Margaret Atwood ranime la mémoire de Pauline Johnson

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L'écrivaine Margaret Atwood signe le livret de Pauline, un opéra de chambre inspiré de la vie de Pauline Johnson créé au City Opera de Vancouver en 2014.

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(Québec) Fille d'un chef amérindien et d'une dame de la société anglaise, artiste remplie de charisme qui soulevait les foules aussi bien au Canada anglais qu'en Angleterre, poète prolifique et écrivaine à succès, Pauline Johnson a connu son heure de gloire au tournant du XXe siècle avant de tomber peu à peu dans l'oubli.

Pauline Johnson, circa 1895... (Bibliothèque et Archives Canada) - image 1.0

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Pauline Johnson, circa 1895

Bibliothèque et Archives Canada

L'écrivaine Margaret Atwood a beaucoup fait pour ranimer la mémoire de celle qui fut très tôt pour elle une source d'inspiration. Elle a notamment signé le livret de Pauline, un opéra de chambre inspiré de la vie de Pauline Johnson créé au City Opera de Vancouver en 2014.

Quelques jours avant la présentation de l'oeuvre dans le cadre du festival Québec en toutes lettres (et en collaboration avec l'ensemble Erreur de type 27), Le Soleil s'est entretenu par courriel avec l'auteure.

Q Vous vous intéressez depuis longtemps à Pauline Johnson. En fait, vous l'avez découverte enfant, à l'école, vers la fin des années 40. Diriez-vous qu'elle a été une grande inspiration dans votre propre vie et dans votre carrière?

R Oui, un de ses poèmes, The Pilot of the Plains, m'a beaucoup touchée à cette époque. C'est un poème fantastique dans lequel un homme périt dans le blizzard en route vers son grand amour. En tentant de lui venir en aide, sa belle meurt à son tour, avant de se transformer en phare qui guidera dorénavant les chasseurs perdus. Ça m'avait fait pleurer. Et de fait, j'ai fait pleurer des Australiens le jour où je l'ai lu pour eux à la radio. C'était sans doute inspirant pour moi de savoir qu'une Canadienne ait eu la possibilité de devenir écrivaine. Elles étaient peu nombreuses dans les années 40 et 50. Gabrielle Roy est une autre écrivaine que nous avions étudiée en classe. En ce moment, j'écris à son sujet dans une anthologie consacrée à l'influence francophone en Amérique du Nord. Ces deux personnes furent des modèles de réussite à une époque où elles n'avaient pratiquement aucune chance d'y arriver.

Q Qu'est-ce qui vous a le plus intéressée dans le personnage et l'histoire de Pauline Johnson? Plus précisément, qu'est-ce qui vous a touchée au point où vous avez ressenti le besoin de lui consacrer un livret d'opéra?

R Sa vie est fascinante. Elle a fait ce qu'aucune écrivaine canadienne n'avait encore osé faire, elle s'est rendue dans des lieux, comme des camps de mineurs, là où aucune femme respectable n'aurait mis les pieds. Elle s'est permis une grande violence dans ses poèmes, chose qu'une dame anglaise n'aurait pu facilement faire. Et elle avait un amoureux secret. Elle avait aussi une soeur qui se montrait hostile à sa carrière à la scène. On touche déjà à l'opéra.

Q Pourquoi avoir choisi l'opéra plutôt que le théâtre ou tout autre médium? Est-ce parce que l'opéra permet de faire revivre l'oeuvre de Pauline Johnson mieux que ne le ferait un autre médium? Est-ce parce que l'opéra permet de la diffuser d'une manière plus lyrique?

R Cette histoire semble faite pour l'opéra. Pauline, après tout, était une poète lyrique (quand ce n'était pas dramatique) et nous utilisons quelques-uns de ses propres vers dans certains airs. Elle mettait en scène sa vie et elle était passée maître dans l'invention de son propre personnage. J'ai songé pendant des années à écrire un roman sur elle, mais cela ne s'est jamais produit. On trouve maintenant une très bonne biographie écrite par Charlotte Gray.

Q Pourriez-vous nous parler de l'organisation de l'opéra, des personnages, de l'action, des lieux, etc.? 

R L'action se passe durant les derniers jours de la vie de Pauline, alors qu'elle se meurt du cancer - il n'y avait aucun traitement à cette époque - et qu'on lui administre de la morphine. Des visiteurs surgis du passé - son grand-père Smoke, son amoureux secret - peuvent être considérés à la fois comme des apparitions réelles ou des hallucinations. Comme c'est un opéra de chambre, l'espace et le temps ainsi que le nombre de chanteurs sont limités - pas de grand choeur, pas de scènes trop lourdes. Ça ne pouvait être comme Aida. Pas d'éléphants. Dans la réalité, sa soeur et elle ont connu des différents. Sa soeur a de fait brûlé les papiers personnels de Pauline, du moins tous ceux qu'elle a pu. On ne peut pas dire que la dynamique manque d'intérêt. Par ailleurs, Pauline a toujours vécu à cheval entre deux mondes, pas assez «indienne» pour les «Indiens», pas assez «blanche» pour les «Blancs». Ça aussi, c'est une dynamique intéressante.

Postes Canada a émis un timbre pour commémorer... (Bibliothèque et Archives Canada) - image 2.0

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Postes Canada a émis un timbre pour commémorer le centenaire de la naissance de Pauline Johnson, en 1961.

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Q Diriez-vous que le monde a beaucoup changé depuis l'époque où Pauline Johnson a vécu?

R Il a changé énormément. On trouve de très talentueux écrivains chez les Premières Nations. Et on constate qu'ils acceptent davantage Pauline, qu'ils comprennent le genre de positions qu'elle a prises concernant la sombre situation qui était la leur. Elle a elle-même soulevé ces questions plus souvent qu'à son tour à l'époque.

Q Quelle place occupe selon vous Pauline Johnson dans la culture canadienne?

R C'est un personnage fondateur [a foundational figure] - l'exemple d'une femme, d'une membre des Premières Nations qui s'est inventé une place bien à elle et, ce faisant, grâce à une somme considérable de travail, a fini par jouer un rôle important. Elle a été très aimée de son vivant - ses funérailles avaient été les plus grandes que Vancouver ait connues. Elle est ensuite tombée dans l'oubli pendant quelques années, et on l'a rayée des anthologies. Je l'ai réintégrée dans le Oxford Book of Canadian Verse en 1983 et aujourd'hui - après les biographies, différentes exécutions de ses oeuvres et des expositions -, je crois qu'elle est de nouveau reconnue.

=> Vous voulez y aller?

  • QuoiPauline, musique de Tobin Stokes, livret de Margaret Atwood
  • Qui : Erreur de type 27; Charles Barber, directeur
  • : salle Octave-Crémazie
  • Quand : vendredi à 20h
  • Billets : 29,75 $
  • Tél. : 418 643-8131

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