Stéphane Rousseau: choisir sa bonne étoile

Un peu princesse est le spectacle qui ressemble... (LA PRESSE, ALAIN ROBERGE)

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Un peu princesse est le spectacle qui ressemble le plus à Stéphane Rousseau dans la vraie vie.

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(Montréal) L'humoriste Stéphane Rousseau revient dans la capitale mardi avec un nouveau spectacle, Un peu princesse, dans lequel il promet de casser son image de bon gars et de passer ses défauts dans le tordeur. Un peu plus de trois ans après avoir entendu ses Confessions sur scène, Le Soleil est allé à sa rencontre pour recueillir ses confidences.

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Un des concepts d'affiche non retenus pour le nouveau spectacle de Stéphane Rousseau

Autrefois, Stéphane Rousseau se cachait derrière ses personnages... (PHOTO La Presse, ALAIN ROBERGE) - image 1.1

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Autrefois, Stéphane Rousseau se cachait derrière ses personnages pour masquer ses lacunes en français. 

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Attablé dans une pizzéria du Plateau Mont-Royal, Stéphane Rousseau retourne son napperon de papier et entame un dessin d'un fin trait noir : une tête étrange s'attache au corps d'une créature à laquelle se grefferont de multiples visages, une queue de serpent et des pattes moulées dans des bas résille. 

C'est le genre de création que l'humoriste peut peaufiner pendant un long moment avant de l'abandonner au resto. Il a ainsi fait la joie de serveuses. Et laissé complètement indifférent des commis venus débarrasser la table : le dessin chiffonné en boule et hop aux poubelles. Lorsqu'on lui lance à la blague qu'on pourrait faire quelques dollars sur son dos en vendant son oeuvre impromptue sur le Web, Rousseau répond du tac au tac : «Si tu veux faire plus d'argent, attend au moins que je sois mort... Ça ne devrait pas être long!»

La boutade se termine dans un éclat de rire. Notre homme n'est pas pressé de passer l'arme à gauche et ne semble pas plus angoissé qu'il faut. Mais la pointe d'humour noir est aussi révélatrice. À 48 ans, il a l'âge qu'avait son unique soeur lorsqu'elle a été fauchée par le cancer. La même maladie a aussi emporté prématurément ses deux parents. 

«Je me doute bien que c'est de ça que je vais mourir, mais ça ne m'inquiète pas outre mesure, confie-t-il. Je fais des tests, je ne fais pas trop de folies, j'ai une hygiène de vie relativement saine, mais je ne suis pas hyper discipliné non plus. Je crois beaucoup à la vie et au destin. Je ne veux juste pas que ça arrive trop tôt. Ma soeur avait 48 ans, ma mère 52. Ce n'est pas vieux. Je suis assez naïf pour croire que je serai l'exception à la règle. Je me fie à ma bonne étoile.»

De son propre aveu, Stéphane Rousseau n'a pas toujours été aussi zen face à la mort. «Quand j'étais jeune, je pensais que j'allais mourir avant 30 ans», confirme-t-il. Le sentiment d'urgence, il l'a bien vécu lorsqu'il a troqué son micro d'animateur de radio pour celui d'humoriste, au tournant des années 90. «Je voulais vite montrer de quoi j'étais fait et monter un premier spectacle. Puis j'en ai fait un autre, un autre, un autre... J'en ai monté six et je suis encore là.»

Ce sixième spectacle, Un peu princesse, vivra son baptême des planches de Québec mardi, à la salle Albert-Rousseau, après avoir été présenté plus de 40 fois en France. Entre la scène, le cinéma et le petit écran - il reprendra la barre de l'émission Sur invitation seulement l'automne prochain -, Stéphane Rousseau n'a pas chômé ces derniers temps. Même qu'il dit songer à alléger un peu son horaire. «J'essaie de ne pas avoir de regrets, indique-t-il. C'est pour ça que j'ai envie de ralentir un peu mes activités professionnelles, surtout les déplacements. Je m'amuse à dire que je fais ma première tournée d'adieu.»

Entre deuil et rire

Stéphane Rousseau avait 12 ans lorsque sa mère a perdu sa longue bataille contre le cancer. «J'avais sept ans quand elle est tombée malade et elle a été cinq ans en phase terminale, note-t-il. Ce n'était facile pour personne. Pendant cinq ans, on nous a répété qu'elle en avait pour trois mois. La seule chose qui la tenait en vie, c'était ma soeur et moi. Et surtout moi parce que j'étais plus petit. Elle disait que j'étais trop petit. À l'hôpital, ils ne comprenaient pas pourquoi Mme Berthe était toujours vivante. Elle ne voulait pas partir.»

Malgré les drames, Rousseau dit avoir vécu une enfance heureuse dans une famille soudée. Le rire y prenait beaucoup de place, entre l'humour potache de son père, celui plus noir de sa soeur et le «bon public» que représentait sa tante Mary, qui l'a, selon ses dires, pratiquement élevé pendant que sa mère était malade. C'est cette même tante qui lui a fait découvrir Frank Sinatra, Jerry Lewis et Dean Martin à la télé américaine. Elle allait aussi lui inspirer l'une des locomotives de sa carrière de comique : l'illustre personnage de Madame Jigger, dont le sonore «Oh mon Dieu!» est entré dans les annales de l'humour québécois. 

