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L'éternel combat de Roger Waters

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Quand Roger Waters a voulu porter The Wall sur la route, en compagnie de Pink Floyd, il a été confronté aux limites de la technologie de 1980. Mais en 2010, partir en tournée avec un concert encore plus ambitieux au plan technique était pensable.

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(Québec) Depuis qu'il a lancé The Wall, en 1979, Roger Waters n'a eu de cesse de voir et de revoir son oeuvre maîtresse. Après avoir sillonné la planète avec la nouvelle mouture de son spectacle à grand déploiement, voilà qu'il lance un film qui lui est consacré, sous forme de DVD et de Blu-ray. Le Soleil s'est entretenu avec l'ex-Pink Floyd.

La tournée The Wall est maintenant immortalisée sur... (Photothèque Le Soleil, Erick Labbé) - image 2.0

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La tournée The Wall est maintenant immortalisée sur DVD et Blu-ray.

Photothèque Le Soleil, Erick Labbé

L'indémodable «The Wall»

«Tear down the wall! Tear down the wall!» Entre 2010 et 2013, ils ont été des millions à réclamer la chute du mur que Roger Waters érigeait sur scène, entre la foule et ses musiciens. Aujourd'hui, l'ex-Pink Floyd les invite à revivre cette imposante tournée de The Wall, dont il a tiré une version cinématographique.

Tout a commencé par un concert à Montréal, dans l'enceinte du Stade olympique. Le soir du 6 juillet 1977, Pink Floyd transitait  par la métropole avec les pièces de l'album Animals. Or un fan turbulent ne cessait de distraire Roger Waters. Le chanteur et bassiste, irrité, a fini par lui cracher au visage. 

Quand on lui rappelle comment il était furieux, Waters acquiesce d'un petit rire. Il est heureux que cet épisode l'ait mené à imaginer The Wall et donc à tirer du positif de cet événement a priori négatif.

«Je suis arrivé à un point où je ne veux plus bâtir de mur entre le public et moi-même, parce que j'ai développé une relation avec mon public où je l'aime et il m'aime en retour, c'est une sorte de love fest. Donc on peut utiliser The Wall, plutôt qu'une barrière entre moi et mon public, comme une métaphore pour expliquer comment nous sommes contrôlés par nos gouvernements pour nous empêcher d'avoir des relations correctes avec les autres humains qui habitent le reste du globe, auxquels nous devrions déclarer notre empathie, plutôt que notre antipathie.»

En avance sur son temps

Des marionnettes géantes, des projections à couper le souffle, faites d'animations originales, des costumes, de la pyrotechnie et, surtout, un mur qui s'érige entre des musiciens et le public pour en venir à s'écrouler... Quand Roger Waters a voulu apporter The Wall sur la route, en compagnie de Pink Floyd, ce qu'il avait imaginé a été confronté aux limites de la technologie de 1980. La structure était si lourde et complexe qu'il était impossible de voyager de manière efficace. Résultat : une maigre série de 31 spectacles et un désastre financier. 

Or en 2010, partir en tournée avec les fameuses chansons dans un concert encore plus ambitieux au plan technique - 15 millions $ d'investissement avant même qu'une seule représentation ne soit donnée - était pensable. 

Waters a donc mis les voiles avec une équipe de 180 personnes, dont 12 musiciens. Et il a pu constater que The Wall était toujours aussi populaire. Les 229 représentations, fort courues, ont généré 458,6 millions $US, ce qui en a fait la tournée la plus payante en recettes brutes jamais réalisée par un artiste solo.

En ramenant son oeuvre sous les projecteurs, Waters a tenu à l'aborder sous un angle différent. Il s'est quelque peu éloigné de l'histoire initiale, qui s'attardait à la destinée de Pink, une vedette rock dont le parcours était plus ou moins inspiré du sien. 

