il ne conte pas de menteries. Après, on peut être en accord ou en désaccord avec les choix qu'il fait. Ça devient un autre niveau de discussion, on n'est plus dans le "c'est drôle ou ce n'est pas drôle". On parle beaucoup de légalité, mais je pense qu'on devrait plus parler de moralité. Là, on pourrait se questionner pour vrai. Pas juste pour juger ce qui est immoral. Je suis sûr que la discussion pourrait aller plus loin et que tout à coup on donnerait à du monde l'occasion de s'expliquer pour vrai, plutôt que de se défendre. Dans ce cas-là, je pense que beaucoup de gens sont arrivés et ont dit : "La limite est ici." Tout le monde avait la vérité selon ses valeurs ou selon un point de vue juridique. Tout le monde voulait tracer une ligne. J'ai tendance à avoir envie de refuser que la société trace ce genre de ligne.»

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