COMEDIAHA! FEST-QUÉBEC

Gad Elmaleh: humoriste sans frontières

Né à Casablanca, Gad Elmaleh a étudié et vécu... (La Presse, Alain Roberge)

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Né à Casablanca, Gad Elmaleh a étudié et vécu plusieurs années à Montréal.

La Presse, Alain Roberge

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(Québec) On peut sans aucun doute l'appeler l'humoriste sans frontières. De nationalité française, marocaine et canadienne, Gad Elmaleh partage son humour «en français» avec l'Europe, les États-Unis et le Québec. Il a étudié et vécu plusieurs années à Montréal. Et il a souvent visité Québec en touriste. Mais c'est le 21 juin qu'il mettra pour la première fois les pieds sur une scène de la capitale à l'occasion du ComediHa!

Quand on lui demande pourquoi il s'est laissé désirer si longtemps, il éclate de rire. «J'attendais que vous soyiez prêts!» Le public de Québec l'attendait impatiemment puisque son spectacle Sans tambour affiche complet depuis déjà plusieurs semaines. 

Né à Casablanca, Gad Elmaleh garde un lien serré avec la Belle Province. Des membres de sa famille (oncles, tantes, cousins), dont certains avaient quitté le Maroc bien avant lui dans les années 60, habitent toujours la métropole. «Les gens étaient contents parce qu'ils retrouvaient un peu d'Amérique [à Montréal], mais en français. La francophonie jouait un rôle très important pour eux», précise-t-il.

Elmaleh débarque à Montréal en 1988, à 17 ans. Il s'inscrit au DEC en sciences humaines au Cégep Saint-Laurent. Il fera par la suite des études en sciences politiques à l'Université de Montréal. Il revoit à l'occasion des amis de l'époque du cégep avec qui il a surtout des souvenirs de soirées bien arrosées. «Disons que je n'étais pas un élève exemplaire», admet-il.

C'est pendant cette période qu'il découvre le stand-up, se rendant au Café Campus chaque lundi pour entendre les jeunes Jean-Michel Anctil, François Morency, Martin Petit et Martin Matte, des humoristes qui sont devenus des stars aujourd'hui, selon ses paroles. Il se méfie d'ailleurs du succès de Martin Matte... «Je le surveille de très près», blague-t-il.

Multitalentueux

Gad Elmaleh n'a pas de souci à se faire. Sa carrière va très bien, merci. En plus d'avoir cinq one-man-shows à son actif, il a joué dans une trentaine de films. On a notamment pu le voir dans Les aventures de Tintin : le secret de la licorne de Steven Spielberg en 2011 et dans Minuit à Paris de Woody Allen la même année. Il est passé derrière la caméra en 2009 pour réaliser Coco, long métrage dans lequel il tient le rôle-titre. En 2004, il était nommé Meilleur acteur aux César pour son interprétation de Chouchou dans le film du même nom. 

Parallèlement, il s'amuse à pianoter, gratter la guitare et chanter, des talents qu'il exploite dans ses spectacles et dans ses films.

Il poursuit sa tournée en France tout l'été, alternant avec le tournage du film Pattaya, de Frank Gastambide, dans lequel il incarne un prof de combat pour des nains! Quelques jours avant Québec, il montera sur la scène du Beacon Theatre à New York, où il s'est produit à plusieurs reprises pendant sa carrière. Là-bas, on l'appelle le Jerry Seinfeld de la France, un humoriste qu'il admire.

En plus de son spectacle du 21 juin, Gad Elmaleh participera la veille au Gala ComediHa! animé par Éric Salvail. Au moment de l'entrevue, il ignorait encore quel numéro il allait y présenter. «J'ai envie de m'adapter au public québécois et je ne parle pas seulement d'accent. Je veux m'adapter à la psychologie, au mode de vie, vu que j'ai connu ça. Même les bousculer un peu. Il ne faut pas juste les flatter. Je pense que quand on aime, on bouscule un petit peu, on titille. Vous pouvez compter sur moi pour ça!»

