Il était une fois le Colisée

En 1981, le chanteur de charme Julio Iglesias... (ARCHIVES LE SOLEIL)

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En 1981, le chanteur de charme Julio Iglesias fait escale à Québec... Et son passage déchaîne la passion de ses admiratrices.

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(Québec) Depuis son inauguration en 1949, le Colisée de Québec aura été témoin d'une innombrable quantité de matchs de hockey... Et d'une impressionnante brochette de concerts mémorables... Pour le meilleur ou pour le pire! Alors que le vénérable établissement s'apprête à fermer définitivement ses portes, retour sur quelques spectacles marquants qui ont jalonné l'histoire de l'aréna.

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À leur première escale, en septembre 1996, Nick Carter, Brian Littrell, AJ McLean, Howie ­Dorough et Kevin Richardson n'ont pas encore d'album à leur actif. Mais le succès de deux simples - dont le hit fondateur We've Got it Goin' On - fait converger 6000 fans au Colisée.

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Le vif succès recueilli par la Symphonie des mille, présentée au Colisée en mars 2008, donne de l'élan aux Fêtes du 400e anniversaire. 

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Tremplin vers la célébrité

Au printemps 1958, avant de devenir la coqueluche des Québécoises, Michel Louvain fait son chemin dans les cabarets. Alors qu'il travaille comme présentateur Chez Gérard, à Québec, le jeune artiste originaire de Thetford Mines se voit offrir une prestation au Gala des splendeurs. L'événement artistique et mondain est organisé au Colisée, à l'occasion des célébrations du 350e anniversaire de la ville de Québec. Louvain y interprète le succès Buenas Noches Mi Amor devant le public et les caméras de télévision, sans trop se douter que sa carrière allait prendre tout un élan. Encore aujourd'hui, l'artiste qui soulignera sous peu ses 60 ans de chanson désigne cette prestation au Colisée de Québec comme le tournant de son parcours professionnel.

Les idoles des jeunes...

Dans les années 80 et 90, Québec n'échappe pas à la frénésie des boys band. Si les New Kids on the Block ont défriché le terrain, leur force de frappe sera dépassée quelques années plus tard par celle de leurs compatriotes des Backstreet Boys, qui fouleront les planches du Colisée cinq fois en moins de deux ans.

À leur première escale, en septembre 1996, Nick Carter, Brian Littrell, AJ McLean, Howie ­Dorough et Kevin Richardson n'ont pas encore d'album à leur actif. Mais le succès de deux simples - dont le hit fondateur We've Got it Goin' On - fait converger 6000 fans au Colisée. Une expérience assourdissante... et ce n'est pas dû au son véhiculé par les haut-parleurs. «Tu n'allais pas là pour écouter le spectacle, confirme le producteur Michel Brazeau. Tu n'entendais rien du show. Tout ce que tu entendais, c'était des voix stridentes de petites filles qui hurlaient. J'imagine que c'était un peu comme ça quand les Beatles ont fait leur première tournée nord-­américaine : des petites filles en extase qui tombaient dans les pommes!»

Les Backstreet Boys ne perdent ensuite pas de temps : en janvier 1998, ils ont deux disques derrière la cravate et présentent leur cinquième concert dans la capitale. Les médias parlent alors de l'engouement comme d'un «ouragan»... qui ne tardera toutefois pas à s'essouffler. L'année suivante, Québec ne figure déjà plus à l'agenda de tournée des Floridiens, qui prennent la route pour interpréter les titres de leur troisième galette, Millenium. «Les fans de la première heure ont vieilli, ils sont passés à autre chose. Ils ont carrément boudé leur dernier album», explique alors au Soleil Michel Brazeau.

... et des moins jeunes

En 1981, le chanteur de charme Julio Iglesias fait escale à Québec... Et son passage déchaîne la passion de ses admiratrices. L'ancien chroniqueur du Soleil Jacques Samson se souvient d'une vedette arrivée à la toute dernière minute au Colisée, question d'éviter les contacts avec les fans «en délire».

Le producteur Michel Brazeau se souvient de son côté d'une soirée qui avait donné du fil à retordre aux agents mandatés pour contenir la foule. «Là où les questions de sécurité sont les plus problématiques, c'est dans les spectacles qui s'adressent à une clientèle féminine d'un certain âge, explique-t-il. [...] Dans un show de metal, quand un gars s'excite, il y a des gros bras qui le prennent et qui le mettent dehors. Mais qu'est-ce que tu fais avec la madame qui veut absolument aller rencontrer son artiste préféré? Tu ne peux pas la mettre dehors, tu dois la raisonner. Pour Julio Iglesias, les madames étaient en pâmoison et voulaient absolument aller le voir dans sa loge. Pour elles, c'était inconcevable de se faire dire non.»

