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Bernard Labadie: «Je suis très, très chanceux d'être là»

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Bernard Labadie vient d'obtenir le feu vert de ses médecins pour reprendre graduellement la direction d'orchestre.

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(Québec) Retrouver Bernard Labadie, chez lui cette semaine, avait quelque chose de tout à fait exceptionnel. On éprouvait comme le sentiment d'être en présence d'un miraculé. «Il y a des gens qui utilisent ce mot-là dans mon entourage, reconnaît-il. Je reviens de très loin et je suis très chanceux d'être là.»

Il y a 18 mois, le cancer a contraint le chef d'orchestre à cesser toute activité. Son combat contre la maladie a été long et difficile. À plus d'une reprise, il a failli y laisser la vie. Sa santé s'est détériorée au point où on a dû le plonger dans un coma artificiel pendant un mois. Au réveil, une longue et pénible réadaptation l'attendait. 

«Je suis parfaitement conscient que j'aurais pu y rester, dit-il. J'ai un petit peu l'impression qu'on m'a donné une vie gratuite, que je vis sur un cadeau en ce moment, et que tout ce qui s'en vient, tout ce qui suit, je le vois comme un cadeau, comme quelque chose qui, à plusieurs moments, semblait carrément improbable. On ne voit plus la vie de la même façon après ça. On n'a plus la même vision.»

Le cancer qui a frappé Bernard Labadie, un lymphome particulièrement agressif, était accompagné d'un syndrome hémophagocytaire, «un syndrome étrange qui fait que les cellules malades se retournent contre toi, attaquent ton sang et bouffent tout, les globules blancs, les globules rouges, les neutrophiles, les plaquettes... En quelques semaines, ton sang se vide complètement.»

C'est en avril 2014, alors qu'il se trouve à Chicago, que les premiers symptômes apparaissent. À Freiburg, en Allemagne, quelques jours plus tard, l'état du musicien se détériore très rapidement. Heureusement, la ville dispose d'une clinique médicale de très haut niveau. «J'ai été pris en mains rapidement. Le syndrome très rare que j'avais, ils le connaissaient bien. Ils ont mis le doigt dessus rapidement. La suite s'est passée relativement bien pour lutter contre le syndrome et me redonner assez d'immunité pour que je puisse rentrer au Québec.»

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«Je suis parfaitement conscient que j'aurais pu y rester, dit Bernard Labadie. J'ai un petit peu l'impression qu'on m'a donné une vie gratuite, que je vis sur un cadeau en ce moment, et que tout ce qui s'en vient, tout ce qui suit, je le vois comme un cadeau, comme quelque chose qui, à plusieurs moments, semblait carrément improbable.» 

Le Soleil, Erick Labbé

On avait alors déjà établi des contacts avec le Dr Jean-François Larouche, de l'Hôpital de l'Enfant-Jésus. Son équipe et lui allaient le sortir de ce très mauvais pas. Pour y arriver, il a fallu préparer le patient à ce qu'on appelle une autogreffe de cellules souches. Le traitement consiste à «tuer» les lymphocytes T, puis à réinjecter les cellules souches récoltées auparavant. Avec la chimiothérapie et des doses massives de cortisone, on maintient le lymphome dans une sorte de sommeil. «Le problème, c'est que ça n'a pas fonctionné. Le lymphome s'est réveillé et a bouffé toutes les cellules souches.»

Les médecins ont opté pour une autre stratégie, beaucoup plus risquée celle-là, l'allogreffe. «Dans mon cas, j'ai été très chanceux que ma soeur Lorraine soit donneuse compatible à 100 %. Ils l'ont préparée pour la récolte de ses cellules souches à elle. Pendant ce temps, ils m'ont fait subir une autre chimio beaucoup plus violente, parce qu'il fallait empêcher le lymphome d'avancer.»

Toutes les complications imaginables

L'allogreffe a eu lieu en octobre 2014 et ce fut une dure épreuve pour le patient et ses proches. «Une semaine après la greffe, tu te retrouves dans une situation où tu n'as plus aucun système immunitaire. Ça peut prendre jusqu'à un mois avant que le système se reconstruise à partir des cellules souches du donneur. Pendant ce temps-là, tu es à la merci de n'importe quelle bactérie. En plus, c'est à ce moment-là que les effets secondaires de la chimiothérapie et de la radiothérapie frappent. C'est ce qu'on appelle en anglais "the perfect storm". J'ai fait toutes les complications possibles et imaginables.»

Une semaine après la transplantation, Bernard Labadie éprouve de plus en plus de difficulté à avaler, puis à respirer. Il a fallu le brancher sur un respirateur, et en conséquence le plonger dans un coma artificiel. «Et là, à peu près tout lâchait. J'ai fait deux pneumonies, mes reins ont failli lâcher, j'ai fait beaucoup de rétention d'eau. Évidemment, je n'avais aucune conscience de tout ça. C'était nettement préférable. Mais pour ma famille, les nouvelles étaient très mauvaises.»

Contre toute attente, au bout de trois ou quatre semaines, le nouveau système immunitaire a commencé à apparaître et sa situation, à s'améliorer. À la fin de novembre, on a pu enfin le tirer du coma. Le processus s'est étalé sur quelques jours. Puis ce fut le début d'une longue réadaptation. «Quand tu te réveilles du coma, la très mauvaise surprise, c'est que tu perds beaucoup de ta masse musculaire. J'avais de la difficulté à tenir un verre d'eau à deux mains. Je n'étais pas capable de me tourner dans mon lit.»