Un spectacle personnel et risqué

Lors de l'entrevue, fin avril, Gad Elmaleh est à Lyon, à quelques heures de fouler les planches. Disponible, moqueur, il répond avec générosité à nos questions.

Q Près de six années se sont écoulées entre ce spectacle et le précédent, Papa est en haut. Avez-vous trouvé difficile de vous replonger dans l'écriture?

R Oui, j'ai trouvé ça difficile au début. Pour être tout à fait honnête, je suis retourné à l'écriture non pas parce que j'avais forcément des idées, mais parce que je tournais en rond dans ma tête et il fallait absolument que je remonte sur scène. C'était un besoin presque physique. C'est un peu pénible pour la famille d'avoir un humoriste à la maison qui tourne en rond et qui dit : «et ça, c'est drôle?». Je crois que les humoristes, on a besoin du public, on a besoin d'éprouver live les choses devant les gens, contrairement aux acteurs. [...] Je ne savais pas quoi écrire, quels thèmes attaquer. Et bizarrement, je me suis plongé dans des choses beaucoup plus personnelles et risquées que mes autres spectacles. Je pense aux thèmes sur la mort, la notoriété, les enfants, les animaux (il traite aussi des religions). C'étaient des thèmes que je n'osais pas aborder, mais peut-être qu'avec un peu de maturité, j'ai décidé de les aborder. Et j'ai bien fait parce que ça marche fort et les gens s'y retrouvent.

Q Pourquoi avoir appelé le spectacle Sans tambour? Vous aviez peur de faire du bruit, de déranger avec ce spectacle?

R J'adore la langue. Dans tous mes spectacles, je joue avec la langue française. Il y a une expression qui m'a toujours fait rire : pour les choses simples, on dit «sans tambour ni trompette». J'avais envie d'un stand-up pur sans trop de lumière ni de théâtralité et je l'ai appelé Sans tambour pour dire qu'il n'y aura pas de roulement de tambour avant. Ce qui est complètement raté parce qu'il y a des tambours, de la musique, de la danse... Un producteur m'a dit : «Je n'ai jamais vu autant de tambour que dans Sans tambour.» (Rires)

Q Ce spectacle, tout comme Papa est en haut, est coécrit avec votre soeur Judith Elmaleh. Est-ce un avantage ou un inconvénient de collaborer de si près avec un membre de votre famille?

R Un peu des deux. C'est comme travailler avec mon père (David Elmaleh) pour la production. Ce qui est très précieux de travailler avec sa famille artistiquement - dans le business, c'est autre chose! -, c­­­­­­'est que ta soeur peut te dire : «Cette joke fait peut-être rire 4000 personnes, mais tu mérites mieux, il y en a marre de cette joke!» Et quand c'est génial, elle va te le dire. Elle ne va pas tourner autour du pot.

Q Donc, vous avez l'heure juste?

R Oui, mais après, parfois, c'est tendu parce que quand elle me dit que ce n'était pas bon hier soir, au lieu de dire «ah bon», je lui dis «pourquoi tu dis ça?» Parce que c'est la famille. Mais moi, j'ai toujours fait ça. Et on n'écrit pas vraiment ensemble. Je fais du ping-pong avec elle. Je lui envoie une idée, elle me renvoie les siennes. Ce n'est pas une écriture à quatre mains.

Q Vous êtes acteur de cinéma, humoriste, même chanteur à vos heures. Qu'est-ce qui vous définit le mieux dans tout ça?

R Wow! (Pause) Mon rôle de comique, d'humoriste est ce qui me définit, je pense, parce que c'est mon point de départ. [...] Ce n'est pas que je ne m'assumais pas avant, mais quand on a la vingtaine, la trentaine, on veut toujours être regardés aussi comme quelqu'un qui peut être émouvant, qui peut être sérieux. Plus j'avance dans l'expérience et dans l'âge, plus je me dis : tu sais, tu as quelque chose de précieux que tu sais bien faire, même mieux que les autres domaines - je trouve que je m'amuse plus et je suis plus épanoui sur scène qu'au cinéma -, donc profites-en. Assume-le. Comique est ce qui me définit le mieux.

Q Vous faites régulièrement des spectacles aux États-Unis en français. Est-ce important pour vous d'être connu là-bas, d'avoir du succès?

R Non. Ce qui est important pour moi, c'est de faire rire dans une autre langue. C'est un défi, comme si une femme tombe amoureuse de moi et qu'elle ne sait pas que je suis connu et croit que je n'ai pas un dollar en poche. (Rires) Quand quelqu'un rigole d'une de vos blagues dans une autre langue, vous avez le sentiment - non pas que je doute de ma drôlerie, mais on a tous des doutes - d'être un comique quoi qu'il arrive et non pas simplement quelqu'un qui fait rire parce qu'il a du crédit auprès de son public grâce à sa notoriété.

Q Vous avez fêté vos 20 ans de carrière. Quel a été un de vos grands moments?

R Le jour où j'ai joué un spectacle comique à l'Opéra Garnier il y a deux ou trois ans. J'ai eu une invitation qui, pour moi, était un honneur incroyable, un pont entre les arts de la scène. Je suis fasciné par les danseurs, j'ai une admiration pour la danse classique et contemporaine et j'ai vu beaucoup de spectacles de danse. (Il a formé un couple pendant quatre ans avec la danseuse étoile du Ballet de l'Opéra national de Paris, Aurélie Dupont). Chaque année, ils invitent un artiste qui n'a rien à voir avec la danse : un violoniste, un comique, un acteur. Je me souviendrai de ce spectacle toute ma vie.

Q Quel a été le moment le plus difficile de votre carrière?

R Les moments où j'ai dû annuler des shows pour des raisons de santé ont été les plus difficiles. Quand on est un humoriste, on a l'impression que rien ne peut nous atteindre, qu'on est forts et un moment, tu ne peux pas monter sur scène. Tu commences à angoisser. Je déprime à l'idée de devoir annuler des shows. Je culpabilise... Ça, c'est culturel et personnel. Je pense aux gens qui ont acheté leur place. Je me dis : «Ils vont penser que je fais ma vedette.» J'ai presque envie de leur envoyer un certificat de médecin. Comme quand on est enfant et qu'on ne nous croit pas, qu'on veut bien faire pour épater les parents parce qu'on n'a jamais donné de satisfaction à l'école. Moi, ça a été mon moteur. Toujours.

Q Vous n'étiez pas doué à l'école?

R Je n'étais pas bon à l'école. Je n'étais pas intéressé à l'école. J'étais passionné par les filles et les blagues.

Q Vous vous en êtes bien sorti malgré tout?

R Oui, surtout dans les blagues! (Rires) 

Une vie privée sous la loupe

On nous avait prévenus avant le début de l'entrevue : Gad Elmaleh ne souhaitait pas parler de sa vie personnelle. Grande star de l'humour en France, Gad Elmaleh était en couple avec Charlotte Casiraghi, égérie de Gucci et fille de la princesse Caroline de Monaco et de son deuxième mari, l'Italien Stefano Casiraghi. Le couple s'est donc retrouvé plus souvent qu'à son tour à la une des magazines à potins européens malgré une relation très privée. Mercredi, on apprenait dans le magazine français Voici qu'Elmaleh, 44 ans, et Casiraghi, 28 ans, avaient rompu après trois ans et demi de relation.

Un fils prénommé Raphaël est né de leur union en décembre 2013. Gad Elmaleh a aussi eu un fils en 2000 avec sa compagne de l'époque, l'actrice Anne Brochet.

Gad Elmaleh avait fait parler de lui en début d'année pour d'autres raisons. Le journal Le Monde révélait qu'il figurait parmi la liste des clients qui auraient fraudé le fisc par l'entremise de la filiale suisse de la banque HSBC. Elmaleh y aurait eu un compte de 2006 à 2007, ce que l'humoriste a nié. 

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