Wyclef Jean: l'homme qui a voulu être président

«Tu passes pour un héros quand tu te... (Le Soleil, Yan Doublet)

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«Tu passes pour un héros quand tu te présentes avec ton drapeau au gala des prix Grammy, mais dès que tu dis que tu veux devenir président et changer les choses, tu te fais automatiquement remettre en question...», dit Wyclef Jean.

Le Soleil, Yan Doublet

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(Québec) En août 2010, le chanteur et rappeur Wyclef Jean avait choisi de mettre la musique en veilleuse pour tenter sa chance à la présidence d'Haïti. Une candidature controversée, qui sera finalement rejetée par le Conseil électoral de son pays d'origine. Cinq ans plus tard, l'artiste dit avoir parcouru «un chemin émotif» pour retrouver la musique. Mais il n'a pas renoncé pour autant à son engagement envers le peuple haïtien.

Wyclef Jean évoque son actuel processus de création en utilisant le mot clefication. Le néologisme, qui deviendra sans doute le titre de son prochain album, est né alors qu'il travaillait en studio avec le DJ Avicii. «Je me faisais dire de mettre plus de clefication. Ça voulait dire mettre plus de mon énergie, de mon swag. J'ai trouvé ça cool d'être une application humaine pour la musique!» a expliqué Jean jeudi, tout juste arrivé dans la capitale en vue de son concert de ce soir, à Expo Québec. 

L'étiquette tient évidemment de l'autoréférence, une habitude bien assise dans l'univers du hip-hop. Mais pour l'ex-Fugees, elle semble s'ancrer un peu plus loin. «Le chemin qui m'a ramené à la musique a été très émotif pour moi, explique-t-il. J'ai pensé que je serais le président de mon pays. Comme je ne pouvais pas changer les choses avec la politique, je me suis demandé où j'allais me diriger à partir de ce point. La voie vers la clefication m'a ramené à la genèse, à pourquoi j'ai voulu faire de la musique au tout début. C'était l'amour de la musique et la réunion des gens.»

Wyclef Jean assure que ses motivations politiques étaient sincères. Il évoque les idées qu'il prônait pour insérer le plus grand nombre de citoyens d'Haïti sur le marché du travail. Un plan qui aurait passé par le développement de programmes scolaires plus techniques pour les jeunes chômeurs et la mise à profit de corporations étrangères dans le financement du système d'éducation. 

«Les plus grandes richesses d'Haïti se trouvent dans sa population et son sol. C'est par là que je sentais qu'il fallait intervenir, résume-t-il. Je n'avais pas quitté la musique parce que c'était la fin de ma carrière et que j'étais fini. Je me disais que si j'allais aider mon pays, il fallait que je le fasse pendant que j'étais encore jeune et vibrant. C'est là qu'on peut avoir de l'impact.»

Une éviction sur le compte de la peur

Le musicien utilise l'expression wild card, comme les jokers d'un jeu de cartes, pour décrire sa candidature à la présidence haïtienne en 2010. Il met sur le compte de la peur son éviction du bulletin de vote. Et il refuse de qualifier d'échec l'expérience qu'il a vécue il y a cinq ans. «Je ne fais jamais rien qui mène à la défaite. Je n'ai pas l'impression d'avoir perdu, parce qu'on m'a retiré de la course. J'ai fait ce que je devais faire. J'ai sensibilisé les gens à mon pays à une époque où personne ne se serait intéressé à cette élection», tranche-t-il, décrivant quand même au passage une situation qu'il juge paradoxale : «Tu passes pour un héros quand tu te présentes avec ton drapeau [haïtien] au gala des prix Grammy, mais dès que tu dis que tu veux devenir président et changer les choses, tu te fais automatiquement remettre en question...»

Avec le recul, Wyclef Jean ne nie pas qu'il a été déçu par la tournure des événements. «La déception et la mentalité du perdant sont deux choses que les gens confondent souvent. On peut être déçu pour soi-même. Je l'ai été. Ça vient du fait que j'aurais voulu faire plus», nuance l'artiste, assurant qu'il n'a pas jeté l'éponge. «Je planifie y retourner, affirme-t-il. Je ne renonce pas. Je me donne quelques années pour mettre en branle mon nouveau plan pour mon pays.»

Fugees: une réunion peu probable, mais...

En 1996, Wyclef Jean et ses collègues des Fugees, Lauryn Hill et Pras Michel, ont frappé un grand coup avec The Score, une oeuvre qui a mérité le titre d'album culte. En entrevue, jeudi, Jean s'est d'abord fait évasif lorsqu'on l'a interrogé sur une possible réunion du trio. «Tout a tellement changé. Tout bouge. Tout le monde est plus vieux», a-t-il laissé tomber, avant de mordre dans le sujet. 

«Les Fugees étaient vraiment imprévisibles, explique-t-il. C'est un groupe que personne ne pouvait acheter. C'était un groupe de rebelles. Lauryn a été capable de regarder un juge et de lui dire qu'elle ne paierait pas ses impôts parce qu'elle considérait la loi injuste et qu'elle préférait aller en prison... Et il y a moi qui ai essayé de devenir le président d'Haïti. Si tu retournes écouter The Score, tu verras qu'on se considérait déjà comme des réfugiés. Tout ce qu'on disait, on y croyait vraiment.»

Ladite réunion n'est donc pas impossible, croit Wyclef Jean, mais elle devra se faire de manière organique... et elle ne figure pas pour le moment dans les cartons. «Même si une compagnie nous offrait un milliard de dollars pour mettre 12 chansons ensemble et appeler ça The Score 2, je ne pense pas que ça fonctionnerait. Dès que tu fais ça, tu as perdu ton âme. Si tu me demandes s'il y aura un autre album des Fugees, tout ce que je peux dire, c'est que je l'ignore. Tout est possible avec ce genre de groupe.»

Hall & Oates dans la moulinette de Wyclef

Un peu comme il l'avait fait avec Stayin' Alive des Bee Gees sur son album The Carnival, Wyclef Jean s'est récemment affairé à remettre au goût du jour la chanson Rich Girl de Hall & Oates. Et il a mis dans le coup les principaux intéressés. «J'ai échantillonné la chanson. Puis je les ai appelés et je leur ai demandé de la rechanter», décrit Jean, qui a aussi sollicité les services du rappeur Pusha T pour cette relecture. 

«Ce genre de chanson va parler à quelqu'un de 40 ans ou de 60 ans autant qu'à un ado de 16 ans. C'est ça que je veux faire», note le musicien. Il se dit inspiré par l'électro et les nouvelles sonorités hip-hop pour la création de son nouvel album, qui devrait voir le jour l'année prochaine. «Pour moi, en tant que producteur, ce sont des temps très excitants, se réjouit-il. J'ai l'impression d'être à Disneyland et de pouvoir essayer tous les manèges.»

=> Vous voulez y aller?

  • Qui : Wyclef Jean (Marième et Busty and the Bass en premières parties)
  • Quand : vendredi soir dès 19h
  • : Expo Québec
  • Accès : 10 $ ou 15 $ (25 $ ou 40 $ pour un passeport 10 jours)

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