«Chez nous, on riait de tout. Il n'y avait pas vraiment de tabou», évoque Stéphane Rousseau, qui a appliqué la philosophie familiale en brodant, dans son précédent spectacle, tout un numéro autour du lit de mort de son paternel. Un monologue nourri des incongruités qui surviennent au moment le moins opportun et des absurdités que peuvent déblatérer les gens mal à l'aise. Le comique y voit une manière d'apprivoiser le deuil, mais aussi de garder vivante la mémoire des disparus, qui continuent sans le savoir de dérider leur auditoire.

Apprivoiser sa voix

À l'époque où il faisait de la radio, après une émission lors de laquelle il avait délaissé ses personnages pour parler de sa propre voix, le jeune Stéphane Rousseau s'est fait conseiller par un patron d'éviter de recommencer. 

«Ça m'avait fait reculer beaucoup, mais il avait raison, relate l'humoriste. Des erreurs comme un "si j'aurais", dans la bouche d'un personnage, ça passait. Mais d'un animateur de radio du matin, c'est un peu plus délicat. Ce n'est pas pour rien que je me cachais derrière des personnages. Travailler avec ma propre voix, ç'a été très compliqué pour moi dans le passé. J'étais complexé de ma scolarité, de mes lacunes de vocabulaire ou de français en général. Je n'osais pas trop m'exprimer.»

Petit, Stéphane Rousseau était loin d'être un premier de classe. En début de carrière, il a donc suivi la recommandation de ce même patron et il s'est inscrit à des cours de français. «Ç'a été un cheminement et beaucoup d'efforts», note le père d'un garçon de six ans, qui garde pas trop loin de la surface cette image du «petit cancre qui se cachait derrière des jokes».

«C'est pour ça qu'une première de spectacle prend tant d'importance aujourd'hui, ajoute-t-il. Je connais le chemin que j'ai parcouru. On n'a jamais envie que les gens nous voient avec nos lacunes ou notre passé. C'est notre enfance qui nous suit toute notre vie.»

Sa vraie voix, il a beaucoup misé sur elle dans son dernier spectacle, au ton plus personnel. Et elle est semble-t-il plus présente que jamais dans le nouveau... Même si de fidèles personnages - la célèbre Madame Jigger et le tombeur Rico - continuent de le suivre dans Un peu princesse.  

 

Le défi de s'encanailler

Dans la mise sur pied de son nouveau spectacle, Stéphane Rousseau aurait voulu faire simple. Mais il sait que faire simple, c'est compliqué. Dessinateur et peintre à ses heures, l'humoriste cite Picasso. «Il disait que ça lui a pris toute sa vie à apprendre à dessiner comme un enfant, note-t-il. Mais ce n'est pas évident parce qu'on aime ça se casser la tête.»

Des casse-tête, le comique en a affronté plusieurs dans l'échafaudage de ce qui allait devenir Un peu princesse, présenté à la salle Albert-Rousseau mardi. Sur la forme et sur le fond. Soucieux d'éviter les redites et souhaitant casser son image de «bon gars», Stéphane Rousseau a voulu adopter un ton plus caustique pour livrer ses nouvelles blagues, inspirées notamment de sa rupture avec l'actrice et réalisatrice Reem Kherici.

«Il a été plus compliqué à monter, ce show-là, reconnaît-il. Au début, je ne savais pas comment m'y prendre, je cherchais le personnage. La limite est très fragile. Si tu es trop méchant, tu vas refroidir la salle et tu n'auras plus les gens de ton côté. À moins que ton nom soit Mike Ward et que tu puisses aller très loin.»

Rousseau utilise le mot personnage pour décrire cette prestation plus près du stand-up, mais il ajoute du même souffle livrer ici le spectacle qui ressemble le plus à ce qu'il est dans la vie. «C'est vrai que j'ai l'image d'un bon gars et j'en suis un. Mais je ne suis pas que ça non plus, nuance-t-il. Je peux être un peu dur, un peu mean [mesquin]. Surtout en humour, en fait. Mais je ne l'exploitais jamais sur scène. Ça fait tellement longtemps que je fais ce métier-là. Quand j'ai commencé, personne n'était mean sur scène, à part RBO ou Normand Brathwaite. C'était vraiment des chasses gardées et ce n'était pas ma tasse de thé. Moi, je venais plus jouer dans les talles d'André-Philippe Gagnon.»

Stéphane Rousseau décrit les 40 premières minutes de son spectacle comme «assez rentre-dedans». De quoi surprendre les fans habitués à un style plus consensuel. «Je le vois qu'il y a des madames qui m'aimaient bien et que dans ce show-là, elles me regardent croche un peu. Mon public a toujours été très large. Il y a des dames de 80 ans qui viennent me voir. Évidemment qu'elles ont moins d'ouverture sur l'humour un peu trash», décrit l'humoriste, qui voit ce type de changement comme un pari nécessaire dans une carrière.  

