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Jean-Christophe Spinosi et les Violons du Roy: la musique à réinventer le monde

«Aujourd'hui, parler de

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«Aujourd'hui, parler de "la" musique contemporaine, c'est un peu absurde. La musique, c'est quelque chose qui doit beaucoup bouger. Il n'y a pas de principes»

Photo JB MIllot

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(Québec) Ceux qui l'ont vu à l'oeuvre la saison dernière, lors du passage de l'Ensemble Mattheus au Club musical de Québec, savent quel musicien allumé, inspiré et inspirant devient Jean-Christophe Spinosi dès qu'il met le pied sur scène et l'archet sur la corde. Cette fois, c'est à la tête des Violons du Roy qu'il vient nous visiter. Entrevue avec un vrai musicien du monde, un chef d'orchestre pour qui la musique appelle au dépassement de soi dans le renouvellement et le brassage constant des idées.

Q À Québec, au Palais Montcalm, vous allez diriger les Violons du Roy dans un programme mi-baroque, avec des oeuvres de Vivaldi, de Télémann et de Handel, mi-XXe siècle, avec l'Adagio de Barber et la Symphonie de chambre en do mineur de Chostakovitch. Avez-vous l'intention de diriger tout en jouant du violon?

R Je ne vais que diriger. C'est comme cela que je le sens. J'ai une formation de chef moderne, je joue aussi du violon moderne et du violon baroque. Il y a beaucoup de musiciens de ma génération et de la génération d'après qui sont polyvalents. On n'est plus du tout dans une époque où il y a la guerre entre les baroqueux et les moderneux. On doit ça au travail de nos aînés qui ont normalisé la situation. Je dirais qu'on est dans une époque où il faut absolument remettre tout le temps les compteurs à zéro, où on doit se réinventer en permanence, tant du point de vue de la vie, du social, de l'humain que de la musique. Parce que la musique n'est que l'écho de l'état de la société. Les vieux systèmes ont un peu de plomb dans l'aile. Avant toute chose, il faut faire preuve de beaucoup d'audace et d'imagination. La musique, je trouve que ça appelle à ça. Si le monde entier est en train de bouger, ce serait très triste que l'interprétation reste figée, alors que ce qui est vrai aujourd'hui ne le sera pas demain.

Q La modernité, pour vous,

ce serait quoi?

R La modernité, c'est un petit peu comme ce qu'on peut imaginer du XVIIIe siècle. Entre Bach et Beethoven, on est tout tassé sur un siècle. Le cours de la musique va du baroque au classique au pré-romantique-moderne. L'évolution des instruments a aussi été incroyable. Aujourd'hui, parler de «la» musique contemporaine, c'est un peu absurde. La musique, c'est quelque chose qui doit beaucoup bouger. Il n'y a pas de principes. Je vous parle de ce qui fonctionne pour moi. J'ai besoin de parler, d'échanger. «Les» musiques m'aident à échanger les émotions que je trouve dans mon quotidien et c'est fantastique d'avoir plusieurs langages possibles pour faire passer des idées. Plus le spectre est large et mieux c'est.

Q Ce qui nous amène

à la mixité des programmes...

R Jusque dans les années 60, des programmes avec du baroque et du moderne, c'était très fréquent. Ça s'est perdu à partir du moment où les orchestres dits modernes ont laissé le répertoire ancien aux «spécialistes». Aujourd'hui, je crois que les gens sont de nouveaux polyvalents. En fait, ils sont multispécialistes.

Q C'est le cas des

Violons du Roy...

R J'imagine qu'ils sont très exigeants pour ce qui concerne l'approche stylistique des oeuvres baroques ou classiques, même s'ils jouent sur instruments modernes. En même temps, ils jouent aussi du répertoire du XXe siècle et de la musique contemporaine. Ce sont des spécialistes de plusieurs genres. Alors qu'avant, quand on jouait des musiques baroques et du XXe siècle au même concert, on les jouait avec le même son et le même vibrato.

Q Les Violons peuvent parfois changer trois fois d'archet au cours d'un même concert...

R Ça, c'est très chouette. Je suis très content de participer à ce genre d'aventure. C'est excitant, on rigole bien, on explore et on partage cette exploration avec le public. En faisant cela, on n'agit pas comme des conservateurs de musée. On essaie de redonner leur aspect contemporain à chacune des musiques. La musique, elle nous intéresse si elle nous parle à nous, personnes du XXIe siècle. Ce n'est pas la reconstitution historique qui m'intéresse. Si on la fait sonner d'une manière vraie, on retrouve les préoccupations, les émotions, les affects de nos ascendants et on les ressent de nouveau comme des personnes modernes et on a plus d'empathie pour elles.

Q Ça redevient de

la musique contemporaine.

R Exactement.  

Q Et on peut imaginer que les instrumentistes rompus à la pratique de la musique ancienne sont mieux outillés aujourd'hui pour jouer Chostakovitch que leurs collègues il y a 30 ou 40 ans. 

R C'est vrai et je suis 1000 fois d'accord avec vous. Mais après, je préfère entendre des musiciens totalement engagés, passionnés à l'extrême, et qui adopteraient un style que je ne pratique pas, plutôt que des musiciens excellemment préparés stylistiquement, mais qui avanceraient par calcul et qui voudraient faire tout bien. L'idéal étant de trouver des musiciens passionnés avec un style convaincant!

***

Vous voulez y aller?

Qui : Les Violons du Roy; Jean-Christophe Spinosi, chef d'orchestre; Vincent Lauzer, flûte à bec; Ariane Brisson, flûte

Quoi : oeuvres de Vivaldi, Handel, Telemann, Barber et Chostakovitch

Où : salle Raoul-Jobin

Quand : 7 mai à 14h et à 20h

Billets : 39 $ à 73 $ (30 ans et moins : 23 $)

Tél. : 418 643-8131

Les temps changent

Les temps changent. L'art d'interpréter la musique de Chostakovitch, dont la Symphonie de chambre en do mineur que les Violons du Roy vont présenter avec Jean-Christophe Spinosi, aussi. 

L'oeuvre a longtemps été l'apanage des orchestres russes. Plus aujourd'hui. Le chef français l'a gravée sous étiquette Deutsche Grammophon avec l'Ensemble Mattheus, l'année dernière, en utilisant à la fois des instruments baroques joués avec des archets modernes et des instruments modernes joués avec des archets baroques. Le disque, unique en son genre, est venu aux oreilles de l'Orchestre de chambre de Moscou, une formation fondée en 1953 et premier interprète de cette Symphonie de chambre. De toute évidence, il lui a plu, puisque Spinosi a été invité à venir diriger l'oeuvre à Moscou la saison prochaine. 

«Ce genre d'anecdote, ça nous montre que, vraiment, le monde est en train de bouger, se réjouit le chef d'orchestre. Ça rend optimiste. Les musiciens ont envie de croquer les choses d'une manière différente et j'espère que ce n'est pas seulement une tendance, mais que c'est vraiment l'arrivée d'un nouveau monde.»  

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