Les beaux lendemains des soeurs Boulay

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Montréal) Avant même la parution de leur premier album, Le poids des confettis, Les soeurs Boulay annonçaient l'atmosphère de leurs chansons en évoquant le mot portugais saudade, ce mélange difficilement traduisible de tristesse, de joie et de nostalgie. Ce n'est sans doute pas un hasard si l'on considère le fait que selon la petite histoire, Stéphanie et Mélanie ont décidé d'unir leurs voix en se réveillant dans les effluves encore frais d'un party...

Près de trois ans et plus de 55 000 disques vendus plus tard, les soeurs ont une nouvelle fois pris la plume après avoir traversé un autre lendemain de veille, plus métaphorique, celui-là. Dans la foulée du lancement de leur deuxième album, 4488 de l'Amour, ce sont des frangines enthousiastes, ricaneuses et en pleine forme qui sont venues à notre rencontre en début de semaine, tout près de leur port d'attache montréalais. Il en était autrement à la fin de leur dernière tournée, alors que le tourbillon qui avait happé la blonde et la brunette depuis leur entrée dans le show-business ne les avait pas laissées indemnes.  

«Avant qu'on prenne des vacances, j'étais vraiment à bout, confie Mélanie. J'étais brûlée, je me demandais si je voulais revenir. Je savais qu'on allait faire un autre disque, mais ça m'angoissait. Je me demandais ce qu'on aurait à donner... Et je savais qu'il faudrait que je me repose en tabarouette avant d'avoir envie de repartir en tournée. Je voyais ça venir et je me disais que je n'aurais jamais l'énergie de refaire ce qu'on avait fait.»

Les musiciennes décrivent l'éreintante vie de tournée, les heures interminables passées «dans le truck», l'enfilade de repas au resto qui minent la santé, le contraste entre les rencontres grisantes avec le public - «tu te fais dire pendant des heures que tu es belle et bonne» - et la solitude qui s'abat dans la chambre d'hôtel ou au retour à la maison, lorsque plus personne n'appelle parce qu'«anyway, tu ne peux jamais être là». Un isolement, semble-t-il, accentué lorsqu'on peine à trouver une oreille pour se confier de peur d'avoir l'air d'une ingrate qui n'apprécie pas sa chance... 

«J'ai senti que si je parlais de mon état de fatigue, les gens allaient me trouver chialeuse parce que c'était donc beau ce qu'on vivait, ajoute Mélanie. Et c'est vrai que c'était beau! Mais mon sentiment de fatigue était réel. Et il y avait juste avec ma soeur que je pouvais en parler parce que devant tous les autres, on était celles qui sont chanceuses de faire ce métier-là.»

Résultat : les Gaspésiennes ont pris une bonne grande respiration avant de reprendre le collier. Dans leurs valises à l'autre bout du monde, dans l'appart qu'elles partagent avec des amis, auprès d'une ostéopathe qui les a «rapprochées» ­d'elles-mêmes, Les soeurs Boulay ont recentré leurs priorités et cherché l'équilibre entre «la vraie vie» et «la job». Elles disent ne nourrir aucun regret et ne changeraient rien à leur parcours si elles avaient à recommencer. C'était une étape à franchir, elles sont maintenant ailleurs. Et elles promettent du même souffle qu'elles ne se laisseront plus «dévorer» par la musique. 

«De toute manière, quand tu ne vis rien, tu ne peux pas nourrir ce que tu fais, affirme Stéphanie. Notre job, c'est de parler de la vie. On ne peut pas parler de la vie quand on ne vit pas. Pour vrai, ça, je l'avais oublié. Je me souviens d'avoir dit en meeting : "Je m'en fous, je ne veux pas de chum, je ne veux pas d'enfants, je veux jouer le plus possible et tout donner à ma carrière." Ç'a duré le temps que ç'a duré... Mais c'est un métier magnifique. C'est le plus beau métier. C'est pour ça qu'il faut le faire avec respect.»

