Florent Vollant, l'apprenti  nomade

«Quand tu ne t'attends à rien et que... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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«Quand tu ne t'attends à rien et que tu as vécu avec peu, tu es léger. Il y a une liberté là-dedans. C'est ça que je raconte dans mes chansons : ce que j'ai vu. C'est encore très présent en moi», raconte Florent Vollant.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) S'il était né à une autre époque, Florent Vollant aurait pu être un enfant du Ritalin. Selon ses propres dires, quand il était petit, il ne tenait pas en place. «J'étais très proche de ma mère, mais j'étais turbulent, raconte-t-il. C'est plus que tannant, ça. Je voulais être partout. Ce qu'elle a fait pour me calmer, ç'a été de m'acheter une guitare. Ç'a marché.»

Sur son quatrième album solo paru la semaine dernière, l'auteur - compositeur-interprète rend justement hommage à sa mère, «brave et forte, que j'aurais dû écouter», précise-t-il dans une mise en contexte imprimée dans le livret. Pour Florent Vollant, l'allusion est porteuse. Produit entièrement chez lui sur la Côte-Nord, au studio Makusham de Maliotenam, l'album Puamuna (qui signifie «rêve» en langue innue) le ramène sans doute plus près que jamais de ses racines. 

«C'est rare que je parle de ma mère, reconnaît-il. Je pense que je n'ai jamais fait ça. Peut-être que de le faire là-bas, ç'a eu de l'influence. Je ne l'ai pas fait à Montréal, cet album-là. Je l'ai fait dans mon coin, avec mes instruments, ma gang, dans mon studio, avec mon micro. Au lieu d'aller à Montréal vers les musiciens, c'est eux autres qui sont venus chez nous. C'est une autre dynamique.»

Cette nouvelle collection de chansons de l'ex-Kashtin nous arrive six ans après la précédente, au terme d'un processus créatif étalé sur trois années ponctuées de voyages, de doutes et de remises en question. Il avoue qu'avec «la mutation que connaît l'industrie», il ne savait pas s'il voulait créer un nouvel album. «L'idée de rentabiliser, de faire des concessions, de faire plus pour beaucoup moins... Je doutais, note-t-il. Mais très vite, la musique a pris le dessus. C'est plus fort que moi. Et j'ai aimé le feu, j'ai aimé me tenir autour de ce projet-là. Mais je suis parti souvent. Je le laissais, j'avais l'esprit ailleurs.»

Il évoque des voyages «au Yukon, dans l'Ouest, à la Baie-James, au Groenland». Des vacances au Mexique ou à Cuba, très peu pour Florent Vollant! «Moi, en haut du 55e parallèle, je commence à être bien, explique-t-il. Je respire, j'aime la lumière. C'est un territoire que je connais et je rencontre là-bas des gens qui ont le même esprit que moi. C'est dans mon ADN : si je ne bouge pas, je vais perdre l'équilibre et tomber dans des dépendances qui ne sont pas le fun...»

Ses périples sont aujourd'hui souvent ancrés dans la musique, mais ils ramènent Florent Vollant à ceux qu'il faisait dans sa jeunesse, sur les traces des aînés. «Ils m'amenaient avec eux, ils me trouvaient drôle, se souvient-il. J'ai perdu mes parents jeune, ils ont pris soin de moi, ils m'ont comme adopté. Les aînés, ils connaissent le territoire. Quand tu voyages avec eux, c'est de la survie. On voyage avec peu, on trouve ce dont on a besoin en cours de route. Aujourd'hui, il y en a très peu qui vivent comme ça. J'ai fait partie du dernier mouvement.»

De ces voyages initiatiques, le musicien dit avoir gardé en héritage une leçon - celle «de ne pas nuire» -, un statut «d'apprenti nomade», une réconciliation avec le langage et la capacité de se sentir bien partout. «Quand tu ne t'attends à rien et que tu as vécu avec peu, tu es léger, évoque-t-il. Il y a une liberté là-dedans. C'est ça que je raconte dans mes chansons : ce que j'ai vu. C'est encore très présent en moi. Et la langue innue est tellement musicale...»

Pascale Picard : la rencontre improbable

Sur son nouvel album, Florent Vollant revisite en innu une chanson de Pascale Picard : Haunted States est ainsi devenue Apu peikussian au terme d'une rencontre aussi improbable que fructueuse... née dans une sorte de malentendu. 

Les deux artistes se sont rencontrés pour la première fois il y a quelques années, dans les coulisses du spectacle de la fête nationale du Canada à Ottawa. «Dans ces endroits-là, il y a beaucoup de monde. C'est big, ça se passe en anglais. Elle, de nulle part, elle est apparue devant moi pour me dire qu'elle aime ce que je fais. J'étais content, mais surpris», relate Florent Vollant, qui a été tout aussi étonné de recevoir quelques années plus tard une chanson de Pascale Picard, enregistrée guitare-voix, dans sa plus simple expression. 

Croyant être sollicité comme arrangeur, Vollant s'est attelé à la tâche avec ses coréalisateurs Réjean Bouchard et Kim Fontaine. «Je ne savais pas ce que je pouvais faire à part la guitare rythmique, ajoute-t-il. Est-ce qu'elle voulait un hand drum là-dedans? Je n'ai pas trop parlé, je n'osais pas l'appeler.»

Une fois les arrangements terminés, il a retourné la pièce en anglais à sa jeune consoeur. «Elle a dit : "Florent, c'est très bon ce que vous avez fait... Mais on l'a déjà endisquée, cette chanson-là. Tu ne m'as pas rappelée, je pensais que tu n'aimais pas ça." Je lui ai dit qu'on ne travaille jamais pour rien. J'ai décidé de la chanter en innu», raconte Vollant, qui a invité Picard à partager le micro avec lui pour cette nouvelle version. La boucle est maintenant bouclée...

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