Ravages d'Alan Lake: de sueur et de terre

Les mouvements des corps ont quelque chose d'organique... (Le Soleil, Erick Labbé)

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Les mouvements des corps ont quelque chose d'organique et de saccadé à la fois.

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) Saisissante fusion de corps à corps bruts et d'images vidéo qui nous transportent dans un Éden dévasté, Ravages, d'Alan Lake, nous entraîne aux frontières de l'inconscient. Là où les étreintes, les recommencements et les deuils se confondent.

Un rideau, d'abord, où apparaissent des visages couverts de boue et de débris végétaux, comme des masques païens. Les yeux fermés se noient dans leurs orbites remplis d'eau. Derrière le voile, quatre corps s'animent. La caméra se penche au-dessus d'une porte posée à l'horizontal et révèle un corps, recroquevillé et maculé de terre, tout au fond.

L'image n'a toutefois rien de macabre. Elle semble tirée d'un songe, d'un rêve étrange qui se répète. Le chorégraphe de Québec joue, justement, sur les redondances et crée des motifs, tant avec les mouvements des danseurs qu'avec les images qu'il y superpose.

Sur les différents paliers d'une maison inachevée - ou démantelée, les quatre danseurs enchaînent les gestes retenus, légèrement schizophréniques.  Sur scène, on a graduellement l'impression de voir les morceaux de cette promesse éclatée. Un coin, un pan de mur, un matelas, des madriers, et cette poussière blanchâtre, issue de projectiles, qui macule peu à peu le plancher et les corps, irrémédiablement attirés vers le sol.

Dominic Caron, David Rancourt, Esther Rousseau-Morin et Arielle Warnke St-Pierre sautent et se rattrapent inlassablement pendant un long moment. Jusqu'à ce que les élans se transforment en chutes, puis en étreintes avides, jusqu'au lit, jusqu'à la perte de soi et la perte de l'autre. Puis les corps à corps cèdent la place aux cris muets et aux soliloques.

Le masculin et le féminin sont ici sur un pied d'égalité. Les deux danseuses font d'ailleurs montre d'une force et d'une présence remarquable que doivent soutenir leurs confrères, au risque d'être rejetés dans l'ombre. 

Il y a l'idée du choc, de la disparition. À plusieurs moments, un danseur se jette du haut d'un mur pour disparaître de l'autre côté, le temps d'une expiration, d'un souffle coupé. Le spectacle est ponctué du bruit d'un madrier qui tombe et de lumières qui aveuglent une seconde, comme pour remettre l'oeil à zéro avant d'y planter de nouvelles images. 

Les mouvements des corps ont quelque chose d'organique et de saccadé à la fois. La musique, un entrelacs de sons, d'échos, de chocs, de percussions et de notes qui s'étirent, s'y colle tout à fait. Et les vidéos ne servent pas qu'à habiller l'espace, ils enveloppent complètement les corps et s'y fusionnent, créant des tableaux magnifiques et poignants, qu'on aurait aimés plus nombreux.

L'ensemble emprunte à la figure d'Ophélie, de Shakespeare, au Purgatoire de Dante et n'est pas sans rappeler, plus près de nous, les images et les rituels intemporels de Jacynthe Carrier.

Ravages est à nouveau présenté ce soir et demain à la salle Multi de Méduse.

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