Billets de spectacles: payez maintenant, voyez (beaucoup) plus tard

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Savez-vous où vous serez dans un an? Avec des tournées annoncées de plus en plus longtemps d'avance, la confiance et le portefeuille des fans sont mis à l'épreuve.

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(Québec) Où serez-vous le 28 octobre 2015? Nombreux sont ceux qui ignorent la réponse... Mais si vous êtes fan de l'humoriste et animateur Mario Tessier et que vous tenez à être témoin de son baptême des planches en solo, sans doute le savez-vous depuis un bon moment : pour son premier one-man-show, l'ex du duo Les Grandes Gueules a fixé son rendez-vous avec son public près d'un an d'avance. Pressé, le monsieur? Pas davantage que la moyenne des humoristes...

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«Quand on peut penser à l'avance qu'on va vendre tant de centaines de milliers de billets au Québec, il faut prévoir les locations de salles : il faut que tu les réserves et que tu les confirmes. Une fois que c'est confirmé, pourquoi laisser la concurrence te couper l'herbe sous le pied?» - Jean Beauchesne, directeur général du Théâtre Petit Champlain 

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Lorsqu'ils ont entrepris la transition du petit écran aux planches, Véronique Cloutier et Louis Morissette se sont aussi donné un an de jeu : une annonce en novembre 2013 pour une première à Québec en novembre 2014. Idem pour Jean-François Mercier, qui a mis en vente les billets pour son spectacle Subtil, sensible, touchant en octobre 2013, 12 mois avant la première à la salle Albert-Rousseau. Philippe Laprise s'est contenté de 11 mois d'avance pour son petit dernier, Plus sexy que jamais. Louis-José Houde et Patrick Huard ont de leur côté étiré les délais un peu plus : le premier a commencé à promouvoir Les heures verticales en novembre 2011, alors que la première chez nous était prévue en janvier 2013, le second a publicisé un retour sur scène prévu pour mars 2012 dès septembre 2010. 

La liste pourrait s'étirer encore longtemps. Cette habitude de courtiser les spectateurs quatre saisons avant l'inauguration d'une tournée semble devenue la norme dans le milieu de l'humour, un secteur particulièrement prisé des Québécois. Les oeuvres des comiques les plus populaires roulent pendant plusieurs années et bon an, mal an, celles-ci se classent en haut du palmarès des spectacles les plus fréquentés dressé par l'Institut de la statistique du Québec, côtoyant quelques grandes tournées internationales et les spectacles du Cirque du Soleil, qui font aussi généralement bonne figure. 

Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette pratique, qu'on dit «relativement nouvelle». Les observateurs consultés par Le Soleil évoquent notamment le fait que les périodes de rodage sont souvent plus longues que par le passé. Avant les premières médiatiques et le lancement «officiel» de la tournée, certains auront donc livré bon nombre de représentations. La hausse du prix des billets est aussi évoquée par certains. «C'est une question de donner le temps au client de ramasser ses sous. Quand les billets coûtaient 15 ou 20 $, ce n'était pas la même affaire», illustre le promoteur Michel Brazeau.

Offre et demande

Et si tout n'était question que d'offre et de demande? C'est du moins ce que croit Jean Beauchesne, qui évolue dans le milieu du spectacle depuis une trentaine d'années. À ce chapitre, l'engouement suscité par la pièce-culte Broue aurait donné le ton, nourrissant un besoin de planifier à plus longue échelle et contribuant à créer un effet d'entraînement. «On est devenu plus planificateur, estime M. Beauchesne. Il y avait tellement de demande pour Broue, les gens appelaient tellement pour savoir d'avance quand il y aurait des supplémentaires que ç'a poussé [le producteur Jean-Claude Lespérance] à s'ajuster et à planifier en conséquence. Broue touche à la fois le théâtre et l'humour. D'autres producteurs en humour ont suivi. À l'époque, ça touchait des artistes comme Jean-Marc Parent. Ça va aujourd'hui jusqu'à des gens comme Sugar Sammy.»

Quand une tournée a fait courir les foules, on peut s'attendre à ce que la prochaine suscite aussi de l'intérêt. Le reste tient donc à des calculs et à des projections. «Quand on peut penser à l'avance qu'on va vendre tant de centaines de milliers de billets au Québec, il faut prévoir les locations de salles : il faut que tu les réserves et que tu les confirmes, ajoute M. Beauchesne. Une fois que c'est confirmé, pourquoi laisser la concurrence te couper l'herbe sous le pied? Pourquoi laisser le consommateur acheter un billet pour un autre artiste que le tien? Ça se fait naturellement, il n'y a pas de grand secret derrière ça, c'est une question de projection et de planification. C'est purement et simplement arithmétique.»

