Les Violons du Roy: l'Épiphanie selon Bach

Le chef Mathieu Lussier dirigera les Violons du...

Agrandir

Le chef Mathieu Lussier dirigera les Violons du Roy.

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
<p>Isabelle Houde</p>

(Québec) Livrer en concert l'intégrale des Cantates de Bach, un projet un peu fou? Pas de l'avis d'Isolde Lagacé, directrice de la fondation Arte Musica, qui a entrepris un long cycle, élaboré sur huit ans, pour redonner vie à ce répertoire de compositions liturgiques luthériennes unique. Les Violons du Roy ont été appelés à y contribuer et offriront jeudi soir au public de Québec le concert qu'ils préparent pour le 25 janvier, à Montréal. Le Soleil s'est entretenu avec le chef Mathieu Lussier à propos de ce projet monumental.

Q Le concert que vous offrirez jeudi soir fait partie d'un projet plus large à Montréal, n'est-ce pas?

R Oui. En fait, l'idée vient d'Isolde Lagacé, présidente et directrice artistique de la fondation Arte Musica, une nouvelle fondation qui gère les activités de la salle Bourgie du Musée des beaux-arts de Montréal. Isolde Lagacé est la fille de Bernard et Mireille Lagacé, deux organistes pionniers dans le monde de la musique ancienne au Québec. Pour elle, les comptines de son enfance sont les cantates de Bach. Elle avait le projet fou de présenter à Montréal, pour une première fois, l'intégrale des Cantates de Bach sur une période de huit ans, et les présenter le dimanche, comme elles étaient présentées à l'époque au XVIIIe siècle. Vu la tâche colossale, elle a réparti ça entre différents ensembles spécialisés en musique ancienne, ou qui ont une certaine affinité avec ce répertoire. Le cycle a été ouvert à l'automne par l'Orchestre symphonique de Montréal et Kent Nagano, qui est un grand admirateur de Bach. C'est un projet qui se veut rassembleur et je pense que c'est la meilleure chose à faire vu l'ampleur du projet.

Q Oui, parce que huit ans, c'est un engagement à long terme!

R Oui, puisqu'on parle de près de 250 cantates. À raison de quatre cantates par concert, et de huit concerts par année, c'est un engagement à long terme. Isolde est une visionnaire. Chez chaque visionnaire, il y a toujours une portion de folie qui doit être accompagnée de pragmatisme pour transposer cette folie-là en réalité, et je pense qu'Isolde et son équipe ont les deux. On est très heureux aux Violons du Roy d'être associés à ce projet dès la première année.

Q Comment a été déterminé le programme qui sera joué par les Violons?

R Isolde nous a approchés avec un programme précis. Bach écrivait pour des fêtes particulières. Notre concert du 25 janvier à Montréal tombe le troisième dimanche après l'Épiphanie, alors nous jouerons des cantates écrites pour cette journée particulière. Il y a aussi une question d'instrumentation. Par exemple, dans notre programme, il y a un cor, et il y en a très peu dans les cantates de Bach. Une pièce qui contenait un cor a ainsi été rajoutée, même si elle ne fait pas partie des cantates du troisième dimanche de l'Épiphanie. Ce programme m'a permis de découvrir quatre cantates que je ne connaissais absolument pas, et qui sont d'une grande beauté.

Q Qu'est-ce que vous avez découvert dans ces cantates comme chef et comme musicien?

R Comme chef, il y a peu à découvrir, parce que les cantates de Bach ont toujours la même structure. Mais comme musicien et surtout comme humain, c'est très nourrissant, une cantate de Bach. C'est une façon de voir comment la foi est transposée en musique. J'ai pris le temps de lire les traductions des textes allemands pour voir les sentiments exacts que Bach a voulu mettre en musique, pour découvrir dans ses gestes musicaux des illustrations d'émotions et de foi. Par exemple, dans une des cantates, qui est assez sereine, on parle aussi de «l'esprit affligé». Et chaque fois que «l'esprit affligé» est énoncé par le chanteur, il y a un accord triste dans la musique. Si on ne connaît pas l'allemand, on se laisse porter par la musique et il y a cet accord surprenant chaque fois. Mais quand on fait ce travail de préparation de lire les textes, de les réfléchir un peu, on comprend que pour Bach, il s'agissait aussi d'une façon de rejoindre encore plus les croyants pour lesquels il écrivait sa musique, en leur donnant des indices musicaux qui les aidait à incarner un peu plus les propos liturgiques présents dans ses cantates.

Q Au chapitre des partitions vocales, vous êtes allés chercher quatre solistes, soit Shannon Mercer (soprano), Mireille Lebel (mezzo-soprano), Thomas Cooley (ténor) et Tyler Duncan (baryton). Pourquoi ce choix et pas un grand choeur?

R Aux Violons du Roy, on a une belle visibilité à l'international, donc on présente chaque année des grands noms d'ailleurs. Mais il ne faut jamais perdre de vue que nos artistes canadiens rayonnent aussi aux États-Unis et en Europe. On a pris le parti cette fois-ci de mettre en vedette des voix canadiennes, sauf une, celle du ténor américain Thomas Cooley. [...] Quand on pense au répertoire de Bach, ça prend des gens qui ont une technique extrêmement solide. La musique de Bach est très exigeante à jouer et à chanter, mais ça prend aussi des gens intelligents, parce qu'il faut faire passer facilement un message parfois écrit difficilement. [...] Ce sont donc des voix jeunes, mais bien établies, reconnues dans le milieu, des voix qui vont chanter les airs, mais aussi faire les choeurs. On aura une texture plus claire, plus souple que si on travaillait avec un grand choeur.

Q Y a-t-il des instruments qui seront mis à l'honneur?

R Oui, particulièrement le hautbois. Parmi ce qu'il m'a été donné de voir des cantates de Bach, nous avons les partitions les plus exigeantes de hautbois, même plus exigeantes que dans les concertos pour hautbois de Bach. Le concert s'ouvre sur un air qui est un dialogue entre l'âme et Jésus, sous la forme d'un duo entre la soprano et le hautbois qui devient véritablement un autre soliste. Dans d'autres cantates, ce sont des pages et des pages de doubles-croches qui demandent énormément de virtuosité chez les hautbois, particulièrement pour notre hautboïste solo Marjorie Tremblay, qui s'apprête à passer une des semaines les plus exigeantes de son histoire aux Violons du Roy. Ce qui est intéressant, aussi, c'est que Bach utilise souvent dans ses cantates un hautbois d'amour, une version un peu plus grave du hautbois. Nos deux hautboïstes vont passer du hautbois standard au hautbois d'amour selon les registres et les sentiments que Bach veut mettre en musique.

Q Est-ce que les Violons participeront à nouveau dans les prochaines années à ce cycle des Cantates de Bach?

R C'est possible. Il y a toujours des questions de disponibilités et de dates, on ne sera pas systématiquement là toutes les années, mais les Violons du Roy étant un participant actif dans les activités de la fondation Arte Musica, il y a fort à parier qu'on devrait refaire partie de l'aventure de façon régulière.

=> Vous voulez y aller?

  • Quoi : Cantates de Bach
  • Qui : Les Violons du Roy, sous la direction de Mathieu Lussier
  • Quand : jeudi à 20h
  • : salle Raoul-Jobin du Palais Montcalm
  • Billets : entre 23 $ et 73 $
  • Info : www.violonsduroy.com

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer