Arthur H: soleil d'hiver

«Dès que j'arrive ici [à Montréal], je me... (La Presse, Olivier Jean)

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«Dès que j'arrive ici [à Montréal], je me détends physiquement, mentalement et spirituellement. Je le sens immédiatement. C'est bon, c'est pour ça que j'adore venir ici, entre autres», révèle Arthur H.

La Presse, Olivier Jean

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(Montréal) Il y a tout juste un an, le Français Arthur H écrivait un autre chapitre à l'histoire d'amitié qu'il entretient avec le Québec (son public et ses musiciens) depuis 25 ans en enregistrant sous la houlette du réalisateur François Lafontaine l'album Soleil dedans. Des chansons écrites entre la Californie et les Îles-de-la-Madeleine, immortalisées à Montréal avec la complicité de copains québécois. D'un hiver à l'autre, voilà qu'il boucle la boucle avec une tournée de spectacles qui s'arrête mercredi au Théâtre Petit Champlain. Discussion sur les perceptions et la créativité avec le plus québécois des artistes français...

Q Vous faites ces jours-ci une infidélité à votre groupe en tournant au Québec avec des musiciens d'ici. Qu'est-ce qui a motivé ce choix?

R Déjà, c'était une idée de cohérence artistique. J'ai fait le disque avec eux. J'ai ce désir d'aller plus loin et d'explorer cette musique sur scène avec eux. Après, financièrement, c'est devenu beaucoup plus compliqué de voyager avec un grand groupe. Avant, il y a longtemps, j'avais fait des tournées en région avec un groupe français. Mais, aujourd'hui, ce n'est plus possible. 

Q Vous êtes certainement parmi les chanteurs

français qui nous rendent visite le plus assidûment. Commencez-vous à vous sentir un peu Québécois? 

R De coeur, oui. Culturellement, je reste sûrement un maudit Français! Mais il y a une partie de moi, peut-être à tort, qui a l'impression de comprendre les gens et de les aimer. Et il y a une partie de moi aussi qui est presque plus intime avec le Québec qu'avec la France, curieusement. C'est quelque chose d'indicible... 

Q Vous êtes-vous guéri de cette vision idéalisée que plusieurs Français nourrissent envers

le Québec (l'hiver, les grands espaces, etc.)?

R Il y a toujours une part de cliché qui est vraie. J'ai une théorie là-dessus. Je pense qu'on vit beaucoup dans l'imaginaire. Une partie de cet imaginaire est vraie, une partie est fantasmatique. On ne peut pas avoir une vision objective des choses, ça reste toujours subjectif.

Q Avec les événements dramatiques qui ont secoué Paris en début d'année (lire l'autre texte), comment vous sentiez-vous en débarquant à Montréal?

R Il y a à Montréal une tranquillité. Mais ce n'est pas une tranquillité endormie, c'est une tranquillité éveillée. On a besoin d'être relax pour faire de belles choses. Dès que j'arrive ici, je me détends physiquement, mentalement et spirituellement. Je le sens immédiatement. C'est bon, c'est pour ça que j'adore venir ici, entre autres. 

Q Si vous trouvez Montréal calme, comment décrire votre séjour aux Îles-de-la-Madeleine, où vous avez écrit une partie de votre dernier album?

R Là, c'est vraiment la puissance de la nature. J'adore avoir l'impression d'être au milieu de nulle part. Quand tu as l'impression d'être au bout du monde, que le monde s'arrête après, c'est assez grisant, en fait. Il y a une forme de liberté, on a l'impression d'être au-delà du temps. À un moment, je me suis baladé au pied d'une falaise. On m'avait dit qu'on pouvait se mettre à côté de la mer et se couvrir d'argile. J'y suis allé. Il y avait des couleurs! Une herbe très verte, un ciel très bleu, la mer entre bleu et vert... Il y avait énormément d'énergie dans les couleurs et il y avait aussi un silence que j'ai rarement entendu. Une qualité de silence vraiment étonnante. Ça nourrit vraiment, ce genre de choses. 

Q Musicalement, vous aimez vous réinventer. Nous ne savons jamais où vous allez rebondir d'un album à l'autre. Qu'est-ce qui nourrit cette recherche sonore? 

R Ça naît d'une frustration. Le son, c'est tellement quelque chose d'infini. J'ai envie de me plonger entièrement dedans, de trouver les moyens pour un jour être complètement dans le son, de pouvoir complètement me connecter et de le partager aux gens de la manière la plus directe possible. C'est ça, mon but, et on dirait que j'essaie plein d'outils pour voir lequel marche le mieux. [...] Les chansons posent les mêmes questions. Comment je peux être le plus direct possible, comment je peux sortir de mes propres limites. Si j'ai l'impression de toucher le corps et le coeur des gens, j'ai l'impression d'être à ma place. C'est un moment très satisfaisant. Je suis en quête de cet instant-là. 

Q Comment cette quête se poursuit-elle sur scène?

R Pour moi, la scène, c'est beaucoup plus facile. C'est direct, on ne se pose pas de questions. On est là avec les gens, il doit se passer quelque chose. Il suffit d'y aller à fond. J'ai appris à ne pas trop me mettre de barrières, à ne pas trop me limiter. J'arrive à sentir un espace et un public. J'ai développé des facultés un peu paranormales avec le temps. C'est un moment qui me ressource, où j'ai l'impression d'être à ma place. Enregistrer des disques, c'est aussi très agréable, mais c'est beaucoup plus angoissant. On vient de composer des chansons, on ne les connaît pas vraiment. On ne sait pas trop comment les prendre... Ensuite, on les joue sur scène pendant un an et demi. C'est ce qui fait qu'à la fin de la tournée, on a toujours un son de groupe mille fois meilleur. À la fin d'une tournée, on est prêt à faire le disque. Maintenant, je serais prêt à enregistrer Soleil dedans... Un an plus tard!

=> Vous voulez y aller?

  • Qui : Arthur H (Ludovic Alarie en première partie)
  • Quand : mercredi à 20h
  • : Théâtre Petit Champlain
  • Billets : 45 $
  • Info : 418 692-2631

Retour sur la tuerie de Charlie Hebdo

Arthur H choisit une image musicale pour décrire le climat qui régnait à Paris après la tuerie de Charlie Hebdo. «C'était comme écouter un disque de Public Enemy à fond pendant trois jours», résume le chanteur français.

Entre le choc de l'attentat, les prises d'otages et la traque aux terroristes, la Ville lumière a été meurtrie. Mais elle a su panser ses plaies dans la grande manifestation organisée la fin de semaine suivante, selon Arthur H.

«La journée de vendredi a été particulièrement terrifiante parce que tout d'un coup, il y avait ces zones extrêmement dangereuses, raconte-t-il. On avait l'impression que ça pouvait éclater partout. On sentait vraiment de l'insécurité. Après la tristesse, il y a eu une grande nervosité. Et ensuite, il y a eu un vrai apaisement dans cette immense manifestation qui a été très douce, sans aucune haine. C'était vraiment des gens tranquilles qui voulaient montrer qu'ils avaient des valeurs et qu'ils y croyaient, qu'ils avaient envie de vivre ensemble. C'était vraiment un beau moment qui a fait retomber toute la tension.»

Du sens

Comme artiste, Arthur H n'avait pas besoin d'un carnage comme celui qui s'est produit au journal satirique pour comprendre l'importance de la liberté d'expression. «Mais ça donne du sens à tous ces espaces qu'on crée et tout ce désir qu'on a d'explorer notre propre liberté sans cesse», précise-t-il. «Du coup, ça redonne de la valeur à ça, parce qu'on voit qu'on pourrait éventuellement le perdre. J'ai l'impression que ce genre d'événements doit nous aider à nourrir très fortement la pulsion de vie qu'il y a en nous. Et sous toutes ses formes.»

 

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