Si un Louis-José Houde ou un Martin Matte peuvent... (Illustration Le Soleil) - image 2.0

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Si un Louis-José Houde ou un Martin Matte peuvent se permettre de longs délais entre l'annonce du spectacle et la première, un artiste moins connu risque d'avoir moins de succès avec cette stratégie de marketing

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Un «test de popularité»

Se procurer un billet pour un spectacle en construction, voire pas encore écrit, demande une certaine confiance de la part des fans. Surtout lorsque ledit spectacle devra être inscrit à un agenda ou à un calendrier qu'on n'a pas encore acheté! Le promoteur Michel Brazeau voit dans cette pratique une manière pour les artistes de «tester leur popularité». 

«Ce n'est pas la majorité des gens qui savent où ils vont être dans un an, évoque-t-il. Mais tant et aussi longtemps que les consommateurs vont acheter un an d'avance, ça va rester comme ça. On s'entend que l'artiste, ça ne lui donne rien de plus. Il n'a pas plus d'argent dans son compte. L'argent est gardé en fiducie par Ovation ou par Billetech, par exemple. Tant et aussi longtemps que le spectacle n'est pas passé, ça reste l'argent du consommateur.» 

Qui dit confiance du public dit donc notoriété. Si un Louis-José Houde ou un Martin Matte peuvent se permettre de longs délais entre l'annonce du spectacle et la première, un artiste moins connu aura sans doute moins de succès avec cette stratégie de marketing. Si la nouvelle initiale risque d'apporter de la visibilité, mieux vaut prévoir un budget de promotion qui maintiendra l'intérêt pendant les mois suivants. Une enveloppe qui n'est pas à la portée de toutes les bourses. 

«Si ta prévente n'est pas très bonne, là, ça te met de la pression, estime Jean Beauchesne. Dans le pire des cas, tu vas annuler purement et simplement. Mais si ton retour est attendu, ça ne jouera pas parce que la prévente va être forte, et le reste va suivre.»

Le «reste» inclut notamment les représentations supplémentaires, qui s'ajoutent quasi invariablement chez les comiques. Là aussi, les producteurs jouent de rapidité pour réserver les salles, question de mettre le grappin sur des dates consécutives ou de fins de semaine, par exemple. Si toutes ces cases ne sont pas rendues publiques immédiatement, les «options» n'en sont pas moins réelles... Et sujettes à annulation si la réponse des spectateurs ne s'avère pas à la hauteur.  

«Ça fait partie du phénomène, note Michel Brazeau. Ça m'arrive assez régulièrement de me faire appeler par des salles parce qu'une belle fin de semaine vient de se libérer. Souvent, c'est très longtemps d'avance.»

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Les revenus de billetterie, souvent considérables, peuvent s'accumuler pendant plusieurs mois entre l'annonce d'une tournée et la présentation des spectacles.

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Où va l'argent?

Les revenus de billetterie, souvent considérables, peuvent s'accumuler pendant plusieurs mois entre l'annonce d'une tournée et la présentation des spectacles. La loi empêche toutefois quiconque d'empocher l'argent des spectateurs tant que la prestation qu'ils ont payée n'a pas eu lieu. 

«Lorsqu'un commerçant perçoit des sommes plus de deux mois avant qu'il ait à exécuter son obligation, il doit placer ces sommes dans un compte en fidéicommis», confirme le porte-parole de l'Office de la protection du consommateur, Charles Tanguay. «Tant que le show n'a pas eu lieu, personne ne touche à cet argent-là. Sinon, ça serait tellement facile de s'improviser promoteur, de mettre des billets en vente et de se sauver avec l'argent», ajoute le promoteur Michel Brazeau.

Remboursé en cas d'annulation

En cas d'annulation du concert, un spectateur n'aura aucune peine à obtenir un remboursement. Mais si ce même spectateur n'est plus disponible pour assister à un événement acheté longtemps auparavant, le diffuseur ou la billetterie ne lui seront d'aucun recours. À lui donc de revendre son billet ou de faire son deuil de son achat. «Il y a des soirs où je suis assez étonné : j'ai des billets de vendus, et les gens ne viennent pas. Ça arrive! Et si ça arrive ici, ça arrive partout», explique le directeur général du Théâtre Petit Champlain, Jean Beauchesne.