«Ça peut aller chercher un public que tu n'avais pas dans ta poche, illustre-t-il. Il faut prendre des risques. Des fois, c'est pour le mieux, des fois, tu te trompes. Soyons honnêtes, on ne sauve pas des vies. Au pire, ton ego prend un coup.»

Spectacle cherche titre

Si la création d'un spectacle d'humour a de quoi donner des maux de tête, la démarche entourant sa mise en marché peut aussi s'avérer laborieuse. Parlez-en à Stéphane Rousseau, dont les nouvelles blagues ont changé de titre et de présentation visuelle au moins cinq fois dans les six mois qui ont précédé son entrée en scène. 

«J'ai eu bien de la misère à me brancher», rigole l'humoriste. Il n'était toutefois pas seul à souffrir d'indécision. «On était plusieurs têtes autour de la table, observe-t-il. Je pense que plus on est, plus ça devient compliqué.»

Avant de devenir Un peu princesse chez nous, le spectacle s'est d'abord intitulé Stéphane Rousseau brise la glace en France. Mais déjà là, il en était à son énième changement de nom. 

«Au début, ils voulaient une affiche pour la prévente du rodage, relate Stéphane Rousseau. Tu n'as même pas une joke d'écrite et tu dois trouver un titre. C'est compliqué. C'est pour ça que j'avais trouvé ce titre un peu générique, I Live U, qui ne voulait pas dire grand-chose à part que ce serait live. On s'est rapidement rendu compte que personne ne comprenait!»

Par la suite, le spectacle a été baptisé Stéphane Rousseau enfin réuni. «Je le trouvais assez chouette. Ça impliquait que j'étais plus ramassé que jamais. Mais plus le show avançait, moins on trouvait que c'était représentatif. Et le projet d'affiche ne donnait pas ce qu'on voulait.» 

Pendant un moment, l'équipe Rousseau s'est penchée sur le titre Sérieusement drôle avant de courtiser Claude Meunier et Louis Saia pour mettre la main sur Appelez-moi Stéphane. «Ils n'avaient pas vraiment d'objection, sauf que ça risquait de prêter à confusion avec la pièce de théâtre, qui est très connue.»

Quant à la possibilité de ne pas s'imposer de titre du tout, elle a aussi été considérée, puis rejetée. «Pour chaque titre, on a fait des projets d'affiche, reprend l'humoriste. On a passé six mois à faire du Photoshop sur chaque affiche, à se poser plein de questions, à retravailler les concepts, à se faire dire qu'il fallait trouver vite ou que les diffuseurs n'aimaient pas trop ça...» Bref, un stress dont Stéphane Rousseau se serait bien passé. «J'ai détesté ça!» confirme-t-il. 

En rafale

Le complexe de l'humoriste acteur

Stéphane Rousseau a joué dans une dizaine de films depuis son baptême du cinéma en 2002. Entre les oscarisées Invasions barbares de Denys Arcand et le grand déploiement d'Astérix aux Jeux olympiques, une production truffée de vedettes, mais écorchée par la critique, il a fréquenté toutes sortes de plateaux sans vraiment réussir à se défaire de l'étiquette de l'humoriste acteur. «C'est sûr que ça reste un peu. J'arrive sur un plateau avec ce léger complexe. Mais j'ai quand même confiance en ce que je peux apporter à un rôle. Si c'est le bon casting pour moi, que j'ai fait des auditions et qu'on m'a choisi, j'assume complètement et je n'aurai pas peur d'affronter n'importe quel acteur dans les yeux», assure-t-il avant d'ajouter un bémol : «Mais c'est vrai qu'on est jugé un peu différemment. Et généralement, quand ça ne va pas, c'est de ta faute!» 

Question d'accents

Menant simultanément des carrières en Europe et au Québec, Stéphane Rousseau se frotte souvent à l'épineuse question des accents. Son constat? «J'ai toujours le cul entre deux chaises!» Alors qu'on lui reproche parfois ici de parler à la française, il connaît le risque d'être taxé de «folklorique» s'il laisse trop ressortir son joual en France. «Je suis habitué de faire de la télé, avance-t-il. Je suis habitué de puncher, aussi. Mais combien de fois je me suis planté dans des shows de télé là-bas parce que je perdais mes moyens. Improviser sur leur terrain, ce n'est pas évident. La première référence qui va te venir en tête va être québécoise. Après, il est trop tard. Ils se foutent de ta gueule pour le reste de l'émission.» 

Plus d'expérience, pas moins de nervosité

Avec six spectacles d'humour derrière la cravate, Stéphane Rousseau a vécu son lot de premières, de part et d'autre de l'Atlantique. De l'expérience, il en a. Et il semble que l'ancienneté ne soit pas ici remède à la nervosité. «Les premières, ça me stresse de plus en plus, confie-t-il. J'aime de moins en moins ça. Plus on vieillit, plus on a de spectacles derrière nous, plus il y a des risques de décevoir ou de perdre des acquis. Ce n'est pas évident d'assumer tout ça. Surtout qu'on le sait, avec le temps, qu'on est rarement à notre meilleur les soirs de première...» 

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