«Mon intention était vraiment d'élargir l'histoire de cette rock star perturbée [...] pour la tourner davantage sur une condition générale : la perte d'êtres chers, explique-t-il. Dans mon cas, il s'agissait de mon père et de mon grand-père [morts à la guerre] et je voulais inclure d'autres gens dans le monde, qui ont perdu des proches afin de faire de tout ça une histoire qui demande des réponses aux questions : "Pourquoi tuons-nous des gens? Dans quel but? Et est-ce vraiment la meilleure façon d'organiser cette petite planète dans le peu de temps qui nous reste dans le cosmos, ou y a-t-il d'autres alternatives?"»

Un troisième film

The Wall a eu droit à un premier film, en 1982, réalisé par Alan Parker et mettant en vedette Bob Geldof. Puis, lorsque Waters a décidé de donner un concert à Berlin, question de fêter la chute du mur, en 1990, un autre document visuel a vu le jour, consacré essentiellement à cette performance réunissant une foule de vedettes du rock, dont Joni Mitchell et Bryan Adams.

Roger Waters : The Wall, qui sera lancé sur Blu-ray et DVD le 1er décembre et dont la bande sonore est accessible depuis vendredi, sera donc le troisième long métrage consacré à l'opéra rock. Dans un premier temps, Waters et son coréalisateur, Sean Evans, se sont affairés à transposer à l'écran la majesté de ce concert. Mais ils ont également voulu aller plus loin. Aussi, çà et là, la performance s'interrompt pour faire place à un road movie. On y suit Waters qui, à bord d'une vieille Bentley, quitte l'Angleterre à destination de la France puis de l'Italie, pour aller se recueillir sur la tombe de son grand-père, en compagnie de ses enfants, ainsi qu'au mémorial de son paternel et à la plage où il aurait perdu la vie.

Au nombre des scènes touchantes, on retient celle où Waters pose des yeux émus sur une lettre destinée à sa mère, relatant comment son mari - le père de Waters, Eric - est mort au combat. Pour tourner cette séquence, le musicien n'a pas tenté de se faire acteur. 

«J'ai hérité de cette lettre à la mort de ma mère, il y a quelques années, raconte-t-il. C'était dérangeant et très émouvant la première fois que j'ai lu ça. Je l'ai mise de côté, mais je savais que je voulais l'utiliser dans ce film, alors je l'ai sortie de l'endroit où je la gardais, dans ma maison en Angleterre, et quand on est allés en France, je l'ai donnée à Sean Evans. Je lui ai dit : «Je vais lire cette lettre devant la caméra, ici, en France. Sois certain qu'il y a suffisamment de bobine dans la caméra et qu'il y aura suffisamment de lumière, parce que je ne ferai pas ça deux fois. Tu dois immortaliser le moment. C'était seulement la deuxième fois de ma vie que je posais le regard sur cette lettre.»

Du nouveau matériel et... The Wall

Le premier film consacré au mur s'intitulait Pink Floyd: The Wall. Le nouveau a été baptisé Roger Waters: The Wall. Le glissement nominal n'est sans doute pas un hasard. L'auteur-compositeur-interprète a eu beau lancer sa carrière solo en 1984 et partir sur la route l'année suivante, ce n'est qu'au tournant des années 2000 qu'il a réellement réussi à s'imposer et qu'un plus vaste public a fait le lien entre son nom et celui de Pink Floyd.

Le fait que son ancien groupe avait décidé de continuer à tourner sans lui ne l'avait pas aidé. À bien des égards, la formation qu'il avait cofondée avec Syd Barrett, Rick Wright et Nick Mason lui avait fait de l'ombre, si bien que devant l'accueil mitigé de son troisième album, Amused to Death (1992), qui n'a eu droit qu'à un succès d'estime, il s'est éloigné des tournées et même de la création. Hormis son ambitieux opéra Ça ira, portant sur la Révolution française, et quelques simples parus ici et là, il n'est jamais retourné en studio pour enregistrer un plein album de nouveau matériel. Il semble, toutefois, que le temps est venu...