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Pour les grandes tournées internationales, la longueur des délais - quelques mois en moyenne - entre l'annonce du spectacle et l'arrivée de l'artiste dans notre ville dépend davantage du territoire qui sera couvert.

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Les musiciens moins pressés

Si les humoristes demandent à leurs fans de se commettre longtemps d'avance pour assister à leur spectacle, les musiciens se montrent moins pressés. La principale raison expliquant cette différence réside dans la nature de la proposition artistique : alors qu'un spectacle humoristique vit en lui-même, une tournée musicale découle généralement encore aujourd'hui de la production d'un album. 

«Quand tu pars une nouvelle tournée, c'est en théorie parce que tu as un produit à vendre», affirme le promoteur Michel Brazeau. «Dans la plupart des cas, c'est un nouvel album. Ce n'est pas dans 100 % des cas, mais c'est comme ça la plupart du temps.»

Pour les grandes tournées internationales, la longueur des délais - quelques mois en moyenne - entre l'annonce du spectacle et l'arrivée de l'artiste dans notre ville dépend davantage du territoire qui sera couvert. «Ils vont écumer l'Europe, par exemple, avant d'aller en Amérique du Nord», illustre l'ancien programmateur du Festival d'été maintenant directeur général du Théâtre Petit Champlain, Jean Beauchesne.

Quelques exceptions

Des exceptions peuvent toutefois survenir. À ce chapitre, l'exemple du boys band anglais One Direction a marqué l'imaginaire en annonçant au printemps 2012 une tournée prévue pour l'été 2013. Là, l'effet de mode a certainement joué, selon Michel Brazeau. Les jeunes admiratrices du groupe seraient-elles toujours aussi passionnées un an plus tard? Quoi qu'il arrive, leur billet, lui, était déjà acheté. 

«C'est sûr qu'on joue là-dessus, affirme M. Brazeau. On mise sur la popularité de l'artiste dans le moment présent. On veut surfer sur la vague le plus longtemps possible.»

À l'inverse, le promoteur se souvient d'une époque où la spontanéité avait toujours sa place à la billetterie. «Je me rappelle d'une fois où Francis Cabrel faisait une tournée acoustique qui ne devait pas passer par Québec, raconte-t-il. On m'a appelé le vendredi pour que je lui trouve une salle pour le lendemain. Il a joué à la salle Albert-Rousseau et c'était plein!»

Si les frais de service sont pratiquement inévitables,... (Illustration Le Soleil) - image 5.0

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Si les frais de service sont pratiquement inévitables, ils ne peuvent toutefois plus prendre le spectateur par surprise en apparaissant à la fin de la transaction. 

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Le point sur les frais de service

Quiconque achète un billet de spectacle devra s'acquitter des désormais incontournables frais de service. Dans les salles de la capitale, on exige une contribution variant généralement selon le prix du billet, jusqu'à une dizaine de dollars, environ. 

«Les revenus qui découlent des frais de service nous permettent d'offrir et d'assurer un service de billetterie de qualité à notre clientèle, tant à nos guichets, par téléphone que sur le Web, explique la conseillère en marketing de la salle Albert-Rousseau, Sabrina Ing. Plus précisément, les frais de service sont imposés afin de donner accès à la vente des billets, pour le traitement des billets, le soutien technique et la mise à jour des informations afin de demeurer à la fine pointe de la technologie.»

On obtient sensiblement les mêmes précisions du côté du chef de service de la billetterie du Grand Théâtre, Jean Lemieux. Ce dernier cite notamment le «volet contrôle d'accès», qui a été modernisé récemment au Grand Théâtre. «Maintenant, les gens peuvent entrer avec leur téléphone mobile. C'est une technologie unique qui est financée via les frais de service.»

Si ces coûts sont pratiquement inévitables, ils ne peuvent toutefois plus prendre le spectateur par surprise en apparaissant à la fin de la transaction. La Loi sur la protection du consommateur oblige les salles à les inclure dans le prix affiché du billet. Les taxes ne sont toutefois pas toujours incluses et des suppléments peuvent être facturés pour la livraison des laissez-passer. «Mais il faut que le consommateur ait au moins une option qui lui permet d'obtenir le billet au prix annoncé», précise le porte-parole de l'Office de la protection du consommateur, Charles Tanguay.

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