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Pleins feux sur Jaco Pastorius

Jaco Pastorius au Festival international de jazz de... (Archives Le Soleil)

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Jaco Pastorius au Festival international de jazz de Montréal, en 1982. À droite: le boîtier du documentaire Jaco qui vient de paraître sous forme de DVD et de Blu-ray.

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(Québec) «Je suis John Francis Pastorius III et je suis le meilleur bassiste au monde.» L'estime de soi de Jaco Pastorius n'avait d'égal que son talent : il a révolutionné l'art de jouer et de faire sonner la basse. Disparu prématurément en 1987, voilà qu'il revient sous les projecteurs par l'intermédiaire du documentaire Jaco, produit par Robert Trujillo, de Metallica.

Trujillo a bossé sur ce film dédié à son héros musical pendant près de six ans, y investissant près d'un million de dollars. Le documentaire, fraîchement paru sous forme de DVD et de Blu-ray, est particulièrement réalisé. Il s'appuie sur une somme impressionnante de témoignages (des dizaines, dont Flea, Wayne Shorter, Joni Mitchell et Sting) et d'images d'archives pour retracer la trajectoire de Pastorius, de ses débuts modestes à ses années de gloire au sein du groupe Weather Report, sans omettre ses réalisations en solo. Loin de se limiter à l'univers du jazz, Pastorius s'est plu à transcender les genres, faisant vibrer la basse, dont il avait retiré les frets, dans les sphères de la world, du rock ou de la folk. 

Son étoile s'est cependant mise à pâlir durant la décennie 80. Pastorius était bipolaire et sa maladie, accentuée par les abus de drogue et d'alcool, est venue bousiller sa carrière autant que sa vie personnelle, au point où ce musicien naguère acclamé dans les arénas et les festivals était devenu sans-abri. Battu à mort à la porte d'un club, il s'est éteint en 1987, à l'âge de 35 ans.

Robert Trujillo a accordé une entrevue exclusive au Soleil pour parler de Pastorius et de son expérience dans le milieu du documentaire.

Q Comment Jaco Pastorius a changé votre vie sur le plan musical? Étiez-vous bassiste la première fois que vous l'avez entendu?

R J'ai vu Jaco jouer pour la première fois en 1979 alors qu'il était dans Weather Report. J'étais un jeune adolescent et j'étais fasciné par sa polyvalence... J'ai commencé à jouer de la basse peu après, environ autour de 1980, mais c'est à la fin des années 70 que j'ai compris que la basse et la batterie étaient les instruments que j'adorais. [...] Quand j'ai vu Jaco, ç'a tout changé, parce que non seulement c'était unique sur le plan sonore et de la manière dont il en jouait, mais quand il faisait ses solos de basse, c'était incroyable. Je n'avais jamais rien vu de tel : avec de la distorsion, il citait Jimi Hendrix. Il enregistrait aussi des boucles sonores et jouait par-dessus. À ce moment, j'ai réalisé que je voulais jouer de la basse et j'ai aussi réalisé qu'il n'y avait aucune règle par rapport à ce que l'on pouvait faire à titre de musicien et de compositeur : c'est OK d'amener le jazz dans le punk rock, le heavy metal ou d'incorporer des éléments classiques. 

Q Johnny Pastorius, l'un des quatre enfants de Jaco, est impliqué dans le documentaire. Comment l'avez-vous rencontré?

R L'histoire remonte à 1996, on s'est rencontrés à Fort Lauderdale, tandis que j'étais en tournée en Floride avec Ozzy Osborne. C'est grâce à un ami interposé, qui était surfeur et barman. Un soir, Johnny a commandé un verre, il a payé avec sa carte de crédit et mon ami a vu ce nom, Pastorius, et a dit : «Oh, j'ai un ami qui parle souvent d'un Pastorius, il est bassiste...» Et Johnny a répliqué : «Mais oui, c'est mon père, Jaco!» [...] Quand je l'ai rencontré, je lui ai dit : «Il faudra que tu fasses un jour un film sur ton père, pour démontrer sa pertinence au monde entier, car il a tellement de fans et ce sont tous des gens d'horizons très différents.»

Q Et finalement, c'est vous qui avez piloté le projet... 

R J'ai réalisé que pour que ça se concrétise, je devrais investir de l'argent. J'ai appris à la dure, parce que ç'a été très coûteux, mais je suis très heureux du résultat.

Jaco Pastorius, juin 1981 ... (Archives Le Soleil) - image 2.0

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Jaco Pastorius, juin 1981 

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Q Vous avez travaillé au scénario avec votre réalisateur, Paul Marchand. Quelle était votre idée au départ?

R On a essayé de mettre ça sur papier et on a procédé par essais et erreurs. On avait tellement de segments intéressants qui n'ont pas été retenus dans le film... Il fallait décider ce qui était le mieux pour le film. Les années de montage, à essayer différentes moutures, à laisser la famille regarder et nous faire ses commentaires, c'était important pour trouver l'équi-libre, pour que le film ne soit pas trop sombre, mais pas trop léger non plus. Jaco a vécu des moments tragiques. Il fallait souligner ces moments, mais on ne voulait pas le diminuer non plus. 

Q Il semble que le moment est parfait pour quiconque veut découvrir ou redécouvrir l'apport de Pastorius : il y a un coffret de Weather Report en spectacle qui vient de paraître, ainsi que la bande sonore de votre film...

R Je crois que les choses arrivent pour une raison. Ce film aurait pu paraître cinq fois au cours des dernières années : chaque fois qu'on croyait l'avoir terminé, on mettait la main sur un nouveau trésor. Dans les dernières années, d'avoir Joni Mitchell pour le film a été quelque chose de super important, mais il y a cinq ans, on ne pouvait même pas la joindre. On a reçu des bandes sonores d'entrevues de Conrad Silver, journaliste de Downbeat Magazine, et c'était primordial, car c'est Jaco qui raconte sa vie, avec ses propres mots. On a aussi reçu les images du Havana Jam, par Sony, des photos, tous ces trésors qu'on n'avait pas il y a cinq ans. Jerry Jemmott est arrivé dans le portrait il y a deux ans et demi ou trois... Je l'ai rencontré par hasard, et on est devenus de bons amis. Joni Mitchell aussi, je l'ai rencontrée à une fête, par pur hasard. Parfois, je crois que Jaco a organisé tout ça!

Robert Trujillo à propos du film Jaco

Un concert au Québec?

Robert Trujillo s'est réuni à quelques reprises avec ses collègues et amis sur les planches pour célébrer la musique de Jaco Pastorius. Pourrait-il partir en tournée ou offrir quelques concerts en 2016? 

Il admet que ça fait partie de ses souhaits et qu'il a même été approché par le Festival de jazz de la métropole : «J'espère qu'on pourrait monter un show, parce que j'ai assurément eu des demandes de Montréal, pour le faire. [...] Le plus gros défi est l'horaire. On a fait quelques concerts qui tournaient autour de Jaco et c'était très spécial. Il y a deux mois, on a joué avec le Vince Mendoza big band et c'était un rêve qui se réalisait, parce qu'on avait Wayne Shorter, Herbie Hancock, Alex Acuña, Peter Erskine, Felix Pastorius... On a aussi donné des shows funk rock et r'n'b...»

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