À 91 ans, le chef d'orchestre Georges Prêtre reste au pupitre

Le chef d'orchestre français Georges Prêtre... (AFP, Rémy Gabalda)

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Le chef d'orchestre français Georges Prêtre

AFP, Rémy Gabalda

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Béatrice Khadige
Agence France-Presse
Castres

A 91 ans, le chef d'orchestre français Georges Prêtre n'a «pas pris sa retraite». Internationalement acclamé, ce virtuose qui a passé un demi-siècle à la tête de l'Orchestre Symphonique de Vienne manie toujours la baguette.

«70 ans de carrière d'interprète et toujours en activité», dit-il fièrement à des journalistes de l'AFP qu'il reçoit dans son petit château de Vaudricourt, dans le sud-ouest de la France.

«J'ai fait tout le répertoire classique», dit-il, regrettant de ne pas avoir dirigé suffisamment d'opéras.

Né en 1924 dans le nord de la France d'un père bottier, Georges Prêtre s'est tourné vers la musique à la suite d'un «déclic» : à sept ans et demi, il entend une ouverture symphonique. «Ça m'a fait un choc. J'ai su que je voulais être musicien», dit-il.

«Mais j'aime toutes les musiques», corrige cet homme infatigable qui a d'abord appris le piano puis choisi la trompette comme instrument complémentaire.

Se frotter au jazz

Il entre à 15 ans au Conservatoire de Paris, ce qui lui permet après guerre de se frotter au jazz joué dans la capitale par les Américains.

À 19 ans, l'étudiant va à l'Opéra. «J'ai un autre déclic. Pourquoi ne fait-il pas ceci, pourquoi pas cela ?» se demande-t-il alors à propos de la direction du chef d'orchestre. Il choisit cette voie.

Georges Prêtre rencontre le grand chef André Cluytens, un Français d'origine belge, et va jusqu'à lui demander «un conseil» sur l'étoffe du métier.

Il est convoqué en audition le lendemain et choisit Debussy. «Je n'avais pas besoin de partition, je connaissais par coeur». Au bout de dix mesures, Cluytens lui demande : «Pourquoi vous permettez-vous ces fantaisies, tous ces laisser-aller ?» Prêtre répond : «Parce que je sens, Maître». «Bravo», commente alors Cluytens.

«Le Viennois»

Outre Cluytens, Georges Prêtre a pour «guide» Olivier Messiaen dont il chérit la musique et interprétera les oeuvres.

«La direction d'orchestre ne s'apprend pas», affirme-t-il.

Ce passionné passe des concours et se fait embaucher à Marseille, dans le sud, par son futur beau-père Jean Marny.

Le directeur de l'opéra de Marseille, ténor, lui permet d'apprendre toutes les grandes oeuvres «qu'on ne joue plus», précise Georges Prêtre.

Des années plus tard, après avoir épousé la fille de Marny, Gina, soprano - «encore un déclic» - il se souvient d'avoir déclaré à son beau-père : «Si vous aviez prévu ça (au sujet de Gina), vous ne m'auriez jamais engagé. Il m'a dit : "Couillon!", je ne l'oublierai jamais», ajoute le nonagénaire au langage direct.

Après, Lille, Toulouse et Paris, c'est à l'étranger qu'il mène l'essentiel de sa carrière, dont 50 ans à la tête de l'Orchestre Symphonique de Vienne, qui le considère comme «Viennois».

Georges Prêtre a dirigé des dizaines d'orchestres comme invité et retrouvera Vienne et la Scala de Milan en début d'année.

«C'est bizarre, le destin. Je crois au destin», dit cet homme exigeant, qui admet avoir un «fichu caractère».

«Jamais diplomate»

Un temps, il s'est disputé avec le «maestro» Herbert Von Karajan. «Un grand musicien, un homme d'affaires. Je me suis fâché avec lui et c'est de ma faute parce que je n'ai jamais été diplomate», avoue Georges Prêtre.

Parmi ceux qu'il a admirés figure Maria Callas, qui le considérait comme son chef préféré, dit-il. Il a un portrait grandeur nature de la cantatrice grecque, debout, en carton, près de son piano, sur lequel il se met soudain à jouer.

«J'ai été gâté», raconte ce chef, énumérant nombre de compositeurs et interprètes avec lesquels il a travaillé.

Mais dans sa vie personnelle, Georges Prêtre a vécu une «grande cassure». «Notre fils Jean-Reynald est parti», dit-il en parlant du décès survenu il y a quelques années. «C'était mon manager, toujours avec moi, trop avec moi»

«J'ai réussi grâce à ma femme», toujours à ses côtés, poursuit-il, ému.

Le virtuose est aussi le père d'Isabelle, auteure de sa biographie, et grand-père d'un jeune homme devenu son manager.

Aujourd'hui, Georges Prêtre pense qu'il reste «peu de vrais musiciens» : certes «des techniciens merveilleux, mais ce n'est pas Rubinstein. Ce qui manque souvent, c'est la poésie de la musique», dit-il.

«Il faut avoir une vision de la partition, en pensant que vous n'êtes qu'un interprète», juge-t-il. «Vous devez servir l'oeuvre, pas vous servir».

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