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Moi, dans les ruines rouges du siècle: le fabuleux destin de Sasha Samar

La vie a de ces ironies! La première fois qu'Olivier Kemeid a vu Sasha Samar... (Photo Jeremie Battaglia)

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(Québec) La vie a de ces ironies! La première fois qu'Olivier Kemeid a vu Sasha Samar dans une pièce, où il a été «frappé» par sa présence, c'était dans Six personnages en quête d'auteur de Pirandello. Quelques années plus tard, l'acteur d'origine ukrainienne a eu besoin d'un auteur pour coucher sur papier son incroyable histoire de survie et de quête identitaire. Il s'est confié à Kemeid. Le dramaturge y a puisé la matière de Moi, dans les ruines rouges du siècle, un titre qui fait allusion au colossal chaos qu'a engendré l'effondrement de la Russie soviétique. Entretien avec un des fleurons de la nouvelle dramaturgie québécoise.

La présentation de Moi, dans les ruines... au Périscope vient réparer une injustice. Cette pièce qui a connu un succès public et critique retentissant (meilleure production en 2012 à Montréal) n'a jamais été présentée à Québec. Pourtant, Kemeid a une «relation forte» avec la capitale. Et pas seulement parce que la famille de sa mère y a ses racines.

Alors qu'il est à peine sorti de l'École nationale de théâtre, en 2002, Marie-Thérèse Fortin lui offre un contrat d'un an à titre d'adjoint artistique au Trident. Il noue des liens persistants avec la communauté théâtrale de Québec, notamment Frédéric Dubois. Dès sa nomination comme directeur artistique d'Espace libre à Mont­réal, en 2006, il programme des pièces de Québec. «Je n'étais pas le seul, mais ça a un peu amorcé quelque chose.» D'autres ont pris le relais, comme le Théâtre d'aujourd'hui, dirigé par... Marie-Thérèse Fortin. «La 20 n'est plus à sens unique.»

Un «potentiel artistique»

Et que vient faire Québec avec Moi, dans les ruines...? C'est ici, alors qu'il assistait à une représentation de la brillante Abraham Lincoln s'en va au théâtre (Larry Tremblay), que Kemeid est happé par Sasha Samar, qui lui rappelle leur volonté de collaboration. L'acteur a une valise pleine de propositions d'adaptation, raconte, amusé, Kemeid. «Devant mon manque d'enthousiasme pour celles-ci, il me dit :"Peut-être qu'il y a des pans de ma vie qui ont un potentiel artistique."»

Le dramaturge est déjà bien au fait du destin insolite de cet acteur formé au Conservatoire de Kiev et sacré Jeune espoir de la scène ukrainienne, débarqué au Québec avec femme et enfant, en 1996. Pendant tout un automne, les deux hommes discutent trois heures par semaine. Le dramaturge noircit 75 pages. Il ne sait pas encore s'il en fera un roman, un film, une série télé ou une pièce, mais il sait qu'il tient quelque chose.

Il demande à son ami s'il peut prendre six mois pour décanter et accaparer le sujet. En acceptant, «il m'a fait l'un des plus beaux cadeaux de ma vie». «En relisant mes notes, celles d'un homme de théâtre parlant à un autre homme de théâtre, très vite la pièce est apparue.» Le duo se rencontre pour réunir une distribution (Robert Lalonde, Sophie Cadieux...), avant l'écriture. Une autre façon pour le dramaturge «de ne pas se sentir à plat ventre devant une imposture».

Car Olivier Kemeid n'est pas un expert de la chute de l'URSS et n'avait pas l'intention de le devenir. Pas besoin. Il s'agit d'une toile de fond à ce dialogue entre la petite et la grande histoire. «C'est avant tout le récit d'un jeune homme qui tente de retrouver sa mère dans un pays qui se désagrège. L'échec de Sasha et sa reconstruction, c'est un miroir de la grande tragédie [de tout un peuple].» Mais l'action aurait tout aussi bien pu se dérouler dans le Chili de Pinochet ou le Cuba de Castro, dit-il.

Il y a tout de même des références directes. Tchernobyl. «Le père de Sasha est décédé d'un cancer à la suite de l'irradiation.» L'accident nucléaire est venu hanter l'auteur d'une drôle de façon. «J'écrivais ça pendant Fukushima [l'accident nucléaire causé par le tsunami au Japon, en 2011]. L'histoire se répétait. C'était cauchemardesque.» Il y a aussi Anton, l'ami acteur de Sasha, qui gagne sa vie en jouant Lénine. Lui ne veut pas de la perestroïka, car il va perdre le rôle de sa vie. «J'ai trouvé ça extraordinaire. C'est une petite métaphore de l'effondrement.»

Olivier Kemeid voulait éviter le piège de la pièce politique pour en conserver «l'accessibilité». La guerre actuelle en Ukraine a donc «moins d'incidence» sur le contenu. Reste que la situation était déjà trouble après l'indépendance de 1991. En conséquence, «certains monologues de Sasha ont pris une nouvelle teinte et ont un impact incroyable», constate-t-il.

D'ailleurs, Moi, dans les ruines rouges du siècle provoque une profonde résonance chez les Québécois, a-t-il constaté en tournée. Les spectateurs s'identifient à cette quête identitaire. La recherche de la mère, c'est aussi celle de la mère patrie et de la langue maternelle. «Notre flou identitaire, c'est peut-être la perception d'un artiste, mais je le vois comme un moteur. C'est ce qui a permis à Sasha, en tous cas, de vivre [son fabuleux] destin.»

À l'affiche

Titre : Moi, dans les ruines rouges du siècle

Texte : Olivier Kemeid

Mise en scène :

Olivier Kemeid

Interprètes : Marilyn Castonguay, Geoffrey Gaquère, Robert Lalonde, Pascale Montpetit

et Sasha Samar

Salle : Théâtre Périscope

Dates : du 7 au 18 avril

Synopsis : C'est l'histoire de Sasha, un jeune homme qui tente de retrouver sa mère alors que tout s'effondre autour de lui : ses rêves, ses idéaux, son pays. Vivant seul avec son père, Sasha, né en 1969 en Ukraine, découvre à sept ans que sa mère n'est pas sa mère, qu'il a été kidnappé à l'âge de trois ans par son père, et que celui-ci a reconstruit sa vie avec une autre femme. Il se met alors en tête de devenir célèbre afin que sa mère puisse le voir un jour à la télévision et le reconnaître comme sien.

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