Marie-Pierre Arthur: ne pas bouder son plaisir

Sur Si l'aurore, Marie-Pierre Arthur s'approprie une palette... (La Presse, Marco Campanozzi)

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Sur Si l'aurore, Marie-Pierre Arthur s'approprie une palette musicale tirée d'autrefois.

La Presse, Marco Campanozzi

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(Québec) À l'écoute du troisième album de Marie-Pierre Arthur, on se trouve bien loin de l'époque où la musicienne faisait ses premiers pas en solo. Les racines folk des débuts, qui avaient pris du coffre sur Aux alentours en 2012, ont aujourd'hui complètement disparu. Citant des influences comme Lionel Richie à l'époque des Commodores ou Burt Bacharach, la musicienne et ses complices ont exploré des teintes «rondes et sexy», à la recherche d'un son qui s'apparente, selon sa description, à de la musique «soul de Blanc».

À la base du virage, une volonté de ne pas refaire le même album que le précédent... Et une envie de jouer de la basse différemment. «On s'est donné un univers harmonique et des couleurs d'accords, note la chanteuse et bassiste. C'est beaucoup plus rond, plus sexy, presque soul. Ce sont des affaires qu'on a entendues quand on était jeunes, des accords qu'on a été gênés de jouer pendant des années. Ça me faisait vraiment plaisir d'aller là.»

Dans l'écriture de ses nouvelles chansons, Marie-Pierre Arthur a renoué avec ses deux grands complices : son amoureux François Lafontaine, qui signe ou cosigne presque toutes les musiques, en plus de se charger de la réalisation, et la parolière Gaële, qui l'épaule de nouveau pour les textes (lire l'encadré). 

Au fil de la conversation, Lafontaine laisse tomber le mot cheesy pour décrire la palette musicale bien typée qu'ils ont voulu se réapproprier sur Si l'aurore. Il en exclut toutefois la connotation péjorative - voire kitsch - qui lui est généralement associée. 

«On utilise souvent ce terme pour parler de ce genre de progression d'accords. En refusant d'aller là, tu te prives de tout un pan harmonique où beaucoup de gens sont allés il y a plusieurs années, plaide-t-il. Pourquoi s'en priver? C'est tellement beau! Ça fait sortir la mélodie autrement.»

Le plaisir coupable est donc désormais pleinement assumé? «Ce n'est même plus coupable, assure Marie-Pierre Arthur. Il y a cinq ans, j'aurais appelé ça un plaisir coupable. Maintenant, c'est juste du gros fun pour vrai. Je suis vraiment rendue là dans ce que j'écoute aussi. Je n'ai pas eu envie de bouder mon plaisir. Pantoute!»

La chanteuse ne nie pas que la recherche musicale ayant mené à ses nouvelles chansons soit nourrie de nostalgie. Et si certaines références explorées l'ont fait sourire, la démarche artistique n'en est pas moins sérieuse. «Ce n'est pas une joke pour moi, cet album-là, confirme-t-elle. On ne l'a pas fait en riant. On l'a fait avec tout notre coeur. On est allé revirer quand même loin dans les arrangements. On y a pensé beaucoup.»

La musique avant tout

Marie-Pierre Arthur en convient, sa méthode d'écriture de chansons n'est pas la plus traditionnelle. La poésie doit se mouler à la mélodie, la musicalité des mots prime la beauté pure des vers... Et tout ça se crée à quatre mains avec la consoeur Gaële, avec qui elle collabore depuis ses débuts. «C'est devenu une technique qu'on connaît, mais qui n'est pas nécessairement facile : d'écrire à deux avec une mélodie qui nous dicte des choses, reconnaît Marie-Pierre Arthur. Ça fait des accents toniques qui revolent partout. On est loin de l'école de la chanson. Mais ça me plaît. Je sais que cette musique-là n'est pas du Brel. Je sais ce que je ne suis pas en train de faire.» Dans la création de ses textes, la chanteuse dit faire des «choix sonores». «Des fois, je rajoute des et et des de parce que j'ai besoin de percussions», explique celle qui ne souhaite pas que la langue française devienne pour elle un obstacle à la musicalité... Mais qui accorde en même temps une grande importance au discours qu'elle véhicule. Voilà le défi... «Maintenant, Gaële comprend parfaitement mes priorités», juge Marie-Pierre Arthur. Tellement qu'elle ne se verrait pas signer ses chansons en solo - une ambition qu'elle ne nourrit pas vraiment - ni aller voir ailleurs. «Il y a plein de gens que je lis et avec qui je serais curieuse de voir où ça irait, confie la musicienne. Mais est-ce que la compréhension serait aussi intense qu'avec Gaële? Elle sait les sons que j'ai envie d'entendre. Des fois, elle me lance une phrase en me disant qu'elle sait que je vais haïr ça. Parfois, c'est bien plus beau, ce qu'elle vient d'écrire, que ce qui va être dans la chanson. Sauf que ça ne sonne pas assez pour moi. Il faut trouver une façon de le dire avec cette musicalité.»

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Louis-Jean Cormier 

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Feist

Marie-Pierre Arthur en cinq influences

  1. Fred Fortin en solo : «J'avais 16 ans la première fois que j'ai vu le show de Fred Fortin en solo. Il était venu jouer à Petite-Vallée. Je chantais déjà et je jouais de la basse... Je n'avais pas beaucoup de monde à qui me comparer, alors je me trouvais pas pire! Mais quand je l'ai vu débarquer, j'ai compris c'était quoi un bon bassiste qui chante en même temps et qui compose de vraies belles tounes... Alors, j'ai pratiqué pour vrai, pour la première fois de ma vie.»
  2. Spectacle Close to Paradise de Patrick Watson: «Je ne sais pas ce qui s'est passé, mais, réellement, j'ai senti quelque chose s'ouvrir en moi quand j'ai vu Patrick Watson et ses musiciens pour la première fois. Je n'avais encore jamais entendu le disque. Tous ces beaux gars qui avaient autant de pouvoir sur le mood des spectateurs, tant de charisme, de mélodies et de si grands musiciens... C'était brutal!»
  3. La chanteuse Gillian Welch : «Je l'ai découverte avec l'album Revival. Comme une illumination, j'ai compris - ou plutôt j'ai cru comprendre - par où elle chante! Sa voix accroche tout plein de racoins avant de sortir. Il y a toute son âme dans sa voix. Elle est ploguée direct sur plus grand qu'elle. Ça m'a brisée... et ça m'a fait tant de bien.»
  4. Spectacle Les tremblements s'immobilisent de Karkwa : «C'était le moment où je faisais les rencontres qui ont changé ma vie et qui continuent de la changer. Ces gars-là m'ont montré le chemin de la création. Ils le faisaient avec bonheur. Ils m'ont permis de me projeter dans ce que je suis maintenant. Ces chansons-là, quand je les réentends, je pense presque que je les ai écrites avec eux. Ils m'ont fait rêver au bon moment de ma vie!»
  5. L'album Let It Die de Feist : «C'est Diane Tell qui m'a dit dans une van en tournée : "Écoute ça, tu vas aimer, j'le sais!" Et j'ai reçu un coup de batte de baseball! Tout ce que j'aimais y était. J'étais même comme un peu jalouse... Ou bien quelque chose du genre qui donne du gaz pour avancer plus vite!»

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