Le pari renouvelé du Cirque du Soleil

The Beatles LOVE... (Tomas Muscionico)

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The Beatles LOVE

Tomas Muscionico

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(Las Vegas) Vingt-deux ans après y avoir installé ses pénates, le Cirque du Soleil s'est bâti un véritable château fort à Las Vegas. Si le visage de la Strip a changé depuis que Mystère a brisé la glace en 1993, alors que le géant québécois du spectacle a subi les contrecoups de la récession et vient de changer de mains, le pari continue de rapporter pour la troupe fondée par Guy Laliberté.

Avec huit spectacles en résidence dans autant d'hôtels et de casinos et quelque 140 000 billets en vente chaque semaine, le Cirque s'impose comme un joueur incontournable dans le grand terrain de jeu que constitue Las Vegas. «Nous occupons 36 % du marché du spectacle ici. Ç'a toujours représenté une grande partie de notre chiffre d'affaires global», estime Jerry Nadal, vice-président de la division des spectacles en résidence au Cirque du Soleil.

Dans la ville du vice comme ailleurs, la récession de 2008 a fait mal. Le Cirque n'a pas été épargné, mais a encaissé le coup avec quelques années de sursis. «On avait tellement de projets en chantier avant que la crise ne frappe, on se trouvait en plein milieu de contrats, explique M. Nadal. On a livré ces spectacles... La récession nous a frappés trois ans après tout le monde.» L'hommage à Elvis Presley y est passé, tout comme des productions du Cirque au Japon, en Chine et à Los Angeles. Après avoir écrit son bilan à l'encre rouge en 2012, l'entreprise a procédé à une restructuration et mis à pied quelque 400 employés, principalement à son siège social de Montréal.

«Ç'a été difficile, mais c'était nécessaire et ça fait de nous une compagnie en meilleure santé. Et on n'a jamais touché à ce qui se passe sur scène», indique Jerry Nadal. Selon le v.-p. basé à Las Vegas, la vente de l'entreprise à un consortium où des firmes américaine (TPG Capital) et chinoise (Fosun Capital Group) détiennent la majorité des actions ne devrait pas non plus se faire sentir sur les planches... Ni atténuer la signature québécoise du Cirque du Soleil. 

«Guy Laliberté demeure propriétaire d'une partie de la compagnie et la Caisse de dépôt aussi, évoque M. Nadal. Ça assure une couleur québécoise. Et je pense que tout le monde réalise que l'aspect créatif de cette compagnie est basé sur cette énergie qu'on trouve au Québec. C'est ce qui au final se retrouve sur scène et ils n'ont pas envie de déranger ça. C'est pour ça qu'ils ont acheté la compagnie, parce qu'ils pensaient pouvoir lui faire prendre de l'expansion.»

Le salut dans la diversification

Pionnier des spectacles en résidence du Cirque du Soleil à Vegas, Mystère continue de remplir les attentes au complexe Treasure Island, plus de 10000 représentations plus tard. «On vient de prolonger le contrat pour cinq années supplémentaires. Au bout de ça, on atteindra la barre des 28 ans. Le show est encore très rentable, on a un taux d'occupation de 75 ou 76 %. Après 22 ans, c'est fantastique», se réjouit Jerry Nadal, qui cite aussi le spectacle aquatique O parmi les grosses pointures du Cirque, 17 ans après sa création. 

Un côté sexy chez Zumanity, des arts martiaux et une trame narrative forte chez (mis en scène par Robert Lepage), de la musique et de la danse chez LOVE et ONE (consacrés respectivement aux Beatles et à Michael Jackson), de la magie chez Believe avec Criss Angel... Dans une ville où pullulent les casinos, mais où l'industrie du divertissement a remplacé les jeux de hasard dans les priorités des quelque 40 millions de visiteurs annuels, le Cirque du Soleil a misé sur la diversification de ses activités pour demeurer incontournable sur la Strip.

«Nous avons des fans de Michael Jackson qui viennent et qui n'ont peut-être jamais vu le Cirque, illustre Jerry Nadal. Ça donne une opportunité de les attirer vers un autre spectacle. La même chose s'est produite avec LOVE. Quand on a lancé ce spectacle, les fans purs et durs du Cirque trouvaient qu'il n'y avait pas assez d'acrobaties. Mais les admirateurs des Beatles ont pu découvrir ce qu'était le Cirque du Soleil. En grandissant, c'est comme ça qu'on a réussi à accroître nos parts de marché.»

Extrait du spectacle «Love»

Extrait du spectacle «Mystère»

Kà: quand la mort frappe

En 2013, le pire est arrivé pendant une représentation du spectacle  au MGM Grand de Las Vegas, lorsque l'acrobate Sarah Guillot-Guyard a été victime d'une chute mortelle.

«Ça nous a dévastés», commente le vice-­président des spectacles en résidence du Cirque du Soleil, Jerry Nadal. «Notre dossier en matière de sécurité fait notre fierté, ajoute-t-il. Chaque année, on compte 470 prestations pour chaque spectacle. Considérant ce qu'on fait au niveau acrobatique dans un type de divertissement sportif où des incidents sont susceptibles d'arriver, c'était notre premier accident du genre.»

M. Nadal assure que toutes les infrastructures où se produit le Cirque du Soleil à Vegas ont été passées en revue après le drame. «Nous avons fait certaines mises à niveau que nous jugions nécessaires», confirme-t-il. 

 a repris l'affiche dans sa version intégrale l'année dernière et continue de faire courir les foules, avec un taux d'occupation estimé par le Cirque à 94 %.

Extrait du spectacle «Kâ»

L'échec de Viva Elvis

Michael Jackson ONE... (Matt Beard) - image 7.0

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Michael Jackson ONE

Matt Beard

Les noms d'Elvis Presley et du Cirque du Soleil ont beau être intimement liés à Las Vegas, leur association n'a pas suffi à faire de Viva Elvis un succès. Contrecoups de la récession de 2008 et mauvaise réponse du public ont eu raison du spectacle, qui a mis la clé sous la porte après deux ans d'activités.

«On a commencé ce spectacle en 2009, alors que la construction du complexe Aria avait été complétée par la peau des dents», rappelle Jerry Nadal, vice-président de la division des spectacles en résidence au Cirque du Soleil, ajoutant que les déboires financiers du propriétaire MGM avaient fait couler beaucoup d'encre à l'époque. «On a même été chanceux que cette propriété ouvre parce qu'il y en a quelques-unes sur la Strip qui ne sont pas passé à travers cette récession», ajoute M. Nadal.

Dans un contexte économique difficile, le budget alloué à Viva Elvis a fondu : «En général, on dépense quelque chose comme 5 millions $ pour lancer un spectacle. Pour celui-là, on a investi moins d'un million de dollars. Ça montre à quel point les finances étaient serrées», résume M. Nadal, qui croit aussi que le Cirque a fait fausse route en cherchant le public cible de cette production. «Avec le recul, on s'est rendu compte que les fans d'Elvis étaient beaucoup plus âgés que ce qu'on avait anticipé, note-t-il. Il n'y a pas assez de ces spectateurs qui viennent à Vegas et encore moins dans ce complexe hôtelier.»

L'échec de Viva Elvis n'a pas découragé le Cirque du Soleil de miser à nouveau sur les spectacles musicaux. Inauguré en 2013 au Mandalay Bay, Michael Jackson ONE a beaucoup mieux réussi à trouver son public, selon M. Nadal. «Michael Jackson était la figure de proue de la génération MTV. On voit de petits extraits de lui pendant le show et c'est très actuel. Elvis, c'était les années 60. Je pense que les images qu'on présentait rendaient le spectacle un peu daté. Le spectacle de Michael Jackson est plus intemporel...»

Extrait du spectacle «One»

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