Un flop

Il y a des retours plus attendus que d'autres... Disons que celui de Def Leppard dans la capitale en 2000 ne l'était pas tellement, si l'on se fie au nombre de fans qui ont répondu présents. Ils étaient alors 3800 à s'être déplacés au Colisée. Une nette baisse par rapport aux quelque 6000 dénombrés quatre ans auparavant et aux 11 000 billets vendus en 1992.

La maigreur de la foule n'a échappé à personne, surtout pas aux principaux intéressés.

«Le directeur de tournée était venu me voir pas de bonne humeur parce qu'il n'y avait pas plus de billets de vendus, raconte le promoteur Michel Brazeau. Tout ce que j'ai pu dire, c'est que ce n'était pas de ma faute. Si le groupe avait sorti un meilleur album, probablement qu'il y aurait eu pas mal plus de monde.» À la fin des années 90, la troupe de Joe Elliott avait négocié un virage musical avec Slang, un album voulu plus «adulte» qui n'a pas fait l'unanimité chez les admirateurs de la première heure. Visiblement, Québec n'a pas fait exception.

Triomphe classique

L'entreprise était audacieuse et le pari remporté haut la main : le vif succès recueilli par la Symphonie des mille, présentée au Colisée en mars 2008, donne de l'élan aux Fêtes du 400e anniversaire de Québec et prouve que la musique classique a aussi sa place dans le temple du hockey.

Piloté par le maestro Yoav Talmi, le projet de réunir un millier d'instrumentistes et de choristes pour donner vie dans la capitale à l'oeuvre de Gustav Mahler fait mouche devant 12 000 spectateurs. Et l'efficace travail de sonorisation fait mentir ceux qui doutaient que l'acoustique forte en réverbérations de l'enceinte puisse accueillir adéquatement les sonorités classiques.

Vedettes (pas si) capricieuses

Le producteur Michel Brazeau n'a pas l'habitude de juger les caprices des vedettes en tournée. «C'est sûr que certaines demandes peuvent parfois paraître farfelues, reconnaît-il. Mais il faut se mettre dans la peau d'un artiste qui est en tournée pendant un an ou un an et demi, qui vit dans des hôtels, des autobus de tournée, dans des avions. Souvent, c'est une petite affaire qui va faire en sorte qu'il va avoir une belle journée et qu'il va faire un meilleur show

N'empêche qu'il raconte avoir été un peu pris au dépourvu quand le directeur de tournée d'un dénommé David Bowie a réclamé un plateau de sushis pour son artiste. Aujourd'hui, l'exigence n'aurait rien d'extravagant. Mais au début des années 80, c'était une autre histoire. «Des restaurants de sushis à Québec, ça n'existait pas, précise M. Brazeau. Comme je ne trouvais pas le directeur de tournée, je suis allé voir David Bowie directement et je lui ai dit que s'il tenait absolument à des sushis, je ferais venir un chef de Mont­réal. Il m'a dit : "Ce n'est vraiment pas nécessaire! Qu'on me fasse un filet de poisson et je vais être bien heureux!"»

Le record de Claude Dubois

En juillet 1981, Claude Dubois est déclaré coupable de possession et de trafic d'héroïne. Après un an d'incarcération dans un centre de désintoxication, il retrouve son chapeau de chanteur en lançant l'album Sortie Dubois. Et il triomphe peu après sur la scène du Colisée de Québec.

Selon les chiffres dévoilés à l'époque, exactement 16 071 billets ont été vendus pour le concert du 18 septembre 1982, lors duquel Claude Dubois partage la scène avec le groupe UZEB et un orchestre de 11 musiciens, sous la direction de François Cousineau. Le record a depuis été battu - les chouchous locaux de Metallica, notamment, ont rallié quelque 17 000 fans autour de leur scène circulaire en 2009 -, mais au début des années 80, Dubois mérite une inscription au livre des records du Colisée. «Depuis l'agrandissement de l'immeuble, ça ne s'est jamais vu», note alors le journaliste du Soleil Pierre Boulet.

