CRITIQUE

Gainsbourg, poète majeur: les mots nus

Birkin, Piccoli et Pierre se sont livrés à... (Le Soleil, Yan Doublet)

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Birkin, Piccoli et Pierre se sont livrés à une sorte de ping-pong verbal entre les tons, les époques et les registres de langue.

Le Soleil, Yan Doublet

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(Québec) Il suffit parfois de peu de chose pour découvrir une oeuvre sous un jour nouveau. En dépouillant les chansons de Serge Gainsbourg de leur musique, voilà l'exercice qu'a réussi à accomplir avec beaucoup de tendresse et d'humour le trio formé de Jane Birkin, Michel Piccoli et Hervé Pierre, dimanche, à la salle Albert-Rousseau.

Railleur, Gainsbourg a déjà dit pratiquer «un art mineur destiné aux mineures». Sous les bons soins des trois amis, le voilà sacré «poète majeur». On peut adhérer ou non à ce jugement de valeur. Mais on ne peut nier la pertinence de l'hommage imaginé par Jane Birkin pour mettre en relief cette plume imagée et provocatrice, ponctuée d'emprunts à l'anglais, qui garde son rythme et son unicité... Même sans les mélodies et la dégaine si caractéristique de celui qui leur a donné vie.

Le spectacle Gainsbourg, poète majeur place les mots à l'avant-plan. Et pas qu'à moitié. Trois interprètes installés à trois tables, une bonne soixantaine de textes et quelques notes seulement, issues du piano de Fred Maggi.

Dans cet hommage, chacun trouve sa place. Avec sa voix douce et son indémodable accent, la muse Birkin incarne la fragilité et le romantisme, laissant aux hommes les côtés plus tonitruants, rigolos, machos ou salaces. À 89 ans, Michel Piccoli s'est acquitté de sa tâche sans réfréner quelques élans cabotins ou dissipés. Quant au sociétaire de la Comédie-Française Hervé Pierre, il a un peu fait figure de pilier : la voix profonde, la diction parfaite et l'interprétation aux multiples couleurs, mais juste à tout coup.

Statique

Ce spectacle généralement statique aurait facilement pu tomber dans l'austère s'il n'avait été de l'énergie insufflée par les trois interprètes. On doit aussi saluer le choix des textes et surtout l'ordre dans lequel ils ont été assemblés : Birkin, Piccoli et Pierre se sont livrés à une sorte de ping-pong verbal entre les tons, les époques et les registres de langue. Sans oublier ces contrastes joyeusement cultivés. Un exemple? Passer d'une scatologique et plutôt déjantée Trois millions de Joconde par Piccoli à une très sérieuse Comment te dire adieu? par Pierre. Ou cette presque absurde L'hippopodame servie par Hervé Pierre suivie d'une lecture déchirante par Jane Birkin du texte Les amours perdues.

Les meilleurs moments sont survenus lorsque nos lecteurs ont croisé le fer. La sympathique interprétation des P'tits papiers par le trio a fait mouche. Ludique et pétillante, la Comic Strip ponctuée d'onomatopées de Birkin et de Pierre remporte toutefois la palme. On aurait pris davantage de ces interactions. Tout comme de l'apport du pianiste, d'ailleurs, dont les talents auraient pu être mieux mis à profit.

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