«L'année prochaine, assurément, c'est une promesse! lance le principal intéressé. Un nouvel album l'an prochain et probablement un nouveau spectacle en aréna, avec le nouveau matériel et quelques vieilles pièces disséminées à travers ça aussi. Vous savez, le public aime bien retourner dans le passé, et comme ce sont toutes mes chansons, vieilles et récentes, elles ont un lien. Je suis sûr que tout ça se complétera.»

Waters préfère garder le silence sur son prochain projet. Cependant, il a indiqué au Rolling Stone qu'il s'agira d'un album-concept et que les pièces s'articuleront autour de la question : «Pourquoi tuons-nous des enfants?»

Est-ce à dire que Waters en a terminé avec The Wall? Pourtant non. Comme Le Soleil l'a révélé plus tôt cette semaine, une version de l'oeuvre pour opéra est en préparation et sera présentée à l'occasion

du 375e anniversaire de Montréal, en 2017.

«L'Opéra de Montréal fera une version de The Wall avec le texte anglais et avec une nouvelle musique par un compositeur de chez vous, Julien Bilodeau, précise Waters. Je suis très fier qu'ils utilisent The Wall pour faire un opéra moderne. [... ] J'ai bien hâte de renouer avec les Québécois!»

Roger Waters: The Wall paraîtra en formats DVD et Blu-ray le 1er décembre. La bande sonore a été lancée vendredi.

«C'est cool, parce que [le spectacle de Québec]... (Photothèque Le Soleil, Erick Labbé) - image 3.0

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«C'est cool, parce que [le spectacle de Québec] était hallucinant et en plus on avait une tonne d'effets pyrotechnique supplémentaires qu'on n'avait mis nulle part ailleurs dans la tournée et qui ont été superbement filmés», indique Roger Waters.

Photothèque Le Soleil, Erick Labbé

Des souvenirs impérissables de Québec

«Ce spectacle restera à jamais gravé dans ma mémoire.» Lorsque Roger Waters évoque le concert de The Wall sur les plaines d'Abraham, le 21 juillet 2012, un sourire se dessine dans sa voix. «Le show était fantastique! En fait, toute la journée était fantastique, voir les gens arriver et tout ça...»

Si, au final, la bande sonore que Waters et son équipe ont retenue pour le nouvel enregistrement cinématographique de The Wall est celle du concert donné à Manchester, en Angleterre, plusieurs passages ont été tournés à Québec. Du nombre, le discours que Waters a servi en français, afin d'introduire sa récente composition, The Ballad of Jean-Charles de Menezes.

«On n'a pas fait [The Ballad of] Jean-Charles de Menezes avant les deux tiers de la tournée, parmi les 229 spectacles que nous avons donnés, précise-t-il. Il y avait un solo d'orgue, à cet endroit du concert, et un jour j'ai décidé que j'avais suffisamment entendu ce solo et qu'on devait mettre cette nouvelle chanson.»

Spectacle dédié à de Menezes

Le Brésilien, suspecté à tort d'être un terroriste, avait été abattu de huit balles à la tête dans le métro londonien, en 2005. Waters avait donc dédié le spectacle à de Menezes ainsi qu'à «toutes les victimes de terreur de l'État dans le monde». Le musicien précise que les fans qu'on entend réagir lorsqu'il prend la parole sont bel et bien ceux de Québec : «On n'aurait pas pu avoir ailleurs une foule qui hurlait de manière aussi folle!»

Le concert des plaines d'Abraham, ainsi que ses quelque 71 000 spectateurs se retrouvent à différents endroits dans le nouveau film de The Wall. Les effets pyrotechniques, plus imposants que n'importe où dans la tournée, ainsi que les vues aériennes figurent parmi ce qui a été retenu.

«On peut voir, dans le film, les séquences tournées en hélicoptère au début de In the Flesh?, qui vient de Québec, mais aussi le début de Run Like Hell, qui est une séquence hallucinante, ainsi que la transition entre la fin de Empty Spaces et le début de Young Lust, qui est une autre séquence tournée à distance. On a utilisé beaucoup de scènes tournées en hélicoptère à Québec.»

«The Wall», Québec 2012 - extraits

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