Apprivoiser la machine

Dans le café de l'avenue du Mont-Royal, les confidences plus graves sont interrompues par un grand éclat de rire. «T'inquiète pas, on n'est pas en dépression!» lance Mélanie Boulay. Au contraire, à quelques jours du lancement de l'album 4488 de l'Amour, arrivé dans les bacs hier, les soeurs qui ont fait leur marque avec leur folk délicat, leurs harmonies vocales et leurs textes sensibles semblaient plus zen que jamais... Ou plutôt plus «peace», pour reprendre leur expression. Et ce, malgré les insécurités qui persistent et l'inévitable pression qui vient avec le second album. 

«On commence à comprendre comment se placer pour ne pas trop avoir l'air du diable sur les photos!» rigole Stéphanie. «La différence, c'est que maintenant, on ne s'excuse plus d'exister, ajoute Mélanie. On se disait qu'on n'avait pas d'affaire dans ce milieu-là, qu'on n'était pas assez bonnes. Chaque fois qu'on avait du succès, on se sentait comme si on ne le méritait pas. Pourtant, on a tellement travaillé fort...»

D'un simple morceau mis en ligne sur les réseaux sociaux, Les soeurs Boulay ont fait un bon bout de chemin en peu de temps. Elles ciblent cinq jalons qui leur ont fait prendre conscience du fait qu'elles entraient dans la cour des grands : leur victoire au concours des Francouvertes en 2012, le lancement de leur premier album début 2013, les tapes dans le dos reçues au gala de l'ADISQ (où elles sont passées de découvertes de l'année en 2013 à groupe de l'année en 2014), leur invitation sur le plateau de l'émission La voix, puis celle qui les a menées sur la grande scène des FrancoFolies de Montréal l'été dernier. 

Depuis presque quatre ans, Stéphanie et Mélanie Boulay ont délaissé les petits boulots et peuvent compter sur la musique pour payer les factures. «Tu quittes ta job en te demandant si tu vas y revenir dans six mois, illustre la première. C'est quelque chose que j'avais déjà vécu quand j'ai fait de la tournée avec Kevin Parent. Pendant deux ans, je ne travaillais pas autrement que dans cette vie de tournée. Après, oups, je n'avais plus d'argent... Je me suis retrouvée à être caissière dans une épicerie et à servir Kevin Parent. Ce n'était vraiment pas le fun.» 

Avec le recul, la blonde se dit contente d'avoir appris la leçon. «J'avais 19 ans, je ne savais rien, je me croyais invincible, je pensais que j'étais partie pour la gloire. Après, tu sais que ce n'est jamais gagné à 100 %», analyse l'aînée des soeurs Boulay. «Il ne faut pas avoir trop d'ego, renchérit sa cadette, tout aussi terre à terre. Faire de la tournée, c'est cool, mais, en même temps, tu n'es pas le roi du monde non plus.»

Stéphanie et Mélanie Boulay ne s'en cachent pas,... (La Presse, David Boily) - image 2.0

Agrandir

Stéphanie et Mélanie Boulay ne s'en cachent pas, elles aiment pousser loin la confidence dans leurs chansons.

La Presse, David Boily

Des nomades et une maison

L'image de la maison traverse en filigrane le deuxième album des Soeurs Boulay. Celle qui nous a vu grandir et qu'on voudrait préserver inchangée ou celle plus symbolique qu'on bâtit en amour ou entre amis, qui fait qu'on se sent chez soi même loin de ses racines. 

Pour des auteures-compositrices qui ont passé les dernières années sur la route, la référence s'est imposée. Mais la quête vient de plus loin pour les soeurs, qui ont quitté leur Gaspésie natale à la fin de l'adolescence. «J'avais tellement besoin de ça, note Stéphanie Boulay. Je me sentais bien dans la région où j'ai grandi. Mais en même temps, il y avait cette envie d'aller ailleurs, cette soif de découvertes, de rencontrer des gens qui vivent la même chose que moi.»