Percée country

On a cet été beaucoup parlé de la percée country de Keith Urban au Festival d'été. Plus de 15 ans auparavant, le Colisée a traversé le même jalon. Le 1er octobre 1998, Garth Brooks est venu confondre les sceptiques qui croyaient que la capitale n'était pas friande de ce genre musical en remplissant de quelque 13 000 fans l'aréna de Limoilou.

Ce soir-là, le chanteur confie lui-même à la foule être «sous le choc» de l'accueil qui lui est réservé à Québec, selon ce que la journaliste du Soleil Michèle LaFerrière relèvera dans sa critique le lendemain.

Shania Twain - qui remet ça cet automne au Centre Vidéotron - remplira à son tour le Colisée en 1999 et en 2004. Avec Kenny Rogers (qui y offre un concert en février 2001) et Garth Brooks, elle complète le trio d'étoiles du country qui ont tenu la tête d'affiche du vieux Colisée.

Fans hauts en couleur

Bref, mais intense. Si le règne du duo LMFAO a été de courte durée sur la planète pop, le passage de Redfoo et SkyBlu aura, en 2011, offert au Colisée l'une de ses foules les plus colorées. Ils étaient une dizaine de milliers à s'être vêtus de leurs plus voyants atours pour venir danser sur les hits Party Rock Anthem et Sexy and I Know It. «Vêtements fluo et afros étaient de mise pour accueillir les deux D.J. de l'heure», précise le confrère Olivier Parent dans sa critique de ce spectacle, qu'il décrit ni plus ni moins comme «un party sur-vol-té».

Tard, mais bien là...

Chantera, chantera pas... En novembre 2006, après quelque 18 ans de séparation, Québec a de nouveau rendez-vous avec Axl Rose et Guns N' Roses. Mais disons que l'instabilité du chanteur et ses habitudes tout sauf ponctuelles font craindre le pire. Les paris sont ouverts et la spéculation va bon train. Axl sera finalement de la partie. Tard, mais bien là. Le groupe s'est pointé sur scène à 23h30 et a payé la traite à ses 10 000 fans jusqu'à 2h10. La formation s'est repointée au Colisée un peu plus de deux ans plus tard... et encore une fois avec près de deux heures de retard. 

Divas d'ici

Si bon nombre d'artistes d'ailleurs ont fait courir les foules au Colisée dans les dernières années, des chanteuses d'ici ne sont pas en reste. En 2009, Céline Dion a frappé un grand coup pendant sa tournée Taking Chances, cumulant en deux soirs plus de 25 000 entrées. La vedette Marie-Mai s'est aussi offert la scène de l'aréna deux fois dans la même année, en 2013, une décennie après l'avoir foulée une première fois avec ses camarades de Star Académie. Quelques années auparavant, le Colisée était pris d'assaut par Diane Dufresne, qui a partagé les planches avec l'Orchestre symphonique de Québec lors du spectacle Symphonique n' roll

Les plus assidus

Entre un premier rendez-vous en juin 1982 et la dernière visite en juillet 2012, il serait facile de perdre le compte du nombre de visites de la formation Iron Maiden dans la capitale. Une recherche dans nos archives et sur le site Web du groupe permet d'en dénombrer 17 : deux à l'Agora, une au Pavillon de la jeunesse, une sur les plaines d'Abraham... Et 13 au Colisée. Pas de doute que les Anglais remportent la palme des visiteurs les plus assidus sur la scène du vieil aréna.

Dès son premier arrêt chez nous, le groupe se voit offrir la scène du Colisée. «Ce n'était pas plein, mais on avait fini avec 6000 ou 7000 personnes, se rappelle le promoteur Michel Brazeau. Il avait fallu louer des équipements de son et d'éclairage. Les gars n'étaient pas équipés pour ça. À cette époque-là, Iron Maiden faisait des clubs partout ailleurs. Je trouvais que c'était un band taillé sur mesure pour la ville de Québec.»

L'un des passages de la formation sera marqué par un drame. Alors qu'Iron Maiden fait escale à Québec en 1984, pendant sa tournée World Slavery, un spectateur fait une chute mortelle à partir de la galerie de presse du Colisée. La victime est décédée sur le coup... et le concert a suivi son cours. Une couverture avait été déposée sur le corps jusqu'à la fin de la soirée. (voir l'entrevue avec Bruce Dickinson)

«La police voulait arrêter le spectacle et évacuer la bâtisse, raconte le promoteur Michel Brazeau. Je leur avais dit : "Regardez, on a un mort et pas grand monde ne s'en est rendu compte. Si vous allumez les lumières et que vous arrêtez le show, il va y avoir une émeute."»

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