Il a reçu son congé de l'hôpital le 17 avril. Lorraine s'est installée chez lui pendant quelque temps pour l'aider à faire la transition. «Je dois beaucoup à ma soeur, note Bernard Labadie. Toutes les cellules de mon sang ont été reconstituées à partir des siennes. J'ai même changé de groupe sanguin. J'ai celui de ma soeur maintenant. C'est fou ce que la médecine moderne réussit à faire!» 

Le chef d'orchestre tient à témoigner de la grande qualité des soins qui lui ont été prodigués. «Il faut que je le dise, j'ai été extrêmement chanceux de tomber sur des équipes médicales assez fantastiques, d'abord en Allemagne et ensuite ici, au Québec. Des gens de très, très haut calibre et remplis de compassion. On entend toutes sortes d'histoires sur le système médical au Québec. Moi, je peux dire que s'il y a des problèmes, ce n'est pas à cause de ceux qui y travaillent, parce que j'ai été traité de façon exceptionnelle. Quand tu es hospitalisé pendant six mois, ces gens deviennent ta famille. Surtout quand tu es dans un état de telle faiblesse, tu es complètement dépendant. Je leur serai éternellement reconnaissant.»

Retour à la direction

Avec l'accord de ses médecins, Bernard Labadie a pu revenir graduellement à la direction d'orchestre, fin novembre. Dans son cas, graduellement voulait dire préparer une série de neuf représentations du Messie de Handel à St. Louis et à Chicago, rien de moins. Pour lui, il s'agissait d'un premier test et il estime l'avoir passé avec succès. «J'ai décidé de prendre le risque et j'en suis très content. Avec le Messie, qui est une oeuvre que je connais très bien, c'était plus facile. Ça faisait aussi partie du plan de retourner au travail avec ces deux orchestres que j'ai dirigés souvent, que je connais très bien et qui m'apprécient beaucoup. Ils ont été extraordinaires.»

«Je dois presque réapprendre mon métier, reconnaît-il toutefois. Je n'ai pas du tout la même énergie physique. Je ne suis pas capable de diriger debout, mes jambes sont trop faibles.»

On comprend également que le chef désirait s'assurer que tout allait bien avant de retrouver le public de Québec en compagnie des Violons du Roy et de la Chapelle de Québec. Car il se doute que ce moment sera chargé d'émotion. «Je voulais tester la machine avant de passer à cette étape-là, voir si j'étais capable de diriger des concerts et de tenir un horaire aussi lourd. Là, j'ai ma réponse. Je sais que, physiquement, je suis capable. J'aurai une petite pression de moins. Il ne restera qu'à gérer le côté émotif de l'affaire.»

«Il y a aussi eu une vague de... (Le Soleil, Erick Labbé) - image 3.0

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«Il y a aussi eu une vague de sympathie du public à mon endroit qui m'a beaucoup touché et beaucoup soutenu. Je n'avais pas la force ou l'énergie pour répondre, mais j'ai lu tous les messages. Je n'en ai pas manqué un seul. Ils m'ont soutenu beaucoup dans l'épreuve.»

Le Soleil, Erick Labbé

Ce retour attendu s'effectuera les 10 et 11 février au Palais Montcalm. Poussé par un sentiment d'urgence, Bernard Labadie a inscrit au programme des pages qui pour lui sont chargées de sens, la Messe en do mineur et le Requiem de Mozart. Un mois plus tard, il s'attaquera à la Passion selon saint Matthieu de Bach, son «Everest» musical. «Ce sont de grandes oeuvres qui me tiennent très, très à coeur, explique-t-il. C'est comme une façon de dire : "On ne sait pas combien de temps la vie dure, on n'attend pas pour faire les grandes choses dont on a envie."»

Plus tard au printemps, le chef se retrouvera en tête à tête avec le noyau dur des Violons du Roy pour célébrer ce qu'il appelle son «retour à la vie». «Ces gens-là signifient énormément pour moi. Parmi les choses qui m'ont soutenu, il y avait l'idée que j'allais pouvoir recommencer à travailler avec mes musiciens. Dans les périodes où je n'allais pas bien, je me le rappelais.» Le programme sera constitué de ses propres transcriptions d'oeuvres de J.S. Bach, dont quelques-unes toutes nouvelles. C'est un projet qu'il caressait depuis longtemps et qui a beaucoup mûri au cours de sa maladie.

D'ailleurs, s'il ne pense pas qu'il soit nécessaire d'être aussi malade pour devenir plus fort ou plus sage, Bernard Labadie croit qu'il y a tout de même quelque chose à aller chercher dans les épreuves que la vie nous amène. «Ma relation avec ma famille n'est plus la même. J'ai toujours été proche d'eux, et j'ai toujours su que j'avais une famille exceptionnelle, mais là, j'en ai eu la démonstration par 10, à plusieurs reprises et pendant une longue période de temps.»

«Ensuite, il y a le soutien que j'ai eu de mes amis et de tout le milieu musical. Le nombre de emails, de cartes, de lettres, ça se compte par plusieurs centaines. Il y a aussi eu une vague de sympathie du public à mon endroit qui m'a beaucoup touché et beaucoup soutenu. Je n'avais pas la force ou l'énergie pour répondre, mais j'ai lu tous les messages. Je n'en ai pas manqué un seul. Ils m'ont soutenu beaucoup dans l'épreuve.»

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