En marchant dans leur quartier d'adoption, Mélanie et Stéphanie Boulay admettent qu'elles ne se définissent pas comme des Montréalaises. Elles ne restent jamais longtemps en place, quittent la ville pour aller prendre l'air dès qu'elles ont un moment. Mais c'est néanmoins le surnom donné à leur appartement - sis au coeur de la métropole et partagé avec deux amis «dans un esprit de commune» -, qui a été choisi comme titre à leur deuxième album.

«C'est un symbole pour dire que cette adresse n'est pas que physique. C'est une adresse de ressenti. La tournée, la route, ç'a fait qu'on a perdu nos repères. En anglais, ils ont le concept de home par rapport à house. Ça fait référence au foyer profond plus qu'au bâtiment. C'est à cette recherche que nous ramène le titre 4488 de l'Amour.»  

Pousser la vulnérabilité

Des voix douces ou plus frondeuses qui se marient, des filles dégourdies ou fragiles qui racontent leur «vérité». Dès leur premier album, Les soeurs Boulay ont misé sur la transparence, même s'il faut dans le détour exposer maladresses et vulnérabilité. Sur Le poids des confettis, la chanson Sac d'école donnait le ton : une fille qui fout tout en l'air, qui est consciente de se jeter dans la gueule du loup et qui y va quand même... «C'est presque de l'autodérision, même si c'est triste, explique Stéphanie. C'est comme de dire : "checke comment je suis niaiseuse."»

Histoire d'un soir qui laisse un goût amer, «amourette de vacances» à laquelle on veut naïvement croire, autosabotage émotif (dans la colorée Sonne-décrisse)... À bien des égards, les Boulay reprennent là où elles nous avaient laissés sur 4488 de l'Amour. «Quand tu te permets d'aller un peu dans ta vérité et que les gens te disent : on aime ça, ça nous rejoint, ça nous fait du bien... En tant qu'auteure, ça te donne envie d'aller encore plus loin. Je pense que c'est correct de parler des moments où tu as été moins cool, plus loser. Ça peut être gênant à dire. Mais si ça m'est arrivé, ç'a dû arriver à d'autres», explique Mélanie Boulay. 

Le vrai et le faux

Les soeurs Boulay ne s'en cachent pas, elles aiment pousser loin la confidence dans leurs chansons... Et elles ne se gênent pas non plus pour contextualiser leur poésie à renfort de noms de personnes et de lieux bien réels. Elles sont conscientes des répercussions sur les gens concernés, tiennent à cette liberté... mais ressortent aussi souvent l'argument de l'autofiction pour éviter d'expliquer leurs chansons. Bref, la ligne demeure floue entre le vrai et le faux. Et c'est ainsi qu'elles veulent la garder. «Avec Mappemonde sur le premier disque, les gens nous écrivaient pour savoir ce que ça disait vraiment. Il y en a qui prenaient ça comme un hymne lesbien, d'autres qui voyaient une histoire avec un gars marié... Il y avait plein de significations possibles», explique Stéphanie Boulay. «Tout le monde peut se l'approprier et l'associer à quelque chose qu'il a vécu, ajoute sa soeur. C'est beau que ça reste comme ça.»

Soeurs fusionnelles

Elles sont soeurs et colocataires, elles coécrivent leurs chansons, elles mêlent leurs voix... ainsi que leurs chevelures sur la pochette de leur deuxième album. L'étiquette de «soeurs fusionnelles» colle à la peau de Mélanie et Stéphanie Boulay. «Ce n'est pas tant une image qu'on veut véhiculer, précise la première. C'est juste comme ça. Même qu'à un certain moment, on a senti le besoin de s'éloigner un peu pour se redéfinir en tant qu'individu. On se faisait tellement associer l'une à l'autre que ça nous a dérangées. Chaque fois qu'on se pointait dans un événement, on se faisait demander : "elle est où, ta soeur?" J'existe en tant qu'être humain et je suis capable de m'autosuffire!»

=> Vous voulez y aller?

Qui : Les soeurs Boulay

Quand : 26 novembre à 20h

Où : L'Anglicane (spectacle de rodage)

Billets : 32 $

Info : 418 838-6000

Quand : 13 avril à 20h

Où : Grand Théâtre

Billets : 39 $

Info : 418 643-8131

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer